Afrique : Les USA abandonnent la traque du chef de guerre le plus recherché d’Afrique, Joseph Kony

Joseph Kony
Joseph Kony © The New York Times

AFRIQUE SOCIÉTÉ – Après 6 ans de recherches vaines et presque 800 millions de dollars investis, le chef des forces américaines Tom Waldhauser a annoncé la fin de l’opération de la traque de Joseph Kony, chef rebelle de l’Armée de la Résistance du Seigneur (LRA, de l’anglais Lord’s Resistance Army)

Joseph Kony est né le 18/09/1961 à Odek dans le Nord de l’Ouganda. Il quitte l’école très tôt et se déclare «ajwaka», c’est à dire guérisseur et prophète. Dès son adolescence il commence à recruter des partisans en utilisant un mode biblique.

Son but ultime est de renverser le président ougandais Yoweni Museveni afin d’installer son système théocratique basé sur les principes de la Bible et les 10 commandements. Ses partisans le considèrent comme un chef militaire et spirituel et voient réellement en lui un prophète de Dieu ; certains le croient même immortel.

La naissance du LRA survient après l’arrestation en 1987 d’Alice Lakwena, prophétesse et tante de Joseph Kony qui dirigeait le HSM (Holy Spirit Movement) ; Kony prend alors la relève en créant le LRA.

Comment fonctionne la LRA ?

La LRA sévit dans plusieurs pays, en Ouganda, au Soudan du Sud, en RDC et en République Centrafricaine où elle a tué plus de 100.000 personnes ; le mouvement est formé à 80% d’enfants soldats. On ne sait pas exactement combien de membres forment le mouvement mais l’ONU estime que plus de 10.000 enfants ont été enlevés depuis 2002. En effet, l’enlèvement est leur principale méthode de recrutement ; les garçons deviennent des soldats et les filles sont réduites à être des esclaves sexuelles.

Depuis la création de la LRA, des dizaines de milliers de civils se sont fait tuer, torturer, mutiler (ablation du nez, des oreilles et de la lèvre supérieure principalement), violer et piller.

La terreur causée par les membres de la LRA a obligé plus de 2,5 millions de personnes à se déplacer. La «migration de nuit» est un phénomène récurrent dans les différentes régions menacées ; près de 40.000 enfants fuient leurs villages chaque soir pour rejoindre des zones urbaines plus sûres.

Afin de faire vivre le mouvement, la LRA trouve ses sources de revenus dans le braconnage et les pillages. Les membres de la LRA sont impliqués de manière importante dans le commerce illicite de l’ivoire (en tuant des éléphants et souvent les rangers qui se chargent de la protection de ces derniers) qui leur sert principalement à s’approvisionner en armes et munitions. Selon le témoignage d’un ancien lieutenant de la LRA, les défenses d’éléphants sont vendues à des intermédiaires au Soudan qui les envoient ensuite vers les pays du Golfe et la Chine.

La mobilisation internationale et la traque de Joseph Kony

Depuis 2005 Kony est recherché par la Cour Pénale Internationale ; son mandat d’arrêt comporte 33 chefs d’accusation, 21 de crimes de guerre et 12 de crimes contre l’humanité.

Plus de 5.000 soldats ougandais, congolais, sud-soudanais et centrafricains se sont mobilisés au côté d’une centaine de membres des forces spéciales américaines.

Par ailleurs, en mars 2012, le collectif Invisible Children a lancé une campagne numérique de sensibilisation dans le but de faire traduire en justice les têtes pensantes de la LRA, mais aussi dans le but d’inciter les États Unis à investir plus dans cette traque. La campagne a été suivie par des dizaines de millions d’internautes.

À la suite de toutes ces mesures, Dominic Ongwen et Ceasar Acellam, deux des quatre hommes les plus recherchés de la LRA ont été arrêtés. Cependant, Joseph Kony reste introuvable. Selon certaines nouvelles il aurait quitté l’Ouganda et serait en exil au Soudan. En effet, le pays apparaît comme un soutien important de la LRA car pendant la guerre civile soudanaise, lorsque l’Ouganda soutenait l’actuel Sud Soudan, Karthoum utilisait la LRA pour fragiliser la zone.

Même si aujourd’hui la LRA est fragilisée et fait beaucoup moins parler d’elle, Joseph Kony, chef d’une des guérillas les plus sanguinaires du continent africain est toujours en cavale.

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