Côte d’Ivoire : blocage de tonnes de cacao, les producteurs rentrent en grève

Le cours du cacao est en baisse, les prix du chocolat pourraient baisser
Le cours du cacao est en baisse, les prix du chocolat pourraient baisser. | Reuters.

Les planteurs de cacao ivoiriens ont entamé ce mercredi 15 février 2017 une grève illimitée pour protester contre la situation que subissent leurs récoltes, stockées, et bloquées depuis la chute des cours du cacao et les pertes engendrées.
Pour les producteurs du « trésor agricole » ivoirien, l’état, par le biais du conseil café-cacao, laisse perdurer la situation périlleuse dans laquelle se retrouvent leurs récoltes. Pendant ce temps, certains exportateurs ne respectent pas leur engagement d’acheter 80 % des récoltes annuelles du pays.

400 000 tonnes de cacao invendues, les ports et entrepôts saturés

Ce sont des milliers de tonnes de cacao, qui s’accumulent et se dégradent désormais dans les Ports de San Pedro et d’Abidjan. Des rangées de camions remplis de cacao s’alignent près des quais, dans l’impossibilité de décharger leurs marchandises. Les dépôts de stockages se retrouvent remplis et les exportations sont quasi interrompues. Dans les champs, la situation est identique. De nombreux planteurs se retrouvent dans l’incapacité de stocker les dernières récoltes et de les vendre. Les rares clients locaux, voudraient acheter le cacao à moins de 700francs CFA le kilogramme, bien en dessous des 1 100 francs CFA, fixés nationalement.
A l’origine de cette catastrophe économique, la chute vertigineuse du cours du cacao en fin novembre dernier. Depuis, aucune amélioration n’est en vue. Les producteurs se retrouvent désormais avec d’importantes quantités de fèves de cacao, mais dans l’incapacité de les revendre à l’étranger. La chute des cours a entrainé une baisse considérable du prix du cacao à l’international, et limité considérablement la vente de ce produit agricole. Il en résulte donc un « blocus » causé par la quantité importante de la production ivoirienne et la soudaineté de la chute des cours.
Face au silence des autorités, plus particulièrement du conseil café – cacao et au vu de la situation alarmante des récoltes, qui pourrissent au fil du temps, des producteurs ont décidé de faire entendre leurs voix, à travers un mouvement de grève.

D’importantes pertes des exportateurs à rembourser?!

L’accumulation des tonnes de cacaos dans les différents ports du pays, ainsi que dans les entrepôts des producteurs tire son origine d’une série d’événements inattendus, dont l’élément perturbateur est la chute des cours de novembre 2016. En effet, la chute de 25 % des cours a affolé de nombreux exportateurs, qui ont annulé une partie de leurs cargaisons prépayées, estimées entre 15 % et 20 % des exportations totales annuelles. Ces tonnes de cacaos non exportées, ce sont alors accumulées dans les ports où leurs propriétaires ont toutes les peines du monde à les revendre.
Outre les stocks non vendus, les exportateurs exigent également un remboursement sur les quantités de cacao non décommandées et achetées à des prix fixés par le conseil café-cacao (l’organe national en charge de la gestion de la filière cacao-café) et revendues selon les exigences du marché actuel. En situation normale, ils achetaient le cacao à 1?100 francs CFA le kilogramme (fixé par CCC) pour le revendre au-delà des 1?800 francs CFA. Ce qui leur permettait de couvrir l’ensemble de leurs charges et réaliser du profit. Or avec l’effondrement des cours, le prix de revente du cacao n’excède pas les 1?300 francs CFA à l’international si bien que ces derniers aient perdu 500 francs CFA, sur chaque Kilogramme. C’est cette différence que les exportateurs ont exigée au conseil, avant de reprendre toute exportation de cacao.
C’est donc pour protester contre le manque de réactivité et la lenteur administrative du remboursement des exportateurs par le conseil café — cacao que près de 98?000 producteurs de cacao, représentés par le syndicat national agricole pour le progrès en Côte d’Ivoire (SYNAP-CI) et de nombreuses autres associations agricoles, sont entrés en grèves illimitées. Ces derniers pointent également du doigt, les producteurs qui n’honoreraient pas la promesse d’acheter 80 % de la production annuelle de cacao des planteurs.

Lenteur administrative qui paralyse le secteur du cacao

Les nombreux producteurs de cacao sont restés dans l’incompréhension, face au silence de leur organe de gestion. Le conseil dispose en effet d’un fonds de réserve qui servirait en cas de «?coup dur?» estimé à 140 milliards de francs CFA, auquel s’ajouteraient de nombreux fonds de stabilisation.
Écrié et pointé du doigt depuis des semaines, le conseil café-cacao se défend et affirme pourtant travailler d’arrachepied pour la résolution du problème du « blocus » de l’export du cacao.
Il accuse la lenteur des procédures de remboursement qui s’étalent parfois sur des semaines et qui ont dû être écourtées à dix jours. Sa directrice, Massandjé Touré-Litsé a d’ailleurs rassuré producteurs et exportateurs à ce propos en déclarant «?Les niveaux des stocks en région ont baissé de 20 % depuis janvier. Rien que dans les banques commerciales, nous avons assez pour payer les soutiens. La semaine dernière, nous avons payé 20 milliards de francs CFA aux exportateurs. Nous avons aussi raccourci les délais de paiement de trois semaines à moins de dix jours.?»

Filière du cacao en crise, un coup dur pour l’économie ivoirienne

Le sort des tonnes de cacao inquiète des autorités ivoiriennes. Pour certains économistes, la quantité invendue représenterait presque un tiers de la production annuelle. Si elle n’était pas sauvée, ce sont des milliards de pertes qui seraient enregistrées par le pays et un trou énorme dans les caisses. Le pays étant le premier producteur mondial du cacao, sa production moyenne annuelle se situe 1,2 million de tonnes, soit 41 % de l’offre mondiale?! Sur le plan national le cacao représente 40 % de recettes d’exportation, et contribue à hauteur de 10 % du Produit intérieur brut (PIB) du pays. La filière cacaoyère emploie au moins six cent mille personnes. Si la situation s’aggravait, les retombés pourraient être catastrophiques du point de vue social.

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