Afrique : Pourquoi la connexion internet coûte-t-elle aussi cher ?

Des jeunes en classe devant l'ordinateur, sur internet.
Des jeunes devant leurs ordinateurs sur internet © info-afrique.com

Aujourd’hui l’accès à internet, considéré comme un droit humain fondamental par les Nations Unies, est un outil quasiment incontournable du quotidien de chacun. Malheureusement, il reste encore difficile d’accès pour certains, notamment en Afrique où le coût de la connexion est le plus élevé au monde.

En 2016 l’Afrique comptait 1,216 milliard d’habitants et 456 millions d’utilisateurs internet. Les Africains représentent environ 13% du trafic mondial du web. Selon Cisco le fabricant américain d’infrastructures télécom, au cours des cinq prochaines années le trafic de données mobiles sera multiplié par sept dans le monde. L’Afrique, avec 65% de croissance annuelle prévue, a le plus grand potentiel d’évolution.

Malgré cette croissance constante et ces chiffres encourageants, le coût de l’accès à internet sur le continent est le plus élevé au monde, avec des tarifs 4 à 10 fois plus élevés que ceux des pays développés. Par exemple, au Togo une souscription ADSL mensuelle coûte environ 100.000 FCFA (150 €) alors que la même offre est proposée à environ 20.000 FCFA (30€) en France.

Pourquoi la connexion est-elle si onéreuse en Afrique ?

Le coût élevé de la connexion dans les pays africains ne saurait s’expliquer simplement, mais les principales raisons peuvent être regroupées en trois points :

  •  Le prix d’accès aux liaisons internationales

La première réalité est que les utilisateurs africains consultent principalement des sites hébergés en dehors de leur continent (principalement en Europe et aux Etats Unis) ; selon « Le Journal du Net », l’Afrique n’héberge que le 100.000e du total mondial des pages web. Les utilisateurs africains doivent donc passer par des liaisons internationales onéreuses.
La deuxième réalité, toute aussi importante, est que les opérateurs (occidentaux) qui contrôlent le trafic internet opèrent un rapport de force Nord-Sud. Ces derniers établissent des accords entre eux sans inclure les Africains (le trafic africain étant trop faible, ils n’ont pas de poids dans ces négociations) et imposent au continent des tarifs d’accès aux liaisons internationales bien plus élevés qu’aux pays développés.

  • Les réglementations africaines

La deuxième raison pouvant expliquer les tarifs africains est politique, et concerne les règles qui s’appliquent aux fournisseurs d’accès internet. Les autorités qui vendent les licences pour posséder une antenne VSAT (Very Small Aperture Terminal) les vendent très cher, ce qui les rend difficilement accessibles et par conséquent, rend le service onéreux (il faut rentabiliser l’investissement et le fait que peu d’opérateurs puissent s’offrir les licences crée la plupart du temps des oligopoles permettant aux fournisseurs de fixer les prix qu’ils souhaitent).

  • Les infrastructures numériques

La dernière raison retenue concerne les carences en infrastructures numériques.
En Afrique, les IPX (points d’échange internet) sont quasiment inexistants. Aujourd’hui à cause de ce problème, si un Africain veut consulter une page hébergée dans un pays voisin, il doit passer par des passerelles internationales onéreuses (elles fournissent de la connectivité universelle aux opérateurs régionaux ou locaux) qui font transiter la connexion par un pays du Nord, au prix de deux communications internationales.

Le cas du Cameroun

Le Cameroun fait souvent partie des pays africains les plus mal notés en terme d’accessibilité à internet et l’un des derniers sur le continent à avoir lancé la 3G.

Cependant, en 2015 le pays a libéralisé la 3G et lancé la 4G, ce qui a eu pour effet d’accroître la concurrence entre les opérateurs et donc de les inciter à revoir leur tarifs à la baisse. En un an, les tarifs d’accès mobile à internet ont été divisés par quatre et le pays propose désormais des tarifs plus abordables que la majorité des pays d’Afrique francophone.
Ainsi en 2016, 1 GO d’internet mobile 3G par mois coûtait en moyenne :
14.000 FCFA au Gabon (Airtel Gabon)
7.500 FCFA au Mali (Orange Mali)
6.000 FCFA au Bénin (Moov Bénin)
5.000 FCFA au Togo (Togocel)
2.500 FCFA en Côte d’Ivoire (MTN Côte d’Ivoire)
2.000 FCFA au Cameroun (Camtel)

Le cas du Cameroun indique que malgré les rapports de force Nord/Sud et les carences en infrastructures numériques, des politiques et réglementations bien dirigées peuvent rendre la connexion internet beaucoup plus accessible aux clients.

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