[Libre propos] « Booba ou le rap sans scrupule»

Dans le cadre de l’organisation de la 31e édition de la Coupe d’Afrique des Nations de football au Gabon, dénommée « CAN Total Gabon 2017 », plusieurs artistes nationaux et internationaux ont été invités à participer à la cérémonie d’ouverture. Cette ribambelle de ‘’talents‘’ compte majoritairement des artistes hip hop. Difficile d’expliquer ce choix. Toutefois, nous retenons la présence très remarquable du rappeur francophone Booba.

  • Booba ne boude pas ses plaisirs

Il faudrait rapidement rappeler que les dirigeants gabonais actuels, appelés « Les émergents » par leurs opposants, à tort ou à raison, ne cachent plus leur penchant pour « la récréation ». Récréation, pour faire simple, fait  allusion à la cour de récréation des enfants allant du pré primaire au lycée. C’est le paroxysme de la distraction, du laisser – aller, le royaume du ‘‘ça’’, autant dire, la foire, qu’ils s’offrent étonnamment à coût de milliards. On se souvient encore assez fraîchement de la venue de R. Kelly à la Zone économique spéciale de Nkok pour un cachet de 1 milliard FCFA, dit-on, ou plus récemment l’excursion précipitée du footballeur Messi, qui n’aurait pas été désintéressé selon certains médias. Booba en a donc profité et aurait accepté un cachet de 100.000 euros, soit 65 millions de  FCFA, toujours au détriment des artistes nationaux devenus des griots désacralisés, désenchantés et résignés.

Si on ne peut plus s’étonner de l’abus, vu le coût, on peut tout de même se demander : les millions, voire, les milliards, ok ! Mais pour quel service rendu à la nation ? Booba lui-même est mal placé pour nous édifier. Lui la principale star qui s’est vue poussée au milieu des tribunes pleines de vide. Une première certainement dans la carrière du rappeur, mais aussi et surtout dans l’histoire du plus important événement sportif du continent africain. Il faut le dire, le peuple gabonais dans sa plus grande majorité boycotte clairement la CAN qui se joue chez lui. Boycott plutôt compréhensible après les violences post-électorales que le pouvoir a exercées sur les populations faisant des dizaines de morts et de nombreux portés disparus.

Booba a donc chanté en play – back quelques trois chansons et est revenu à la mi – temps pour pouvoir justifier le colossal pactole qu’il empoche sur le dos de ses fans gabonais.

  • L’indignation des fans

On a noté une énorme déception de la part des fans du rappeur, frisant raillerie et rejet.  D’une part, les fans se plaignent que leur artiste, pourtant plein aux As, vienne participer à la spoliation de leur patrimoine national ; ils disent aussi que cet  « argent dilapidé n’est pas destiné à la fête, mais à l’éducation, la santé ou l’entretien des routes », que, « le Gabon a tellement de problèmes qu’on ne peut plus jeter l’argent par la fenêtre », d’autre part.

En effet, les fans de Booba n’ont pas tort. Car, l’état des finances du Gabon est alarmant. L’économie est au rouge. Les gouvernants mènent d’ailleurs une politique de récession et appellent la population à « serrer la ceinture » au point de se couper la hanche, à force. Le pays a plus que jamais du mal à couvrir ne fût-ce que la bourse de ses étudiants. Un fan, étudiant boursier, ironise justement le fait en disant que «  Ma bourse que j’attends depuis est partie dans le trésor que B2O (Booba) a soulevé chez nous ». Propos désolants venant des fans qui aiment aussi bien la musique que le sport. Mais le moment est si mal choisi qu’on en vient à déduire qu’on ne prête pas/plus qu’aux riches.

  • Le Rap : une musique consciente

Il convient de rappeler que le Rap émerge au milieu des années 1970 au Etats-Unis, dans les ghettos où cohabitaient majoritairement les minorités, marginalisées, opprimées et fragilisées. Le Rap s’est voulu une réponse contestataire, dissidente et consciencieuse à cette politique de confiscation/aliénation de l’humanité de divers peuples. Jusqu’aux années 1990, le Rap conscientisait et cherchait à réanimer les ghettos à sa façon. Les rappeurs se souciaient d’abord du message avant le reste. Le business et le souci de vendre pour l’argent se sont invités dans le jeu bien après.

A ses débuts, Booba faisait lui aussi du Rap conscient. Et il le faisait plutôt bien, à l’échelle de l’espace francophone où il a gagné des dizaines de disques d’or. Mais depuis une décennie, il a abandonné sa crinière et sa conscience pour ne viser que le gain. Son art est devenu son arme de cueillette d’oseille. Ce qui n’est en réalité pas répréhensible si c’est fait avec un certain scrupule. Booba, qui a des origines en Afrique, ne doit pas se permettre ce type de délires. Se faire utiliser par un dictateur reconnu, pas élu, confus et peu soutenu, à faire danser un peuple qu’il opprime, est tout simplement répugnant. On aurait au moins compris qu’avec ce musicien, ce n’est pas demain que l’Afrique chantera LIBERTE.

0 Comments on this Post

  1. Tout est dit. Merci

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  2. Pas faux tout ça ! Il a plus d’âme ce Booba, c’est un aspirateur à fric, c’est tout maintenant… D’ailleurs, sa musique s’en ressent, c’est de la merde souvent vulgaire et stupide.

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  3. Merci pour cette mise au point. Les artistes originaires du Gabon qui ont des choses à dire, qui gardent une certaine conscience, se taisent quand ils sont au pays (ou ‘on’ les fait taire par tous les moyens possible). Sinon, et bien, ils chantent ailleurs, à l’étranger. C’est ainsi que Pierre Akendengué a reçu son prix à l’O.N.U. Et François Ngwa, Tita Nzebi eux vont se produire à Paris samedi 21 janvier, au Café de la Danse. Voilà où on en est. Triste. Pendant ce temps, un rappeur qui clame que la France est raciste va chercher le pactole au Gabon, pactole au goût de sang, il faut bien le dire…

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  4. Alain Sergio OYONO

    Que dire de plus sinon on aura l’impression de redire ce qui a déjà été dit. Sinon que certains gabonais tout comme ce chanteur ont perdu tout sens d’humanisme. On ne respecte plus rien chez et les artistes locaux celà doit bien leir servir d’exemple eux qui aussi lorsqu’il y a élection sont souvent instrumentalisés et lors des grands événements nationaux sont souvent mis en marge. Que nous puissions tous tirer des leçons de ces actes. Pour quelques minutes de paroles qui ne délivrent aucun message et qui n’ont rien à voir avec l’événement on coupe ce qui pouvait servir aux générations présentes et mêmes futures dans leur épanouissement tant dans l’éducation la santé et même les loisirs. Que Dieu étendre désormais nos cris que les morts sortent de leur tombes que les esprits se réveillent de leur sommeil.

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