Cameroun : 3 leaders anglophones jugés pour terrorisme et incitation à la sécession

L’avocat Agbor Balla (au centre) lors d’une manifesfation

Ce lundi à Yaoundé s’ouvre le procès de 3 leaders anglophones originaires du nord-ouest du Cameroun. Agbor Balla, Fontem Neba et Mancho Bibixy, respectivement avocat, professeur et activiste seront jugés pour terrorisme, incitation à la violence, à la sécession et à la guerre civile, et propagation de fausses nouvelles. Le régime du président Biya leur reproche leur activisme au cours des derniers mois et leur soutien aux revendications identitaires des anglophones qui se sentent marginalisés dans un pays majoritairement francophone.

Des chefs d’accusation disproportionnés

Attendu depuis le 1er février, le procès de Agbor Balla, Fontem Neba et Mancho Bibixy va enfin s’ouvrir. Le tribunal militaire de la capitale camerounaise va entendre les 3 leaders pour des chefs d’accusation qui semblent manifestement disproportionnés.

En effet, les accusés ont, avec d’autres, appelé les Camerounais des régions anglophones (dans le nord-ouest du pays) à manifester pour mettre fin à ce qu’ils considèrent comme une marginalisation du pouvoir de Paul Biya et une plus grande reconnaissance de l’anglais dans l’administration.

Débordé par l’ampleur de la contestation, le gouvernement de Paul Biya a très vite interdit la tenue des manifestations dans le nord-ouest. Dans la foulée, les 3 leaders ont été arrêtés en région anglophone avant d’en être éloignés et conduits à Yaoundé. Leurs soutiens pensent que cet éloignement avait pour but pour éviter un accroissement de la pression populaire dans ces régions. Les 3 prévenus vont être présentés devant le juge dans le cadre d’un procès que beaucoup considèrent déjà comme un procès d’opinion.

Internet coupé et répression dans le nord-ouest

Malgré une légère accalmie pendant la Coupe d’Afrique des nations de football (CAN) que les Camerounais ont remportée, les contestations dans les régions anglophones se poursuivent. Jusqu’à présent, le gouvernement camerounais a choisi d’y répondre par la répression et par la censure.

Les autorités camerounaises ont ainsi décidé de couper l’accès à internet dans le nord-ouest du pays. En solidarité avec ceux qui se trouvent dans les régions victimes de censures, des Camerounais ont créé un hastag sur les réseaux sociaux pour réclamer le rétablissement d’internet : #BringBackOurInternet

Au sein de l’opposition camerounaise, on affirme que les arrestations ne se sont pas limitées aux 3 leaders anglophones qui seront présentés au juge aujourd’hui. D’autres avocats et personnalités anglophones auraient été subrepticement arrêtés. L’opposition craint que ces personnes ne subissent des sévices et des violations de leurs droits.

Laisser un commentaire