137 jours de détention pour Bertrand Zibi, le prisonnier le plus populaire du Gabon

Près de 5 mois après son arrestation, l’opposant gabonais Bertrand Zibi, membre de la coalition qui a soutenu Jean Ping  lors l’élection présidentielle d’aout 2016 est toujours détenu à la prison centrale de Libreville. L’ancien député du parti au pouvoir, qui avait démissionné (du parti et de l’assemblée nationale) de façon spectaculaire lors d’un discours resté dans les mémoires et prononcé en public devant Ali Bongo, est accusé de trouble à l’ordre public et de détention d’armes à feu.  Ses demandes de mise en liberté provisoire ne cessent d’être refusées.

Les demandes de liberté provisoire sans cesse rejetées

L’opposant Bertrand Zibi a été arrêté dans la nuit du 31 aout 2016 soit 4 jours après l’élection présidentielle. Il se trouvait au quartier général (QG) de campagne de l’opposant Jean Ping à Libreville. Cette nuit-là, le QG de Jean Ping, qui contestait la victoire d’Ali Bongo à la présidentielle, avait subi une violente attaque des forces d’élites de l’armée gabonaise appuyées par un hélicoptère selon des témoignages de nombreux témoins.

Bertrand Zibi, le détenu le plus populaire du Gabon, l’est aussi auprès des jeunes dont il maitrise les codes et avec lesquels il n’hésitait pas à parler le « tolibangando », cette forme du langage oral né dans les rues de Libreville et que les jeunes utilisent pour communiquer entre eux. Sa longue détention et sa popularité auprès des jeunes en ont fait le symbole de la « résistance » au régime d’Ali Bongo et l’égérie des opposants gabonais qui manifestent chaque samedi à Paris (France) depuis septembre 2016. Dans ces marches les opposants répètent inlassablement que Bertrand Zibi est un prisonnier politique dont le seul tort est d’avoir défié Ali Bongo en public. « Liberez Zibi », scandent-ils en brandissant des pancartes.

Le 30 décembre 2016, les avocats de Bertrand Zibi déclaraient au cours d’une conférence de presse que l’opposant se portait relativement bien en dépit des sévices qu’il avait subi en détention. « Tous ceux qui étaient détenus avec notre client ont recouvré la liberté. Notre client demeure en détention parce que le juge d’instruction a rejeté la demande qui lui avait été adressée alors que le ministère public avait donné son accord » a déploré Maître Jean Paul Imbong Fadi, l’un des défenseurs de Bertrand Zibi.

L’homme qui a humilié Ali Bongo

La popularité de Bertrand Zibi a explosé la veille de la campagne pour l’élection présidentielle. En juillet 2016, alors qu’Ali Bongo étaient en visite dans son district à l’occasion d’une tournée républicaine, Bertrand Zibi alors député, membre du parti au pouvoir, s’était insurgé contre le fait que 10 minutes avant sa prise de parole, des proches d’Ali Bongo avaient voulu lui imposer de lire un discours pré-écrit et convenu. « Je suis Bertrand Zibi Abeghé, je ne permets pas en tant qu’élu, que l’on vint négocier ici cette allocution que je dois prononcer devant les populations qui m’ont envoyé à l’assemblée nationale » avait-il crié à la tribune sous les acclamations du public.

Poursuivant son discours devant Ali Bongo, il rappela son opposition à l’attribution de vastes étendues de terres situées dans son district à la multinationale singapourienne Olam pour y réaliser des plantations d’hévéa. « Dans les terres les plus fertiles du Gabon, il eut été plus intéressant de nous planter autre chose que du caoutchouc », clama-t-il devant Ali Bongo et le premier ministre Ona Ondo visiblement mal à l’aise.

« Monsieur le Président, l’heure des décisions importantes a sonné. Aujourd’hui, compte-tenu du climat délétère, morose, où on ne parle plus que de mort d’hommes dans notre pays, j’ai décidé […] de démissionner du parti démocratique gabonais (ndlr : le parti au pouvoir) et par la même occasion je perds mon mandat député » avait-il dit devant Ali Bongo Ondimba manifestement surpris et sous les applaudissements nourris du public comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessous. La vidéo de sa démission, partagées plusieurs dizaines de milliers de fois sur internet fut considérée comme une humiliation infligée à Ali Bongo comme personne n’avait jamais osé le faire auparavant.

Le 31 janvier 2017 Bertrand Zibi aura passé 5 mois en détention et continuera certainement d’être populaire dans les rangs de l’opposition gabonaise dont il est le héros.

 

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