Bénin : les mesures phares pour la réduction drastique du train de vie de l’État

Patrice Talon, Président béninois © Financial Afrik

Dès la formation de son nouveau gouvernement composé de vingt et un ministres au lieu des vingt-huit du régime précédent, le Président Patrice Talon a priorisé l’assainissement des finances publiques.

Tant le besoin de « dégraisser » les charges de l’État que l’importance de relancer l’économie en rationalisant les dépenses courantes ou subventions a justifié la mise en œuvre de six (6) mesures phares pour réduire le train de vie de l’État.

Suppression d’institutions et de postes, rationalisation des dépenses

À l’entame du mandat, le gouvernement a supprimé des institutions dites budgétivores : les hauts commissariats à la solidarité nationale et à la gouvernance concertée, le conseil présidentiel d’investissement, et le bureau d’auditeur général. Il a réduit le nombre de directions quasiment de moitié de telle sorte que 280 des 430 directions sont maintenues.

Dans l’objectif de mettre en place une administration moderne et efficace d’une part et de prévenir les dysfonctionnements ou les irrégularités des dépenses publiques d’autre part, une nouvelle architecture gouvernementale fixant la structure type des ministères a été adoptée.

  • Les postes de Chargé de Mission, d’Attaché de Cabinet, de Chargé de Protocole, et de Chargé de Communication ; les cellules de communication des ministères ; et les postes de chargé de mission et autres structures rattachées à la Présidence de la République ont été supprimés.
  • Les postes de Direction de Ressources financières et du Matériel (DRFM) et de Direction de Ressources humaines (DRH) ont été fusionnés dans une Direction centrale dénommée Direction de l’Administration et des Finances.
  • Les postes d’Inspecteur général de ministère, de Directeur de l’Administration et des Finances et de Chef de la Cellule de passation des marchés publics seront pourvus par appel à candidatures. Des contrats de performance seront signés par les responsables nommés aux divers postes et seront assortis d’indicateurs appropriés pour l’évaluation de leurs performances.

Aussi, les dépenses de l’État discrétionnaires telles que les acquisitions de biens et services et les subventions allouées aux organismes sous-tutelle ont été supprimées.

Création d’une Cellule de voyages officiels

Une estimation des frais de voyages des agents de l’État, des bourses et des évacuations sanitaires entre les années 2014 et 2015 montre que les dépenses engagées ont plus que doublé s’établissant à 18 milliards FCFA en 2015.

Afin de contrôler ces dépenses, le gouvernement a décidé de créer une Cellule de voyages officiels qui sera chargée de planifier et de piloter les dépenses de transport à l’étranger des personnalités politico-administratives et d’améliorer les relations avec les agences de voyages notamment par la gestion de leurs créances.

De manière pratique, cette cellule sera responsable de délivrer les titres de transport aux autorités et autres personnalités, à l’exception de la Cour constitutionnelle et de l’Assemblée nationale, effectuant un déplacement à l’Étranger aux frais de l’État.

Suppression de subventions de coton

Le coton est le principal moteur de croissance de l’économie béninoise, représentant plus d’un tiers des recettes d’exportation. Le gouvernement longtemps au cœur de la filière coton a pris la décision de libéraliser le secteur. Cela implique la prise en main de la filière entièrement par le secteur privé, mais aussi la suppression des subventions vitales à la filière. Ainsi, les égreneurs doivent désormais prendre en charge l’achat des intrants de même que l’achat du coton graine.

Révision de la carte diplomatique

Le réaménagement de la carte diplomatique du Bénin concerne la géopolitique aussi bien que les ressources humaines. De 39 à 30 missions diplomatiques et consulaires dans le monde à la réduction du personnel en poste, le Bénin ambitionne d’avoir des ambassades plus petites, mais plus performantes. Trois types d’ambassades sont définies : le type 6 équivaut à l’ambassadeur avec cinq cadres collaborateurs ; le type 5 avec le diplomate assisté de quatre cadres collaborateurs et les ambassades de type 4, c’est-à-dire, l’ambassadeur ou le consul avec trois cadres collaborateurs.

Les ambassadeurs ont également désormais la responsabilité d’identifier les partenaires et investisseurs pour la réalisation du Plan d’action du gouvernement (PAG).

Leasing des véhicules administratifs

Les dépenses liées à l’achat et à l’entretien des véhicules administratifs sont exorbitantes, à hauteur de près de 8 milliards en 2016. Soupçonnant des détournements de fonds, notamment sous forme de fausses facturations, l’État souhaite se désengager de la gestion du parc automobile de l’administration.

Ainsi, l’État a pris la décision de « leasing » ou de location de véhicules neufs qui seront entretenus par des fournisseurs. Ce modèle de gestion réduirait de manière substantielle les charges, centraliserait la gestion du parc automobile et optimiserait l’usage qui est fait des véhicules administratifs.

Type de gouvernance : partenariats public-privé (PPP)

L’Assemblée nationale a voté la loi portant cadre juridique du partenariat public-privé du Bénin. Cette loi vise  à doter le Bénin d’un cadre juridique pour assurer un environnement propice aux investisseurs privés tout en protégeant l’intérêt général de chacune des parties. Quelques institutions d’État sont déjà sous contrat d’affermage, d’autres seront privatisées.

Le gouvernement béninois a clairement manifesté son intérêt à privilégier les PPP pour la mise en œuvre de son plan d’action avant de se tourner vers l’endettement classique ou l’aide publique au développement.

 

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