Afrique : un ciel d’avenir encore sombre pour l’aviation commerciale

Economie Afrique (APN) – Continent de toutes les promesses et du futur, le secteur de l’aviation a toutes ses chances pour prospérer en Afrique.

L’Afrique est aujourd’hui le continent le plus peuplé après l’Asie avec 1,216 milliard d’habitants. Il possède une forte croissance démographique et une classe moyenne éduquée grandissante. Selon l’Unicef, d’ici 2050 un quart de la population mondiale sera Africaine, un tiers d’ici 2100. Autant de voyageurs potentiels pour les compagnies aériennes à une ère où prendre l’avion n’est plus un luxe.

Un ciel d’avenir pour éclaircir un continent tout entier

D’un point de vue plus technique, l’Afrique manque d’infrastructures terrestres (routes et chemins de fer) dont la construction est beaucoup plus coûteuse que la construction d’infrastructures aéroportuaires (3.000 m de piste suffisent pour accueillir toute une flotte d’appareils petits, moyens et long-courriers, ce qui rend l’investissement et l’entretien des infrastructures relativement peu coûteux).

 Cela est bénéfique au secteur de l’aviation, car les États ont donc intérêt à investir dans ces infrastructures afin de combler le manque d’itinéraires et palier au problème d’inaccessibilité de certaines régions.

Enfin, il est important de souligner la demande grandissante des voyageurs qui nécessitera l’ouverture de nouvelles lignes directes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du continent.

Pour les compagnies aériennes africaines, le continent présente un réel potentiel et une large demande à exploiter.  De quoi leur garantir un avenir prospère.

De nombreux défis à relever pour l’aviation africaine

Si l’Afrique présente toutes les qualités pour faire connaître à l’aviation commerciale un essor important, la réalité du continent est à nuancer.

  • «Politique et sécurité»

Malgré la décision de Yamoussoukro de 1999 qui impliquait des pays signataires qu’ils « dérèglementent le service de transport aérien et qu’ils ouvrent  le marché régional à la concurrence internationale », on constate aujourd’hui une forte implication des États. Ces derniers continuent d’appliquer le protectionnisme via des subventions pour protéger leurs compagnies nationales et persistent à garder leur ciel fermé.

Ces méthodes sont pourtant inefficaces, car elles limitent l’accès à certaines compagnies, et donc à certains passagers. Le protectionnisme éloigne également la concurrence et les compagnies aériennes qui en bénéficient ne voient pas la nécessité de se moderniser ou de revoir leurs tarifs.

De plus, les organismes d’aviation civile en Afrique sont souvent corrompus ou fonctionnent mal. Ajoutées à cela, les règles de sécurité internationales régissant le transport aérien ne sont pas toujours suivies et les infrastructures sont inadaptées, car elles ne respectent pas les normes internationales.

Il est donc fréquent que l’OACI (Organisation de l’Aviation Civile Internationale) ne délivre plus aux Directions de l’Aviation Civile Nationale déficientes les habilitations pour valider les transporteurs. Par conséquent, une compagnie aérienne créée dans un pays subissant cette mesure serait automatiquement placée sur liste noire européenne ou américaine, ce qui limiterait considérablement ses zones d’activité.

  • «La gestion des capitaux »

 Ce problème est récurrent dans les pays africains où la corruption est encore très présente. En effet, les détournements de fonds ont souvent posé problème quant à la viabilité des compagnies aériennes nationales. De plus, il n’est pas rare de voir à la tête des organismes ou compagnies nationales, des responsables proches des politiques pas toujours compétents.

  • «De vieilles flottes» peu performantes et peu rentables

Investir dans l’aviation coûte cher. En effet, il faut compter au moins 75 millions de dollars par avion et environ 10 à 20 avions pour constituer une flotte. Tout cela est très coûteux et les banques, qui ont besoin de garanties avant d’avancer un quelconque financement, accordent difficilement des prêts aux états africains à cause de l’instabilité politique du continent. Les compagnies finissent donc par acheter des avions d’occasion moins chers, mais vieux, qui malheureusement poseront des problèmes de sécurité et de rentabilité.

  • «Des coûts d’assistance aéroportuaire très élevés»

Les taxes aéroportuaires en Afrique sont parmi les plus élevées au monde. Par exemple, sur un billet d’avion au départ de Djibouti, chaque passager doit payer une taxe aéroportuaire s’élevant à 85,9 euros, ce montant serait de 4,4 euros au départ de Dubaï.

Ces difficultés font de la création et la survie des compagnies aériennes africaines un réel défi à relever. Une étude a estimé à 37 le nombre de compagnies aériennes créées en Afrique au cours des vingt dernières années ; la quasi-totalité a échoué.

Quelles solutions pour relancer le secteur ?

À cause des problèmes auxquels les compagnies africaines font face sur leur continent, 80% du trafic moyen et long-courrier est opéré par des compagnies non africaines. Cette tendance pourrait cependant s’inverser.

L’Afrique est un continent au potentiel immense si l’on veut parler du secteur de l’aviation commerciale, mais des mesures doivent être prises si le continent veut profiter de cet essor.

L’une des mesures les plus importantes est l’ouverture du ciel africain, elle a toujours fait ses preuves. Par exemple, depuis l’ouverture de l’espace aérien entre l’Afrique du Sud et le Kenya, on a pu noter une augmentation de 69% du trafic entre les deux pays. Les États doivent donc dérèglementer leur espace aérien afin que la concurrence entre les compagnies aériennes entraîne une baisse des prix, un accroissement du trafic et par conséquent de la croissance, des créations d’emploi et une hausse du PIB.

Par ailleurs, les organismes nationaux doivent s’assurer d’appliquer les standards internationaux de l’OACI (Organisation de l’Aviation Civile Internationale) et l’IATA (International Air Transport Association) afin que les compagnies africaines soient en mesure d’opérer hors du continent.

Enfin, selon Jean-Louis Baroux – Président d’APG World Connect et APG Academy, il faudrait également mandater une autorité continentale qui donnerait du poids au continent afin de négocier des accords réciproques avec les autorités occidentales ou du Moyen-Orient qui possèdent de puissants transporteurs.

Ethiopian Airlines, le modèle de réussite sur le continent

Créée en 1945, Ethiopian Airlines est la 1ere compagnie aérienne du continent en terme de destination, flotte, passagers, fret, chiffre d’affaires et bénéfices. Transporteur aérien 100% public au sein duquel l’État n’intervient pas, Ethiopian Airlines est un réel modèle en Afrique.

La compagnie possède une flotte moderne avec des Boeing « Dreamliner » 787 et depuis 2010, des millions de dollars ont été investis dans l’acquisition de 32 nouveaux appareils. L’objectif d’ici 2025 est de posséder 150 avions.

Réel atout, Ethiopian possède depuis 1964 sa propre école de pilotage. En 2015, on y recensait 1.300 étudiants de 49 nationalités différentes.

La compagnie aérienne éthiopienne est la preuve qu’avec des réglementations financières et techniques efficaces, il est possible de profiter du riche potentiel du continent.

0 Comments on this Post

  1. Merci pour le billet. Néanmoins sur les coûts d’investissement face aux autres infrastructures et sur la corruption, je reste très sceptique.
    Une série d’articles avait été édité par L’Afrique des Idées à ce propos.
    https://terangaweb.com/turbulences-dans-le-ciel-sub-saharien/

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