Cameroun – Crise anglophone : statu quo 2 mois après la coupure d’internet, Paul Biya ne lâche rien

Le Cameroun anglophone reste en bouleversement alors que des dirigeants régionaux s’apprêtent à être jugés ce jeudi. Leur crime : « Tentative d’appel à la sécession ». Pourquoi le président Biya s’oppose-t-il tant à l’autonomie des provinces anglophones ?

Les régions du nord-ouest et sud-ouest, bastions de l’opposition du régime Biya, réclament un état indépendant du Cameroun du Sud comme à l’époque coloniale britannique. Cependant la majorité des populations anglophones pensent qu’une fédération serait la solution aux problèmes de marginalisation politique et économique.

Le début de la crise anglophone

La crise actuelle qui déchire le Cameroun a commencé en 2016 avec une série de grèves. D’abord, celle des avocats demandant l’application du système judiciaire anglo-saxon « Common Law » et l’utilisation de l’anglais dans les tribunaux. Puis, les enseignants sur la même question linguistique. A tous les niveaux, les syndicats se sont violemment opposés à la « francophonisation » de leurs communautés. Depuis, les manifestations des jeunes sont de plus en plus violentes. Les cas d’incendies criminels contre les bâtiments publics et les magasins ont augmenté.

La réponse du gouvernement Biya : la répression, et le musellement des communautés anglophones. Aujourd’hui cela fait exactement 65 jours que la connexion internet y est interrompue malgré toutes les conséquences économiques que cela implique. Le président Paul Biya, qui dirige le pays depuis 1982, n’est pas prêt à faire des concessions. « Mon gouvernement n’est ouvert au dialogue que dans la mesure où l’unité et la diversité de notre pays ne sont pas remises en question », déclarait-il cette semaine.

Pourquoi Paul Biya s’oppose t’il a l’autonomie des populations anglophones ?

En perdant le contrôle de la situation, Paul Biya s’exposerait à une fracture irréparable du pays et une réapparition des divisions religieuses, régionales et ethniques enfouies. En effet, le Cameroun abrite un certain nombre de divisions très profondes. Au niveau régional, entre le centre industrialisé du pays et la périphérie. Dans le cadre religieux, avec un nord largement musulman et le reste essentiellement chrétien et animiste. Au niveau linguistique, entre les régions anglophones et francophones. Ou encore culturellement, le pays comprend plus de 200 groupes ethniques.

Par ailleurs, la lutte contre la secte islamique Boko Haram dans les trois régions du nord, ainsi que les frontières très poreuses de la région Est avec la République Centrafricaine, ont créé une situation de sécurité extrêmement ténue. Les conflits dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest signifient que six des dix régions devront relever des défis en matière de sécurité. Tous ces facteurs contribuent à une éventuelle fragilisation de l’unité nationale.

Cependant, la répression n’a rien d’unificateur, bien au contraire. Le Cameroun est confronté à une opportunité historique de faire face à cette crise et de se transformer en une économie de marché pluraliste et démocratique, où la diversité est célébrée et non réprimée. Seul un débat ouvert permettra la résolution de ce conflit, car cette crise a le potentiel d’impacter négativement les élections de 2018. Encore faudrait-il que celles-ci puissent avoir lieu, au vu des conditions actuelles, rien n’est certain.

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