Côte d'Ivoire : Hamed Bakayoko, le présidentiable ambianceur ?

Hamed bakayoko
Twitter : @hamedbayoko1

Côte d’Ivoire-AfricaPostNews (Politique)- Plusieurs fois nommé ministre ces vingt dernières années, Hamed Bakayoko semble être devenu le ministre le plus puissant du gouvernement.

À chaque fois, qu’une situation  semble périlleuse, le président Alassane Dramane Ouattara (ADO) la confie à Hamed Bakayoko. Son poids politique et son carnet d’adresses deviennent, si impressionnants que d’aucuns le verraient aller jusqu’au palais du plateau (siège du palais présidentiel).

Hamed, le fils spirituel des Ouattara

La proximité entre Hamed Bakayoko et ADO date des années 90. ADO était à ce moment là, Premier-ministre de Felix Houphouët Boigny. Suite au décès du président Houphouët, sa succession fut très disputée. Henri Konan Bédié (HKB),  dauphin constitutionnel au moment des faits, sortira vainqueur de ce bras de fer. ADO devra s’exiler à Washington, au Fond Monétaire Internationale (FMI). Il laissa le soin, entre autres, à Henriette Dagri Diabaté, Amadou Gon Coulibaly et Hamed Bakayoko de tenir le terrain. Et ainsi faire vivre le Rassemblement des Républicains (RDR)- parti qui fut créé avec de nombreux militants dissidents du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) qui n’acceptait pas le choix de HKB-. Lorsque le RDR décida de lancer son organe de presse – le patriote- la direction de cet organe de presse échue à Hamed Bakayoko, journaliste lui même de formation. Quand l’épouse d’ADO, Dominique, décida d’acheter la franchise Nostalgie 93 pour la Côte d’Ivoire, Hamed Bakayoko, intime du couple, prit naturellement la direction de cette structure.

À l’orée des années 2000 et des différents coups d’États que connurent la Côte d’Ivoire, Hamed Bakayoko devint ministre des nouvelles technologies pour le compte du RDR dans un gouvernement d’union nationale. Il occupa ce poste quasi sans discontinuer jusqu’à l’élection présidentielle de 2010.

Ministère de l’intérieur

Suite à la crise post-électorale de 2011, le pays s’est retrouvé dans une crise humanitaire doublée d’une crise sécuritaire sans précédent. Dès le premier gouvernement de Guillaume Soro sous le magistère d’Alassane Ouattara, le portefeuille de l’intérieur et de la sécurité fut confié à Hamed Bakayoko. L’insécurité fut jugulée, en partie, en un laps de temps assez court. Les activités économiques ont redémarré et un retour à la normale fut observé.

Mieux, la mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Côte d’Ivoire (ONUCI), jugeant le pays, redevenu stable et sécure, décida le 30 juin 2017 de mettre fin à sa présence dans le pays. Clôturant ainsi l’une des missions les plus onéreuses de cette institution.

La mise en place du Centre de coordination des opérations décisionnelles (CCDO), unité mix entre gendarmerie, armée et police fut également mise à son crédit.

Le passage d’Hamed Bakayoko au ministère de l’intérieur coïncidera avec des dotations en matériel assez inédites. La police ivoirienne fut ainsi dotée d’un hélicoptère d’intervention, d’armes à feu de dernière génération, d’uniformes neufs, de matériel roulant (véhicule blindé, léger et d’intervention) et de nombreuses casernes furent réhabilitées. L’échec cuisant d’Hamed Bakayoko à ce ministère est et restera incontestablement la difficulté qu’ont eue les forces placées sous son autorité à venir à bout des «microbes»- jeune délinquant- , des coupeurs de route et à l’attentat de Grand Bassam.

Sécurocrate n°1 d’Alassane Ouattara

En 2016, après une énième mutinerie de l’armée, le président Ouattara le fit nommer au camp Gallieni- siège du ministère de la défense nationale-en remplacement de Alain-Richard Donwahi.

Sa principale mission est de tenir ce ministère régalien, en empêchant d’autre mutinerie mais aussi et surtout à  moderniser et à restructurer l’armée.

