Total et Areva épinglés par des ONG pour leur manque de transparence

Actualité Afrique – L’exploitation des ressources extractives en Afrique est très importante. Elle représente non seulement un enjeu économique, mais également géopolitique. Malheureusement, cette activité est souvent marquée par des actes graves de corruption et évasion fiscale. Ces pratiques ont un impact négatif considérable sur les populations qui ne bénéficient pas assez des ressources naturelles et minérales de leur pays.

En effet, une bonne partie de la manne financière issue de l’exploitation de ces ressources s’envolent dans la nature. Depuis l’année dernière, il est obligatoire pour les entreprises pétrolières, minières et gazinières enregistrées dans un État membre de l’Union Européenne de publier chaque année les paiements qui profitent aux gouvernements des pays dans lesquels elles sont implantées. Suite à cela, les ONG Oxfam France, ONE et Sherpa, toutes membres de « Publiez Ce Que Vous Payez » (PCQVP) ont publié hier, des documents liés aux activités de certains géants européens présents en Afrique.

Ce rapport exclusif lancé à l’initiative de ces ONG, porte sur la transparence des activités des différentes industries. Il met en exergue les activités de deux entreprises françaises présentes en Angola et au Niger. Les ONG concernées ont décelé des zones d’ombre dans les comptes du géant pétrolier Total en Angola et d’Areva au Niger.

Total devra justifier la différence de 100 millions de dollars du rapport

Bien que l’Angola soit le premier pays producteur de pétrole d’Afrique Subsaharienne, il est paradoxalement l’un des pays les plus pauvres du monde. En 1990, Total découvre un des sites offshores les plus attrayants en eau profonde, car il réussit à combler plus de 35% de la production nationale.

Ce site situé sur le Bloc 17 est exploité par Exxon Mobil, BP, Statoil et Total. C’est le rapport des déclarations de ce Bloc pour l’année 2015 qui a attiré l’œil des différents organismes qui ont mené une enquête minutieuse. Il est vrai que depuis plusieurs années, la gestion des revenus issus du pétrole en Angola a toujours fait l’objet de doute de corruption conduisant le Fonds monétaire International (FMI) a mené des enquêtes.

En effet, le FMI avait regretté une perte de 4,2 milliards de dollars concernant les comptes publics entre 2007 et 2010 qui seraient liés à un probable détournement de la Sonangol, l’entreprise publique chargée de l’exploitation et de la production de pétrole et de gaz naturel en Angola.

Après une enquête, le rapport montre que les données financières déclarées par Total sont contraires à celles que possèdent les autorités angolaises. Des contradictions qui concernent le fameux Bloc 17. Une différence de 100 millions de dollars a été constatée. Cet écart pourrait selon les organismes être lié à un détournement de Total ou par une stratégie mise en place par l’industrie pour payer moins d’impôts. Les auteurs du rapport marquent une différence de 1.465.990 barils entre le rapport de la Sonangol et celui de Total.

Ils demandent donc un éclaircissement de la part de Total, qu’ils exhortent à publier le nombre de barils de pétrole que l’entreprise verse vraiment au titre des accords de partage avec l’Angola. Cet écart de 100 millions de dollars pourrait attirer l’attention de l’Union Européenne. Un chiffre qui révèle une incohérence entre le nombre de barils exploités et les revenus tirés de l’exploitation de ce site.

Areva exploite l’uranium à 30%, ne verse que 7% au Niger

L’Uranium produit par le groupe nucléaire Areva fournit au Niger 30% de sa production. Comptée parmi les leaders du marché dans le domaine du nucléaire, cette entreprise française exploite deux mines au Niger. Il s’agit de la Cominak et de la Somair, une des plus grandes mines d’uranium au monde. Comme Total en Angola, des soupçons de corruption règnent autour du groupe Areva au Niger.

 Les auteurs du rapport se posent des questions sur la contribution d’Areva au budget du Niger suite à l’extraction de l’uranium dans le pays. En 2014, Areva et le gouvernement ont revu les clauses de leurs nouveaux contrats, qui n’ont pas été avantageux, car le Niger n’a pas vu augmenter ses revenus financiers liés à l’extraction minière.

En effet, l’uranium nigérien représente 30% de la production d’Areva, mais le Niger n’en touche que 7%. Après deux ans de renouvellement de contrat, Areva n’a toujours pas rendu publiques ses activités bien que cela soit obligatoire. Selon les ONG, Areva « semble loin de contribuer à sa juste part » dans les versements financiers liés à l’exploitation de l’uranium au Niger malgré les nouvelles négociations de sa redevance.

Le groupe aurait donné une redevance inférieure en 2015, causant un déficit de 15 millions d’euros au Niger. De plus, le prix de l’uranium nigérien exporté serait apparemment « largement sous-évalué » par Areva. Les ONG, l’Union Européenne et la France souhaiteraient qu’Areva revoie à la hausse son niveau de transparence.

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