Côte d'Ivoire : Le scandale de l’agrobusiness, une affaire politico-financière sur fond de règlements de compte ?

Lorsque l’État ivoirien a pris la décision de geler les comptes bancaires des entreprises dites d’agrobusiness, l’information s’est répandue comme une trainée de poudre dans les rues de Yamoussoukro, du Man et d’Abidjan. Le gouvernement d’Alassane Ouattara n’a pas mâché ses mots en parlant ouvertement d’une « cavalerie financière », d’une gigantesque escroquerie à la Bernard Madoff, orchestrée de toute pièce par les dirigeants de vingt-huit entreprises épinglées par les autorités judiciaires du pays pour de supposées malversations.

Entre autres, il leur est reproché de ne pas avoir respecté leurs engagements vis-à-vis de leurs souscripteurs et d’en flouer ouvertement la majorité en promettant des retours sur investissement stratosphériques et illusoires. Pour leur part, les dirigeants de ces structures d’agrobusiness accusent l’État de vouloir tuer leurs activités à des fins purement politiques.

Les entreprises d’agrobusiness dans l’œil du cyclone des autorités ivoiriennes

Dans une vidéo publiée le 28 janvier dernier sur les réseaux sociaux, Christophe Yapi, patron de Mon Hevea, l’une des plus grosses entreprises de l’agrobusiness, a relancé le débat.

Sans être avare de mots, il a accusé à demi-teinte et sans pour autant les citer, certaines autorités du pays d’être à l’origine du gel des avoirs des vingt-huit  entreprises du secteur. Une situation qui selon lui plonge de nombreux souscripteurs dans le désarroi profond.

L’homme d’affaires ivoirien qui pour rappel est toujours en fuite après le déferrement de huit directeurs d’entreprises d’agrobusiness à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA), n’a pas manqué de souligner qu’il est victime de nombreuses pressions qui virent au harcèlement. Pour Christophe Yapi, ses détracteurs auraient peur qu’il fasse son entrée en politique et qu’il se présente aux prochaines élections présidentielles prévues en 2022.

De son côté, le gouvernement ivoirien campe sur ses positions et ne compte pas renoncer aux poursuites judiciaires lancées pour la plupart en 2016.

Les entreprises agrobusiness : des Bernard Madoff à l’Ivoirienne ?

La fleuraison des entreprises d’agrobusiness qui promettaient à leurs souscripteurs des retours sur investissement de l’ordre de 300 à 1?000 % a fortement inquiété les autorités ivoiriennes.

Pour y voir plus clair dans ce tohu-bohu financier, le gouvernement a donc décidé le novembre 2016 dernier de mettre en place une commission mixte. Mandat lui a été donné de mener une étude approfondie sur le développement du secteur, d’en évaluer les risques et de proposer un panel de solutions appropriées.

Bruno Koné porte-parole du gouvernement a tenu un point de presser le 11 janvier 2017 afin de rendre publiques les grandes lignes du rapport de la commission mixte. Après deux mois de travail, il en ressort que les vingt-huit entreprises d’agrobusiness présentent sur le sol ivoirien totalisent un nombre de souscripteurs évalué à 36?699 personnes physiques, résidentes et non résidentes. Ces dernières ont investi un capital estimé à 66 milliards de francs CFA.

Bruno Koné a tenu à rappeler que l’ensemble des soldes disponibles des comptes bancaires des entreprises incriminées s’élevaient à 22,7 milliards de FCFA. Or ces entreprises promettaient à leurs souscripteurs des retours sur investissement sur de très courtes échéances, allant de trois à six mois. Avec des taux d’intérêt de 300 à 1?000 %, le total d’engagements est estimé quant à lui à 660 milliards de FCFA.

Le porte-parole du gouvernement a tenu à souligner que contrairement à ce que ces entreprises affirmaient, les anciens souscripteurs n’étaient pas payés avec les revenus issus des exploitations agricoles. Mais plutôt avec l’argent des nouveaux souscripteurs.

Une escroquerie de type «?Ponzi?», qui ressemble à celle du tristement célèbre Bernard Madoff, gérant de plusieurs sociétés d’investissements, qui avait fait perdre la bagatelle somme de 65 milliards de dollars à ses clients. D’aucuns pourraient également parler de BR SARL au Gabon, une société de microfinance qui avait fait perdre à ses 30 000 souscripteurs une somme évaluée à 23 millions d’euros en 2016.

Il faut faire le ménage et sans attendre, tonne le gouvernement

Bien décidé à faire le grand ménage dans le secteur, le gouvernement ivoirien a pris des mesures afin de freiner l’ampleur du phénomène et de protéger les personnes physiques et morales qui pourraient être intéressées par ce type d’investissement douteux. Lors du point de presse qu’il a animé le 11 janvier, le ministre Bruno Koné a tenu à rappeler que le gouvernement mettrait tout en œuvre pour mieux sensibiliser les populations quant aux risques liés à ces activités financières jugées dangereuses.

Par ailleurs, le gouvernement ivoirien a décidé de renforcer la vigilance en surveillant de très près les comptes bancaires des vingt-huit entreprises soupçonnées de flouer leurs clients. Une surveillance qui s’étendra également aux avoirs des dirigeants sociaux et des ayants droit.

Alors que les souscripteurs ne savent plus à quel saint se vouer, le gouvernement a tenu à rappeler que les procédures en cours leur permettront dans les prochains jours de rentrer en possession de leurs fonds. Et qu’en cas de faute avérée, les responsables devront faire face à des poursuites judiciaires.

 

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