Cameroun : Bimbia, un port négrier méconnu

Le port négrier de Bimbia, un site historique qui reste méconnu

Parmi les plus célèbres sites négriers en Afrique, on peut citer l’incontournable île de Gorée du Sénégal, le fort Cape Coast au Ghana, la ville d’Ouidah au Bénin. Bien souvent oublié aujourd’hui, le port négrier de Bimbia au Cameroun a pourtant joué un rôle important représentant plus de 10 % de la traite négrière ce qui dépasse le nombre d’esclaves partis de Gorée.
Découvert en 1987, le port négrier de Bimbia a été mis en lumière grâce à l’intérêt grandissant des Afro-Américains à renouer avec leurs racines africaines.

Bimbia, patrimoine historique du Cameroun 

En 2010, le programme de retour aux origines initié par l’association ARK Jammers a permis de relier plus d’une centaine d’Américains à leurs origines camerounaises. Les plus connus étant Oprah Winfrey, Condoleeza Rice, Quincy Jones. Des voyages ont été organisés en collaboration avec les autorités locales pour localiser le port et le rendre plus accessible aux visiteurs. Il a depuis été classé au patrimoine historique national du Cameroun.
Ainsi, pour se rendre à Bimbia, il faut partir de Douala et parcourir 60 km en direction du Sud-Ouest. On atterrit ainsi dans la ville balnéaire de Limbé dans le département de Fako. Une fois sur le site, on peut observer les traces du commerce d’esclaves : mangeoires, restes de chaines métalliques, écritures… La preuve la plus indéniable du passé négrier du port de Bimbia reste l’accès sur l’océan atlantique qui donne sur l’île de Nicholls. Cette île ayant servi au 18e siècle de point d’embarquement des esclaves vers un voyage sans retour.

Le manque de financement, un frein à la notoriété de Bimbia

Lisa Marie Aubrey, chercheuse politologue américaine, enseignante au département des études africaines et Afro-Américaines à l’Université d’Arizona en ont fait son cheval de bataille. En effet, depuis 2010, elle effectue des travaux bénévolement dans l’objectif de faire connaitre Bimbia autant localement qu’internationalement. « De nombreux Camerounais sont surpris de l’existence de Bimbia et du fait que leur pays ait été touché par la traite négrière. De nombreuses personnes ont été emmenées contre leur gré, hors de Bimbia. » Son ambition est d’en faire un lieu d’histoire, de commémoration et de pèlerinage à l’instar de Gorée qui elle, accueille un nombre important de touristes chaque année.
Hélas, la volonté seule ne suffit pas pour donner à ce vestige la même envergure que ses pairs. L’accès difficile au site, l’absence de fonds nécessaires à la recherche, à la restauration et à la promotion sont des facteurs qui ralentissent la reconnaissance de ce site à l’échelle mondiale. Espérons que le Ministère des Arts et de la Culture camerounais se penche un jour sur la question afin que le port négrier de Bimbia soit un lieu de mémoire digne en souvenir des esclaves qui sont passés par là.

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