Bénin : un camion accidenté transportant de l’Uranium crée la panique

© Observers France24

C’est à Dassa-Zoumè, une ville située au centre Sud du Bénin qu’un camion a créé la panique ce dimanche 12 février. Le véhicule en provenance du Niger et transportant de l’Uranate (un dérivé de l’Uranium) a été accidenté au milieu de la chaussée. Il a fallu 48h aux autorités pour évacuer l’engin contenant la substance radioactive.
L’incident s’est déroulé en plein milieu d’une route nationale, le camion était pourtant entouré d’un convoi de la police. Il n’y a pas eu de blessé. Néanmoins, quelques étals des marchands à proximité ont été saccagés.
Immatriculé au Niger, le camion de la société française Areva tentait de rejoindre le port de Cotonou. La vitesse à laquelle le convoi se déplaçait serait la cause de l’accident. Le véhicule contenait de l’Uranate : un oxyde d’Uranium (qui après transformation devient de l’Uranium), ce qui a immédiatement causé la panique chez les populations environnantes.
En effet, la substance chimique transportée est radioactive. Ses émissions peuvent avoir de fâcheuses conséquences sur la santé. Cancer, leucémie, problèmes de reproduction, etc. peuvent être le résultat d’une exposition aux radiations.

LES AUTORITÉS TENTENT DE RASSURER LES POPULATIONS

La mairie a donc installé un périmètre de sécurité et le maire de Dassa-Zoumè, Nicaise Fagnon a tenté de rassurer les populations. Tout en réaffirmant que l’Uranate est aussi dangereux que l’Uranium, le maire a calmé le jeu en ajoutant que le container n’a pas été entaillé, ce qui minimiserait les risques d’un dégât sanitaire.
Aussi, le ministère de l’Environnement, la police et la société Areva ont organisé une Conférence-débat. Durant celle-ci, ils ont tenu tout d’abord à informer puis à apaiser les autochtones de ladite ville.
Selon les premières analyses, le produit transporté présentait des rayonnements alpha et gamma deux à six fois inférieurs aux normes maximums. Cependant, le container n’ayant pas été fissuré, le produit ne s’est pas répandu et n’est donc pas entré en contact avec les individus aux alentours. Mais par mesure de précaution, les marchandises qui ont été en contact avec le container ont été jetées.
Ces différentes déclarations n’ont pas réussi à apaiser les populations de Dassa-Zoumè. De plus, elles ont dû attendre 48h afin qu’une grue soit acheminée sur place. Suite à cela, le camion a été mis sur pied et a enfin pu rejoindre le port de Cotonou.

« IL N’EST PAS NORMAL QU’IL FAILLE DEUX JOURS POUR ACHEMINER UNE GRUE »

Plusieurs voix se sont levées après cette mésaventure. Certains ont fustigé le temps d’acheminement tandis que d’autres ont évoqué un problème d’encadrement par l’État, dans le transport de ces produits dangereux pour la santé des Béninois.
Clément Kotan, président de l’Unité de protection de l’environnement a ainsi déclaré : « Ce dossier amène un problème épineux : ce type de convoi qui passe du Niger au Bénin doit être strictement encadré. Il doit par exemple prévoir quoi faire en cas d’accident dans les heures suivant le problème.?» Il a ajouté que le fait qu’il ait fallu deux jours pour acheminer une grue est une entorse à la loi-cadre sur l’environnement (article 84).
Il a été suivi par le professeur Martin Pépin Aina, Directeur général de l’environnement et du climat du Bénin. Au micro de France 24, il a prôné une meilleure coopération entre le ministère de l’Environnement et celui des Transports « pour protéger les populations ». Il a reconnu que cet incident relevait « les failles quant aux précautions prises » avant de s’insurger quant au délai d’attente avant l’évacuation du camion : « Il n’est pas normal qu’il faille attendre deux jours pour acheminer une grue » a-t-il dit. Pour finir, il a ajouté : « Des lois relatives à la sureté et à la sécurité de la radioprotection au Bénin sont en cours d’études pour les semaines à venir et devront introduire ces réflexions ».
Le docteur Patrice Dangbèmey a quant à lui eu un regard très critique sur la situation. Il a déclaré : « Depuis quelques années, le Bénin est une terre de transit de l’uranium. Ses routes et son port sont devenus des champs rayonnants en absence de dispositif de sûreté. Aucun contrôle routier ni portuaire n’est possible, car les normes en matière de transport de ce produit radioactif ne sont connues de personne. Et pourtant l’antidote est remis à nos députés depuis des mois et ils devraient baliser et tracer le chemin à suivre ».

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