Afrique du Sud : Cyril Ramaphosa soutient la confiscation sans indemnisation des terres des fermiers blancs

Le salaire de Ramaphosa au centre des débats
Cyril Ramaphosa, le nouveau président sud-africain. Credits : SABreakingnews

(APN) — Dans son discours à la nation le 20 février, Cyril Ramaphosa laissait entendre qu’il était favorable à l’accélération d’une réforme agraire. Celle-ci pressera l’expropriation des terres des fermiers blancs. Le 27 février, le parlement a adopté une motion permettant la révision de la Constitution.

La présidence de Cyril Ramaphosa commence sur les chapeaux de roue. Après une polémique sur son salaire, il s’attaque à la question sensible de la redistribution des terres. Lors de son discours de l’état à la nation le 20 février, Ramaphosa souhaite une reforme de l’article 25 de la Constitution qui concerne la redistribution des terres.

« L’expropriation de terres sans compensation est envisagée comme l’une des mesures que nous utiliserons pour accélérer la redistribution des terres aux Sud-Africains noirs » a-t-il martelé. « Le retour de la terre aux gens à qui elle a été prise montre précisément comment nous pouvons guérir les divisions du passé » a-t-il ajouté. Cyril Ramaphosa présente cette réforme comme une opportunité et non comme une menace.

Le texte est adopté à l’Assemblée nationale

Ce mardi 27 février, le texte est présenté au Parlement. Il est soutenu par le sulfureux Julius Malema. « Le temps de la réconciliation est fini. L’heure de la justice a sonné » lance le chef de file de l’opposition et de la gauche radicale au sein de l’hémicycle. Il voit en ce projet de réforme un moyen pour les Sud-Africains noirs de retrouver leur « dignité ». Selon les chiffres, les terres agricoles sont toujours en majorité aux mains des blancs. Ils en possèderaient 73 % contre 85 % après l’Apartheid.

À une très grande majorité, l’Assemblée nationale a voté pour le projet de réforme. Les débats concernaient cet article 25 qui exige une indemnisation juste et équitable après une expropriation. Le changement notable que souhaiteraient apporter les parlementaires est la non compensation après saisie. Sur 400 députés, 324 étaient présents et 241 députés ont voté pour.

Des voix discordantes s’élèvent

Le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique (DA) nage à contre courant concernant l’adoption de cette motion. Dans un communiqué, le parti explique pourquoi il est contre cette motion qui est le signe selon lui de l’échec de l’ANC. « L’approche actuelle du gouvernement de l’ANC considère l’État comme des gardiens bienveillants de toutes les terres, avec des fermiers noirs privés de la possibilité de posséder des terres. Ceci, nous le soutenons, n’est pas une véritable réforme agraire » indique le communiqué.

L’économie et la production agricole sont en majorité tenues par des blancs. Cependant Ramaphosa ajouté pendant son discours à la nation que cette mesure sera « gérée d’une manière qui ne nuira pas à l’économie ». L’Alliance démocratique n’est pas de cet avis. « L’expropriation sans compensation minerait gravement l’économie nationale, ne faisant qu’affaiblir encore plus les Noirs pauvres. Nous ne pouvons donc pas soutenir une telle approche. » indique le parti dans le même communiqué.

Les banques sud africaines et la loi internationale au secours des fermiers blancs ?

L’Association des banques sud africaines (BASA) s’est exprimée sur la réforme de toutes les polémiques. « Tout le domaine de la réforme agraire est une question légitime. En fin de compte, les gens ont été privés de leurs terres et la terre est à la fois un problème émotionnel et économique et nous devons le faire correctement… Si nous menaçons cette sécurité, il y aura de graves problèmes systémiques pour l’industrie » a indiqué le directeur général de l’Association. De plus les banques veulent « promouvoir la réforme agraire en fournissant des financements et en aidant les bénéficiaires à acquérir les compétences et l’équipement dont ils ont besoin.»

En 2009, l’Organisation des Nations unies a publié un guide sur les pratiques en matière d’expropriation. Ce vade-mecum ordonne la compensation après expropriation de telle sorte que les victimes des expropriations ne soient pas moins nantis qu’avant la saisie de leurs terres.

Pour certains, cette mesure semble être populiste. En effet, elle aurait pour objectif de ravir un certain électorat de plus en plus séduit par les discours du gauchiste radical Malema. Ce dernier appelait depuis plusieurs années les Sud-Africains noirs à s’emparer des terres des fermiers blancs. Après ce vote, un comité sera mis en place et sa mission sera de proposer un amendement de la loi d’ici fin août.

Laisser un commentaire