Cameroun : Internet coupé pour étouffer les revendications des anglophones

Depuis le 17 janvier, la connexion internet est brouillée dans les régions anglophones du Cameroun, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest où les revendications ne cessent de se multiplier.

Des zones «sensibles »

Depuis plusieurs semaines, les régions anglophones du pays font l’actualité au Cameroun et de nombreuses manifestations et grèves rythment le quotidien de ces zones, aujourd’hui dites « sensibles ».

Les Camerounais anglophones exigent que leur identité, et donc leur langue soit respectée ; ils considèrent que la langue de Molière prend aujourd’hui trop de place dans leurs régions.

Une partie du corps professoral dénonce la part de plus en plus importante que prend le français au sein des programmes scolaires ; certains professeurs récemment embauchés ne parlent même pas anglais et ne peuvent s’exprimer qu’en français (alors qu’il s’agit de professeurs dispensant des cours de matières dites générales, et non des cours de français). Les enseignants anglophones s’y opposent et souhaitent que la spécificité linguistique de leurs régions soit conservée.

Par ailleurs, les avocats ont également pris part aux revendications. Ces derniers dénoncent l’oubli de l’anglais au sein des décisions administratives. Actuellement, les textes de droits ne sont pas systématiquement traduits en anglais et les nouvelles lois ne sont publiées qu’en français (Pour information, même les textes officiels de la CEMAC ne sont pas publiés en anglais).

De plus, les derniers magistrats qui ont été nommés par le gouvernement ne parlent que français ; les anglophones ne se sentent donc pas considérés ni représentés au sein des hautes fonctions de l’État.

Les revendications des anglophones constituent aujourd’hui un sujet sensible et la  question du fédéralisme est d’ailleurs ramenée à l’ordre du jour. Les défenseurs du fédéralisme estiment que ce mode de fonctionnement permettrait que les différences et la diversité du pays soient respectées et que chacun se reconnaissent en tant que Camerounais dans un pays qui est après tout officiellement  bilingue.

Le gouvernement étouffe les revendications

Suite à ces tensions persistantes, le Ministère des Postes et Télécoms  a  ordonné de couper la connexion internet dans les régions dites sensibles. David Nkoto Emane, directeur général de Camtel a aussitôt obéit en diffusant une note le 18 janvier 2017 dans laquelle il  aborde la « suspension du service internet dans certaines régions sensibles ». Depuis ce jour, la connexion des principaux fournisseurs internet, Nextel, MTN, Camtel et Orange a été brouillée, voire totalement bloquée dans certains cas. Cette pratique porte pourtant atteinte aux droits de l’Homme.

Une violation des droits de l’Homme

Depuis 2012, les Nations Unies reconnaissent l’accès à internet comme un droit fondamental.

Cependant, face aux mesures de répression croissantes de certains gouvernements, l’ONU a adopté une nouvelle résolution à ce sujet.

Cette résolution adoptée le 4 juillet 2016 condamne «sans équivoque les mesures qui visent à empêcher ou à perturber délibérément l’accès à l’information ou la diffusion d’informations en ligne, en violation du droit international des droits de l’Homme », l’ONU « invite tous les États à s’abstenir de telles pratiques et à les faire cesser ».

#BringBackOurInternet

Les internautes Camerounais des régions francophones qui jouissent encore de l’accès à internet n’ont pas hésité à rappeler leurs droits et à exprimer leur mécontentement face aux mesures prises par le gouvernement. Ils ont donc manifesté leur solidarité aux  anglophones via le hashtag #BringBackOurInternet.

Malheureusement, la résolution de l’ONU quant aux restrictions de l’accès à internet n’est pas contraignante et aucune sanction ne peut être appliquée envers les États qui ne la respectent pas ; elle ne reste pour l’instant qu’un moyen de pression sur les gouvernements.

 

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