Afrique du Sud : Discours annuel de Jacob Zuma sous haute sécurité

Jacob Zuma, Président sud-africain © Mail & Guardian

Ce jeudi soir, le Président Jacob Zuma constamment critiqué par l’opposition sud-africaine, mais aussi au sein de son propre parti, prononcera son discours annuel. Il sera devant le Parlement au Cap, où l’État a déployé de nombreux soldats.
 Cette semaine, la Présidence sud-africaine a annoncé l’envoi de 441 soldats au Cap afin de « maintenir la loi et l’ordre » autour du Parlement. En effet, le discours annuel de Jacob Zuma est parfois synonyme de manifestations.

LES RÉACTIONS NE SE SONT PAS FAIT ATTENDRE

Suite à cette annonce, l’opposition n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué, le principal parti de l’opposition, l’Alliance démocratique (DA) s’est indignée en parlant de « violation de la Constitution ». Le Parti considère cette mesure comme une tentative d’intimidation et entend « ne pas rester sans rien faire et laisser le Parlement du peuple transformé en démonstration de force ».
Le parti de gauche radical des Combattants pour la liberté économique (EFF) va plus loin et parle de « déclaration de guerre contre les citoyens »
Interrogé au micro de l’Agence France-Presse, l’analyste indépendant Daniel Silke voit la décision de la Présidence sud-africaine comme une manifestation de la « nervosité avec laquelle l’ANC arrive à cet événement » avant d’ajouter « Le parti est moins sûr de lui et apparaît comme excessivement paranoïaque ». Pour parachever le tout, l’analyste estime que tout cela dénote d’une « frustration croissante au sein de l’ANC après les perturbations des derniers discours. »

UN ÉVÉNEMENT SOUS TENSION

Le discours annuel du Président est régulièrement entaché d’évènements divers, à l’intérieur comme à l’extérieur du Parlement. C’était déjà le cas en 2015 ; les députés de l’EFF ne voulant pas laisser Jacob Zuma s’exprimer avaient été expulsés manu militari du Parlement. Rebelote en 2016 avec les élus du Parti de Julius Malema qui à la différence des premiers, ont quitté volontairement le Parlement en chantant des chansons défavorables à Jacob Zuma. Au cours de cette même année, des manifestants autour du Parlement avaient été dispersés par la Police.
2017 ne risque pas de déroger à la règle. Ce mercredi 8 février, des centaines de manifestants se sont rendus autour du Parlement afin d’exprimer leur mécontentement. Plusieurs d’entre eux évoquent le chômage (26% et le double chez les jeunes) et pointent du doigt la corruption qui enrichirait la famille présidentielle et les dignitaires de l’ANC au détriment des populations. « Nous essayons de sauver le pays avant qu’il ne soit trop tard, le sauver de l’ANC, du président Jacob Zuma. Tous sont corrompus. Ici, il n’y a pas de travail, les enfants vont à l’école, passent des diplômes et ne trouvent jamais d’emploi. Il faut que ça change », renchérit une femme venue manifester.

JACOB ZUMA ET SES NOMBREUSES CASSEROLES

L’année 2016 a vu la réputation du chef de l’État prendre un coup tant son nom a été lié à plusieurs scandales. Tout d’abord en mars où il a été reconnu coupable d’une violation de la Constitution en faisant payer par l’argent public les travaux de sa résidence privée. Contraint de rembourser, il s’est pour le moment acquitté d’une petite partie de la somme correspondant à un demi-million d’euros.
En août, son Parti l’ANC perd dans quatre des six plus grandes villes du pays. Il est alors désigné comme le principal responsable de cet échec électoral. De plus, la croissance molle (0,4%) et les chiffres du chômage (26%) ne jouent pas en faveur de Jacob Zuma. À ce propos, Sipho Mila Pityana, le leader de Save SA, un groupe de militants de la société civile a déclaré « vous n’avez plus la confiance du peuple, vous n’avez plus la confiance de la société civile et vous êtes de moins en moins soutenu au sein de votre propre parti »

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