Cameroun : la crise anglophone pourrait coûter plus de 150 milliards FCFA à l'économie nationale

Bamenda, chef lieu de le région nord-ouest du Cameroun © Le Monde

Selon le numéro du bihebdomadaire Défis Actuels paru le mardi 28 février, la crise des syndicats qui revendiquent de meilleures conditions de vie et de travail dans les régions anglophones du Cameroun entraînerait un manque à gagner de plus de 150 milliards FCFA.

Les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest du Cameroun abritent 17,5% de la population ; elles fournissent au pays l’essentiel de la production pétrolière et la crise qui y sévit pourrait avoir de lourdes conséquences sur l’économie nationale.

L’économiste Mboka Tongo a expliqué qu’en 1990, les opérations «villes mortes» au Cameroun avaient été une catastrophe pour l’économie nationale : «les pertes financières des villes mortes des années 90 ont été évaluées à 5 milliards par jour».

Les échanges avec le Nigéria fortement impactés

Depuis le début de la crise anglophone, la paralysie économique des zones concernées a entraîné une forte réduction des échanges entre le Cameroun et le Nigéria, pays frontalier aux régions anglophones et premier fournisseur du Cameroun.

Selon le ministère du Commerce au Cameroun, le montant des échanges entre les deux pays est estimé à environ 382 milliards FCFA par an, surtout dans les régions anglophones, frontalières au pays.

Cependant, à cause de la situation actuelle, les exportations nigérianes ont fortement chuté alors qu’elles avaient récemment augmenté grâce à la construction d’une route de 403 kilomètres reliant directement Bamenda (Cameroun) à Enugu (Nigéria).

Cette chute des exportations entraîne également un important manque à gagner pour le Nigéria qui tirait ses recettes des droits d’entrée des produits camerounais au Nigéria et des droits de sortie des importations camerounaises en provenance du Nigéria.

Selon Business Day, journal nigérian, «les importations camerounaises en provenance du Nigéria sont soumises au paiement d’un droit légal moyen de 19,10%, y compris une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 17,5%, et d’autres cachées. En revanche, les importations nigérianes en provenance du Cameroun sont soumises au paiement d’une taxe de 11%, y compris la TVA».

La situation de crise dans les régions anglophones ferait perdre plus de 732 millions de dollars (450 milliards FCFA) au Nigéria.

La coupure internet paralyse une partie de l’économie de la zone

De nos jours, internet est un outil indispensable au quotidien dans le fonctionnement de la plupart des entreprises. Or, depuis le 17 janvier, les entreprises qui opèrent dans les régions sud-ouest et nord-ouest du Cameroun en sont privées.

Bien qu’il soit difficile de l’évaluer, des études récentes estiment que la coupure internet dans les régions anglophones a déjà entraîné une perte de plus de 500 millions FCFA en un mois.

En effet, on trouve dans ces régions la «Silicon Mountain», zone proche de Bamenda où de nombreuses startups s’implantent chaque mois.

La survie et le développement de ces nouvelles entreprises dépendent fortement d’une bonne connexion internet et on estime déjà à plusieurs millions de FCFA le montant total des pertes enregistrées dues au manque à gagner de ces startups.

Un jeune entrepreneur de la zone avait déclaré au journal Le Monde : «Notre productivité a baissé de plus de 60%. De plus, nous avons perdu des projets, des contrats et nous ne pouvons plus prendre de nouveaux clients. J’ai déjà perdu 1,5 million FCFA rien qu’avec un projet. Les deux premières semaines, j’en ai dépensé 150 000 pour le transport et la nourriture ».

En effet, pour tenter de faire survivre leurs startups, les jeunes entrepreneurs se rendent fréquemment dans d’autres villes afin d’y avoir une connexion internet et d’assurer un fonctionnement minimum.

La crise anglophone du Cameroun qui dure depuis plusieurs mois déjà, entraîne aujourd’hui de lourdes conséquences sur l’économie nationale, mais aussi de la région.

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