Angola : Le projet de loi controversé pénalisant l'avortement

Un projet de loi visant à pénaliser sévèrement l’avortement fait l’objet de vives critiques en Angola. Les plus virulentes proviennent de la fille du président angolais sur les réseaux sociaux. Si cette loi venait à être adoptée, les personnes qui auront recours à la pratique risqueraient jusqu’à dix ans de prison. Rien que ça.

Le vote définitif de la loi pénalisant l’avortement devait avoir lieu le 23 mars. Jeudi, le président du groupe parlementaire du parti au pouvoir a annoncé le report du vote sine die. Virgilio de Fontes a justifié ce report en déclarant avoir besoin de nouvelles consultations avant de soumettre la loi à un vote définitif . Selon lui, c’est une question qui concerne toute la société.

D’une simple révision du Code pénal à une contestation virulente

Cette affaire a commencé par un « banal » projet de révision du Code pénal hérité de la période coloniale, précisément de 1886. En février dernier, une réforme de ce code pénal est votée en première lecture. Ce nouveau code pénal prévoit désormais des condamnations lourdes pour les personnes ayant recours à l’avortement ainsi que celles qui les exécutent. Le fameux projet de loi autorise toutefois l’interruption volontaire de grossesse en cas de viol ou si la vie de la mère est en danger.

Les parlementaires n’avaient pas prévu les vives réactions de la société civile, et encore moins celles venant de la propre fille du président Dos Santos, la toute puissante PDG de la compagnie nationale du pétrole, Isabel Dos Santos. Cette dernière s’est offusquée de manière virulente sur son compte Instagram.  Elle dénonce une loi visant à « criminaliser la femme ». « Je me sens humiliée en tant que femme. Je suis choquée ! » avait-elle écrit. Il n’en fallait pas plus pour faire trembler le sol du palais du parlement à Luanda.

Amnesty International et Human Rights Watch ont demandé aux autorités d’autoriser une marche aujourd’hui samedi dans la capitale Luanda. Les organisateurs ayant pourtant préalablement adressé une demande au gouverneur Higinio Carneiro n’ont pas eu de réponse. Ce silence des autorités devant ce qui apparaît comme une entrave à la liberté d’expression et au droit de manifester est perçu comme un aveu de faiblesse du gouvernement par les associations de lutte pour les droits en Angola.

Pression de l’Église catholique en faveur de la loi

La contestation ne faiblit pas malgré l’annonce du report du vote définitif au parlement permettant ainsi de plus larges discussions avec la société civile. La société civile se méfie du lobbying de l’église qui avait fait pression pour que ce texte soit amendé. Manuel Imbamba, le porte-parole de la communauté catholique, a déclaré à l’agence de presse portugaise regretter la banalisation de la question.

Un rapport de Pew Research Center datant de 2015 révèle que presque tous les pays d’Afrique subsaharienne permettent des avortements lorsque la mère est en danger. Seulement le tiers l’autorise en cas de viol ou d’inceste. Seuls l’Afrique du Sud et le Cap-Vert autorisent l’avortement, peu importe la raison évoquée.

Le parlement angolais saura-t-il se sortir du bourbier dans lequel il s’est engouffré en dépénalisant l’avortement ou devra-t-il se cantonner au point de vue de l’Église catholique? Les prochaines semaines promettent d’être animées du côté de Luanda.

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