Afrique du Sud : des ghettos pour les blancs

 

S’il y a une image que les Africains ont des Blancs, c’est bien celle de la richesse. De manière générale en Afrique, l’Homme blanc représente l’homme riche jouissant d’un certain confort de vie. Ce n’est pourtant pas le cas de tous les Blancs vivant sur le continent.
En Afrique du Sud, on retrouve une minorité au sein de la population, les Afrikaners. Les Afrikaners sont des Africains à la peau blanche, descendants des colons néerlandais, français, allemands et scandinaves du XVIIIe siècle. En 2011, on en recensait environ 4,6 millions, soit 9 % de la population sud-africaine.
Population longtemps avantagée pendant l’apartheid (mot signifiant «?séparation?» et qui représente une politique de ségrégation raciale appliquée de 1948 et abolie en 1991), elle l’est un peu moins aujourd’hui. Même si les inégalités persistent en Afrique du Sud et que les Blancs souffrent beaucoup moins du chômage et de la pauvreté que les Noirs, la vie n’est pas rose pour tous les Blancs de «?la nation arc-en-ciel?». Depuis 1994, on assiste à une apparition de ghettos pour les Blancs?; le comble dans un pays qui a payé le prix fort pour faire abolir l’apartheid.

Qui sont-ils

On estime qu’aujourd’hui, environ 42?000 Afrikaners défavorisés sont répartis dans 80 ghettos à travers le pays (certains parlent même de 400 000 personnes, mais en réalité ce nombre représente le nombre de Blancs vivant sous le seuil de pauvreté, ces derniers ne vivant pas nécessairement dans des ghettos). Ils ne représentent à l’heure actuelle que 1 % de la population blanche du pays, la minorité d’une minorité, mais leur nombre ne cesse de croître.

Comment vivent-ils

La vie dans ces bidonvilles est très précaire. Les gens y vivent sans électricité, parfois même sans eau courante?; la plupart du temps il existe quelques robinets publics à l’extérieur des habitations qui parviennent à ravitailler tous les foyers en eau. Les habitants de ces ghettos ont des problèmes d’accès aux soins médicaux et sont souvent discriminés à l’emploi, ce qui ne leur permet que très peu d’espérer sortir de leur situation. Certains chanceux arrivent plus ou moins à se débrouiller en effectuant des petits boulots, comme vendeurs de journaux dans la rue par exemple?; quelques enfants ont la chance d’aller à l’école, parfois les pieds nus.
On parle donc ici de conditions de vie très difficiles et d’un environnement hostile dans lequel une majorité finit par sombrer dans l’alcool et la drogue.

Pourquoi

Cette apparition de ghettos pour Blancs est assez récente et coïncide avec la fin de l’apartheid. Il faut dire que la politique de ségrégation apportait aux Blancs du pays une certaine stabilité et une sécurité face à l’emploi et au logement. Par exemple, il existait une loi, la loi de 1922, qui fixait une liste d’emplois destinés aux Blancs. Cette loi permettait donc à des Blancs non qualifiés d’obtenir des emplois dans l’administration. Dans cette même logique, les Blancs défavorisés bénéficiaient de logements sociaux quand ils n’avaient pas assez de moyens financiers.
Après l’abolition de l’apartheid, ces derniers se retrouvent donc privés de ces protections et dans un contexte où les nouvelles législations visent à aider les Noirs.
Des lois de discrimination positive (envers les Noirs) sont instaurées et les Blancs de classe moyenne inférieure doivent donc faire face aux mêmes réalités que les Noirs?; leurs réalités sont même parfois plus complexes étant donné qu’à profil égal, les nouvelles lois veulent qu’un Noir soit favorisé.
Par conséquent, de plus en plus de Blancs vivent dans des conditions de pauvreté extrême.

Que fait le gouvernement

La triste réalité pour les habitants de ces ghettos est que le gouvernement se soucie très peu de leur sort, certains ignorent même qu’ils existent. Durant sa dernière campagne électorale, Jacob Zuma s’est rendu dans un de ces ghettos et a affirmé être «?choqué et surpris?», car «?être blanc était jusqu’ici synonyme de bien portant?». Même s’il a rajouté plus tard que «?la pauvreté noire ne doit pas nous faire oublier la pauvreté blanche, dont il est de plus en plus embarrassant de parler?», la réalité est que dans ce pays où les Noirs ont longtemps été persécutés et écrasés par les Blancs, certains estiment aujourd’hui que ces derniers ne méritent pas l’assistance de l’État.
Les Blancs des ghettos vivent donc principalement de petits boulots et de dons. Ils sont également aidés par des associations et par le Freedom Front Plus, parti politique représentant la minorité afrikaner.
Cet oubli des populations blanches défavorisées du pays va cependant à l’encontre de ce que devait représenter la nouvelle Afrique du Sud de 1994, l’Afrique du Sud qui voulait que la couleur de peau ne soit pas une cause de marginalisation.
Même si ces ghettos abritent une très faible portion de la population blanche du pays, ils restent représentatifs d’une réelle fissure sociale et peut-être même d’un mal plus profond qui pourrait prendre de l’ampleur et mener vers ce que certains appellent déjà la «?reverse apartheid?» (apartheid inversé).

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