Côte d’Ivoire : Sam l’Africain condamné à 6 mois de prison

Sam l’Africain a été condamné à 6 mois de prison pour des propos jugés xénophobes © Abidjan.net

L’opposant Mohamed Sam Jichi, plus connu sous le surnom de « Sam l’Africain » a été condamné à 6 mois de prison ferme. Il a été jugé coupable d’injure et diffamation « envers des personnes appartenant à un groupe ethnique ». Le verdict a été donné ce vendredi par le tribunal de première instance du Plateau à Abidjan.

Sam l’Africain était devenu une véritable vedette lors de son témoignage médiatisé en 2016 lors du procès de Laurent Gbagbo devant la Cour Pénale Internationale (CPI). Cette fois, ce n’est pas en qualité de témoin qu’il fait l’actualité judiciaire ivoirienne, mais bien dans l’habit de condamné. Il était accusé d’avoir tenu des propos xénophobes lors d’un meeting organisé le 11 mars à Yopougon. La justice ivoirienne l’a déclaré coupable ce vendredi.

Une vidéo mise en ligne déclenche la polémique

Ce meeting était organisé par la dissidence FPI dirigée par Affi Nguessan. D’ailleurs, c’est sous cette étiquette que Sam l’Africain avait notamment été candidat malheureux aux législatives de décembre 2016. « Si je suis libanais, c’est que Ouattara est burkinabé parce qu’on a le même statut », avait-il déclaré à la foule dans le bastion pro-Gbagbo de Yopougon. Ces propos ont valu à Sam l’Africain d’être poursuivi par la justice, pour « des propos incitant à la haine, à la xénophobie et à la révolte militaire ».

Il avait été arrêté le 17 mars dernier et déféré à la maison d’arrêt d’Abidjan suite à la mise en ligne d’une vidéo le montrant faire ladite déclaration en public. La vidéo avait été partagée massivement sur les réseaux sociaux, ce qui n’avait pas manqué d’attirer l’attention des médias et des politiques. Pour la justice ivoirienne, cette vidéo constitue un flagrant délit de xénophobie.

Propos d’une extrême gravité selon le procureur

Le procureur de la République Richard Christophe Adou avait déclaré à la suite de son arrestation que les propos incriminés sont d’une « extrême gravité au moment où les plus hautes autorités du pays œuvrent à la réconciliation nationale et à la restauration de la cohésion sociale ». Selon le droit ivoirien, les propos tenus par Sam l’Africain sont constitutifs d’infractions pénalement punies par les articles 199, 200 et 201 du Code pénal.

Lors du procès, le procureur avait requis une peine d’une année de prison ferme et d’une amende de 5 millions de francs CFA à l’encontre du prévenu. « La loi bannit toute forme de discrimination et de tribalisme et il faut que ceux qui aspirent à nous diriger bannissent ce vocabulaire », a déclaré Richard Christophe Adou au juge.

C’est finalement 6 mois de prison ferme ainsi que 500 mille francs CFA d’amende qui ont été retenus contre Sam l’Africain. Les excuses prononcées par le prévenu devant le juge n’auront donc pas été suffisantes pour un acquittement. Il est également condamné à 5 ans de privation de droits civiques. Il ne pourra donc pas participer aux prochaines échéances électorales. Son avocat, Me Modeste Abié a annoncé faire appel de cette décision du tribunal. Selon lui, cette condamnation est une « grave atteinte à la liberté démocratique et d’expression ».

Une entrave au processus de réconciliation ?

Les propos de Sam l’Africain viennent raviver le sempiternel débat sur les origines controversées du président Alassane Ouattara. Les adversaires au président ivoirien avaient développé le « concept d’ivoirité » pour le déclarer inéligible. Selon ses détracteurs, Alassane Ouattara serait burkinabé et ne devrait donc pas prétendre à la fonction de président. Ce concept d’ivoirité a été à l’origine d’une décennie de crise politico-militaire sanglante en Côte d’Ivoire entre 2002 et 2011.

En 2016, une nouvelle Constitution a été adoptée par référendum visant à tourner la page de cette crise en éliminant notamment le concept d’ivoirité et en clarifiant les conditions d’éligibilité du Chef de l’État.

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