Abdoulaye Bathily : L’homme qui veut doter l’Union africaine d’un leadership crédible

À 70 ans, le sénégalais Abdoulaye Bathily fait figure de favori pour succéder à la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma dont le mandat s’achève dans quelques semaines. Confronté à 4 candidats qui ont comme lui le mérite d’avoir un parcours professionnel exceptionnel, Abdoulaye Bathily, qui bénéficie du soutien de la CEDEAO, pourrait voir sa longue carrière politique et diplomatique couronnée par son élection à la tête de commission de l’Union africaine (UA). Retour sur le parcours d’une personnalité atypique.

L’enfant de Tuabou devenu Professeur

Né en 1947 à Tuabou, petit village à l’est du Sénégal près de la frontière avec la Mauritanie, Abdoulaye Bathily commence ses études au Sénégal avant de les poursuivre en Europe. Passionné d’histoire, il soutient une thèse doctorale consacrée au royaume de Galam auquel a appartenu son village et il reçoit les félicitations du jury de l’Université de Birmingham (Royaume-Uni).

Rentré au Sénégal, Abdoulaye Bathily enseigne à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, il y côtoiera de nombreuses des personnalités qui ont marqué l’histoire récente du Sénégal à l’instar d’Abdoulaye Wade, président du Sénégal de 2000 à 2012.

S’étant engagé en politique dans les années 80, Abdoulaye Bathily a été élu Secrétaire général de la Ligue Démocratique (LD) en 1984 avant d’en être le candidat à l’élection présidentielle sénégalaise de 1993. Battu, il se présente aux élections législatives qui s’en suivent et il est élu député dans sa région d’origine avant d’être appelé au gouvernement en qualité de ministre de l’environnement en charge de la protection de la nature de 1993 à 1998 sous le président socialiste Abdou Diouf.

À sa sortie du gouvernement en 1998, il rejoint l’opposition au président Diouf et apporte son soutien à son adversaire Abdoulaye Wade à l’élection présidentielle de 2000. Élu président de la République, Abdoulaye Wade le nomme ministre de l’Énergie et des Ressources hydrauliques dans son premier gouvernement dirigé par Moustapha Niasse. Réélu dans son fief de Bakel aux législatives de 2001, Abdoulaye Bathily devient 3e vice-président de l’Assemblée nationale du Sénégal.

En 2005, une divergence avec le président Abdoulaye Wade sur le vote d’une loi d’amnistie entraine la sortie des membres de son parti la LD/MPT du gouvernement et son retour dans l’opposition. En 2007, il est désigné par son parti comme candidat à l’élection présidentielle face à Abdoulaye Wade, mais il échoue à nouveau. Cependant, avec les autres candidats de l’opposition, il dénonce des fraudes massives pendant le scrutin.

En 2012, Abdoulaye Bathily ne se présente pas à l’élection présidentielle. Son parti préfère apporter son soutien à Macky Sall dans le cadre d’une coalition dénommée Benno Bokk Yakkar (Unis dans le même espoir, en Wolof). Macky Sall est élu le 25 mars 2012, plus tard il nommera Abdoulaye Bathily comme ministre d’État auprès de la Présidence de République.

Son parcours diplomatique

Concentrée jusque-là au Sénégal, l’activité politique et diplomatique d’Abdoulaye Bathily va s’étendre à l’internationale avec sa nomination comme Représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en juillet 2013 au Mali.  Il dirige la mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) dans un contexte où le pays était en guerre contre des groupes terroristes qui occupaient la partie nord de son territoire.

En avril 2013, le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon nomme Abdoulaye Bathily comme Représentant spécial en Afrique Central et Chef de l’UNOCA, le bureau des nations dans la sous-région. Dans ces fonctions il a travaillé à la résolution du conflit armé en Centrafrique et à la gestion des nombreuses crises post-électorales qu’ont connu les pays de la sous-région.

Alors qu’il était en poste à Libreville (Gabon) où dirigeait l’UNOCA, Abdoulaye Bathily a démissionné le 31 octobre, 2 mois avant le terme de son mandat pour préparer sa candidature à la tête de la commission de l’Union africaine.

Les ambitions panafricaines d’Abdoulaye Bathily

Panafricaniste convaincu, Abdoulaye Bathily bat campagne sur 2 thèmes principaux :

  • « Doter l’Union africaine d’un leadership crédible » ;
  • « Faire de l’Union africaine une organisation des peuples ».

Contrairement aux autres candidats souvent ministres des Affaires étrangères en exercice, Abdoulaye Bathily s’est libéré de tous ses engagements professionnels pour se consacrer entièrement à cette élection. Face aux divergences sur le retour du Maroc au sein de l’Union africaine, il affirme que le rôle du président de la commission n’est pas de défendre la politique extérieure de son pays d’origine et qu’il s’engage, s’il est élu, à ne pas défendre celle du Sénégal.

Soutenu par la CEDEAO, il compte également des soutiens en Afrique centrale où l’existence d’une candidature tchadienne et d’une candidature équato-guinéenne n’a pas permis d’avoir un consensus sous-régional comme en Afrique de l’Ouest.

Son parcours international et ses nombreuses amitiés à travers le continent africain sont les véritables atouts de sa candidature. Cependant, l’attitude des pays d’Afrique australe et d’Afrique du Nord dans cette élection sera décisive au moment du vote.

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