9 Octobre 1962 : Proclamation de l’indépendance de l’Ouganda

Le 9 Octobre 1962, L’Ouganda est officiellement un état indépendant. Milton Oboté, alors dirigeant du Congrès du peuple ougandais (UPC) et Premier ministre, proclame l’indépendance de cette ancienne colonie britannique d’Afrique orientale, après des dizaines d’années d’attente. Une occasion pour nous de revenir sur les différentes étapes ayant conduit à cette proclamation.

À la fin du XIXᵉ siècle, l’Ouganda devient un protectorat. Les Britanniques mettent en place une administration coloniale régissant un vaste territoire habité par plusieurs ethnies. Le pays est régi telle une monarchie démocratique parlementaire dotée de royaumes traditionnels (Ankole, Buganda, Bunyoro et Toro), bénéficiant d’un statut fédéral et d’un degré d’autonomie. Le Buganda, sous la direction de Sir Edward Mutesa, était le royaume le plus puissant.


Des années 1900 aux années 1960 : les prémices de l’Indépendance

Il aura fallu 62 ans à l’Ouganda pour obtenir son indépendance de la Grande-Bretagne.

En effet, tout commence en 1900 lorsque les Britanniques signent un accord légitimant l’autonomie du Buganda, alors royaume le plus riche et le plus peuplé de la région. Dès lors, le Buganda devient une monarchie constitutionnelle, contrôlée par des chefs protestants. Par la suite, se crée en 1921 un conseil législatif dans lequel aucun africain n’est admis avant 1945. Après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs mouvements locaux militent pour l’indépendance. Les années 50 sont marquées par des luttes autonomistes, notamment dans le royaume du Buganda. Des négociations longues et ardues s’amorcent alors afin d’arriver à un consensus.

 En 1958, l’autonomie interne en Ouganda est autorisée par les Britanniques. Dès lors, ces derniers décident durant la conférence de Londres de 1960, d’autoriser des élections législatives en dans le pays, prévoyant ainsi son accession prochaine à l’indépendance. Ces élections, organisées en mars 1961, conduisent à l’accélération du processus d’indépendance.

Une indépendance facilitée par la polarisation religieuse

A cette période, le pays est divisé en trois principaux partis politiques : le Kabaka Yekka (KY, « le roi au-dessus de tout » en luganda) qui est dirigé par Mutesa II, alors roi du Buganda ; l’Uganda People Congress (UPC, « Congrès du peuple ougandais ») dirigé par Milton Obote; et le Democratic Party (DP, « Parti démocratique ») dirigé par Benedicto Kiwanuka. Si le premier parti est connu pour son royalisme et sa collaboration étroite avec les britanniques, l’UPC est un parti de gauche, protestant et antiganda ; tandis que le DP est un parti démocrate, chrétien, catholique et anticommuniste.  Sans surprises, les Britanniques soutiennent le parti royaliste du KY. Toutefois, le roi Mutesa insatisfait de la place institutionnelle accordée au royaume du Buganda dans le futur Ouganda indépendant, boycotte les élections.

Malgré les intimidations et le contrôle de l’administration locale par la royauté, les candidats du Parti Démocratique sont élus et obtiennent la majorité au Parlement. Benedicto Kiwanuka devient alors Premier ministre. Dès lors, les royalistes s’allient avec le Congrès du Peule Ougandais afin de faire tomber « les catholiques ».  Par la suite, Mutesa II et Milton Obote négocient un arrangement constitutionnel dans lequel le roi bugandais est nommé président de la République à titre honorifique. Les Britanniques acceptent ce nouvel accord et des élections sont à nouveau organisées en avril 1962. Le Parti Démocratique est alors vaincu au profit de la coalition entre l’UCP et le KY.

Lorsque l’indépendance est proclamée le 9 octobre 1962, les deux partis se retrouvent face à face et doivent alors affronter leurs divisions internes. Par la suite, les tensions politiques entre les diverses ethnies laissent le pays dans l’instabilité politique. Par ailleurs, il est utile de rappeler que Mutesa II est souverain de l’Ouganda que durant quatre années puisqu’il est par la suite contraint à l’exil par le Premier Ministre. Enfin, le processus démocratique est officiellement mis à mal en 1965 avec l’adoption d’une nouvelle constitution créant un parti unique et prévoyant l’abolition des royaumes, pavant ainsi la voie vers la dictature sanguinaire d’Idi Amin Dada en 1971.

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