Bénin – Restitution des biens culturels béninois : La France s'y oppose

© Olivier Laban-Mattei, AFP

Actualité Benin – Depuis juillet 2016, le Benin réclame à la France son patrimoine culturel exposé majoritairement au Musée du Quai Branly. Selon l’UNESCO, entre 4.500 et 6.000 objets seraient détenus par la France. Malheureusement après cette demande par le ministre Béninois des affaires Etrangères, Jean-Marc Ayrault au nom de la France refuse. Une décision qui crée une colère exprimée principalement sur les réseaux sociaux.

Plusieurs associations dont le Collectif Représentatif des Associations Noires ou encore SOS racisme ont exprimé leur profonde déception. Sindika Dokolo, jeune homme d’affaire Congolais a également publié une vidéo sur son compte Twitter pour rejoindre cette vague de contestation.

Le président du Bénin souhaite augmenter l’offre culturelle et logistique de son pays. Pour cela, il compte notamment sur son patrimoine culturel pour valoriser le tourisme. Il veut également mieux faire connaitre à la population la valeur des biens culturels et historiques béninois.

La France dit non à la restitution des biens pillés

Depuis l’arrivée du président Patrice Talon au pouvoir, le Benin est à la recherche de son identité. Le gouvernement essaye de reconstruire l’histoire du pays au travers de certains legs. Une des premières cibles du Benin est le musée du Quai Branly à Paris. En effet, le Benin veut récupérer ses trésors dérobés pendant la colonisation. C’est dans cette optique que le gouvernement béninois demande à la France depuis juillet 2016 de rendre ses trésors culturels. Pendant la colonisation du Royaume du Dahomey, la France accusée d’avoir pillée des pièces culturelles précieuses au Benin refuse de les restituer.  Il s’agit de presque 5000 pièces variées. Parmi lesquelles des sceptres, des trônes royaux, des statues anthropomorphes et biens d’autres reparties dans des musées privés. Et la liste d’objets est non exhaustive.

Néanmoins, ces objets, qui représentent pour le peuple Béninois une valeur patrimoniale et spirituelle, appartiennent désormais au patrimoine Français, exposés pour la majorité au Musée du Quai Branly. Plusieurs acteurs politiques de l’Afrique de l’Ouest ont soutenu cette cause en signant avec le Benin, le 23 mars une pétition adressée à François Hollande dans le but de récupérer les œuvres d’art originaire de leur pays. Dans une lettre adressée au ministre béninois des Affaires Etrangères Aurélien Agbenonci, Jean Marc Ayrault expliquait en décembre dernier que « les biens ont été intégrés depuis de longue date, parfois depuis plus d’un siècle au domaine de l’Etat Français […] conformément à la législation en vigueur, ils sont soumis aux principes d’inaliénabilité et d’insaisissabilité. En conséquence, leur restitution n’est pas possible. »

Le refus de la France crée une vague de révolte auprès des jeunes Africains

Ce refus de rendre sa propriété au Benin a suscité de vives réactions. Pas seulement au sein de la communauté béninoise. Bon nombre d’Africains sont effectivement montés au créneau. Des africains qui semble-t-il, n’en peuvent plus de se faire spoiler leurs richesses. Cette vague de contestation a commencé par le Collectif Représentatif des Associations Noires (CRAN). Puis, la ligue des droits de l’homme (LDH) soutenu par un collectif de députés béninois et français. Dans une tribune publiée dans le journal Le Monde, les députés rappellent que « il existe en France une commission scientifique nationale des collections dont la mission est de déclasser les objets soumis à son examen en vue de cette restitution ». Afin d’appuyer leurs propos, ils rajoutent que « Quand des objets du patrimoine ont été volés, la commission peut les déclasser en vue de la restitution intégrale, ces biens peuvent être restitués ».

Le collectif demande donc à la France de rendre les objets a leur propriétaire, le Benin.

Ce sujet provoque des réactions vives surtout auprès de la jeunesse africaine. C’est le cas de Sindika Dokolo, jeune mécène congolais, époux d’Isabel Dos Santos (célèbre fille du président angolais) actif dans le domaine artistique. Cet investisseur prospère et collectionneur d’art Africain, a exprimé son indignation dans une vidéo publiée sur son compte Twitter.

Selon lui, c’est une honte que la France se cache derrière la législation pour empêcher le retour des objets pillés sur le continent Africain pendant la colonisation. En guise de protestation, il vient d’annuler un prêt de cinq œuvres d’art classique de sa collection au Musée du Quai Branly. Ses pièces devaient faire l’objet d’une exposition dans les prochains jours. Le titre de cette vidéo « Ma réaction à la spoliation par la France du patrimoine du Benin. Ne plions pas », montre à quel point ce sujet est entrain de faire monter une révolte auprès des jeunes africains.

Alors qu’un groupe de panafricanistes essaye actuellement de se débarrasser définitivement du franc CFA, d’autres jeunes africains dénoncent une « hypocrisie » du gouvernement Français. Serait-ce le début d’une rupture entre la France et ses anciennes colonies ?

 

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