Une loi de programmation militaire ambitieuse dotée de 1,2 milliard d’euros devrait lui permettre de mener les différentes réformes dont le secteur a besoin.

Hormis les mutineries et la modernisation de l’armée, l’autre chantier prioritaire auquel devra faire face le ministre de la défense sera la lutte contre le terrorisme.

La Côte d’Ivoire étant géographiquement dans une zone à risque et ayant, elle-même été victime d’un attentat en 2016, de nombreuses failles ont apparues au grand jour.

Si il est vrai que l’intervention des forces spéciales ivoiriennes a surpris par leurs professionnalismes, efficacités et par la rapidité d’intervention, le renseignement et la détection du risque terroriste ont été les principaux points noirs. Cette attaque ayant eu lieu à quelques encablures de la résidence secondaire du président ivoirien et d’autres hautes personnalités, sur une plage prisée a interrogé plus d’un sur l’efficacité des services de renseignements. Le risque zéro n’existant nul part et que la Côte d’Ivoire n’est pas le seul pays confronté à ce fléau, beaucoup ont appelés de leurs vœux une refonte du Conseil National de Sécurité (CNS). Cet organe regroupant tous les départements du renseignement et les différents chefs des corps armées et placés sous la présidence du chef de l’état a apparu comme inopérant voir sclérosé. Sclérosé pour certains, car composé des membres ayant soit leur propre agenda, soit ne souhaitant pas reconnaître leurs défaillances d’où une déperdition d’informations.

Enfin, le nouveau ministre devra mettre en place une politique de réconciliation et d’unité au sein même de l’armée.

En effet les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), sont une fusion entre les forces rebelles (Forces Nouvelles ; pro Ouattara) qui a tenu le nord du pays de 2002 à 2011, et des Forces de défense et de sécurité (FDS pro Gbagbo) de Côte d’Ivoire. Ces deux forces se sont affrontées pendant une décennie. Certains reprochent au pouvoir actuel de truster les postes les plus importants et les plus stratégiques au profit des seuls ex-FN. Créant ainsi, ce que d’aucuns qualifient de « revanche » et d’une « armée à deux vitesses ». Faisant ainsi de l’armée une institution où la politique de la méritocratie n’est pas forcément la règle.

HamBak populaire dans le monde artistique

Réputé pour aimer le monde de la nuit, Hamed Bakayoko a même longtemps été propriétaire de boîtes de nuit à Paris. Son nom est souvent cité dans des chansons d’artiste du continent. De Koffi Olomide à Fally Ipupa en passant par Arafat Dj tous ont chanté le nom du ministre et se targuent même d’une proximité certaines avec lui. Beaucoup lui ont reproché ce mode de vie un peu dissolu. Surtout lorsque ses ambitions ont été rivales de celle, de  Guillaume Soro. Plus jeune que lui, mais à la vie plus austère et rangée.

Hormis ces divertissements atypiques pour un homme d’État, son gout pour les voitures de luxe et plusieurs résidences somptueuses dans la capitale et dans le reste du pays ont interrogé plus d’un sur les sources de financement qui ont permis ces acquisitions.

N’ayant pas hérité d’une fortune colossale ou d’affaire personnelle particulièrement florissante – d’autant que la législation ivoirienne proscrit aux ministres d’avoir des activités commerciales dans le but d’éviter tout conflit d’intérêts- cet état de fait laisse plus d’un pantois.

Ces preuves ostentatoires de richesse auraient poussé le président Ouattara à rappeler son ministre à l’ordre lui prescrivant plus de discrétion.

Le profil atypique d’Hamed Bakayoko fait dire à certains, qu’il sera parmi ceux qui compteront à l’avenir.

Du fait de son expérience, de son entregent et de sa fortune colossale Hamed Bakayoko se lancera probablement un jour à la conquête du fauteuil présidentiel. Il l’a lui même avoué dans une interview à Jeune Afrique. Sera t’il un bon président pour la Côte d’Ivoire ? Prolongera t’il le stéréotype du chef d’état africain richissime et affairiste ?

Aux citoyens ivoiriens de trancher et de décider !

SW

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