Côte d'Ivoire : Simone Gbagbo acquittée, retour sur un procès pas comme les autres

Simone Ehivet Gbagbo, l'ex première dame de Côte d'Ivoire
Simone Ehivet Gbagbo, l’ex première dame de Côte d’Ivoire – Crédit photo : abidjan.net

ACTU CÔTE D’IVOIRE – L’ex-première dame de Côte d’Ivoire, Simone Gbagbo, a été acquittée par la cour d’assises d’Abidjan d’accusations de crimes contre l’humanité le 28 mars dernier.

Après près d’un an de batailles judiciaires, madame Gbagbo a été reconnue non coupable des crimes contre l’humanité survenus lors de la crise qui a suivi les élections de novembre 2010. Ce verdict très controversé a été rendu par le juge Kouadjo Boiqui suite aux délibérations d’un jury composé de six membres de la communauté civile. Malgré les nombreux éléments apportés par le procureur démontrant l’implication de madame Gbagbo dans les quelques 3000 morts occasionnées par les perturbations post-électorales de 2010-2011, la partie plaignante n’a pas réussi à établir hors de tout doute raisonnable la culpabilité de l’accusée, laquelle encourait une peine de prison à perpétuité.

Des faits sanglants

Les faits reprochés à Simone Gbagbo étaient d’une gravité extrême. La référence générique au crime contre l’humanité comprenait des allégations de crimes contre des prisonniers de guerre et des populations civiles, de meurtres et assassinats en tout genre, de coups et blessures et autres voies de faits, de viols, etc. Ces accusations horribles constituaient bien plus que de simples juxtapositions de faits accablants utilisés pour assurer la condamnation de l’accusée et relevaient d’actions concrètes perpétrées lors des heures qui comptent parmi les plus sombres de l’histoire ivoirienne récente.

On se rappellera notamment de la manifestation du 16 décembre 2010, organisée par des sympathisants du candidat (devenu président) Alassane Ouattara, devant la radio télévision ivoirienne. Celle-ci s’est terminée dans un bain de sang alors que des forces armées proches de Laurent Gbagbo ont ouvert le feu sur les civils désarmés, faisant plusieurs dizaines de morts et une centaine de blessés. Le bombardement du marché d’Abobo, en mars 2011, est un autre fait saillant de cette funeste période. Comment alors expliquer l’acquittement de la compagne du président sortant dont l’implication dans ces actes violents ne fait pas l’ombre d’un doute ? Comment perdre un tel procès ?

Un travail bâclé ?

Il semblerait que le dossier d’instruction manquait cruellement d’éléments formels et de témoignages convaincants, reléguant ainsi la plupart des délibérations au dialogue de sourds, à la parole des uns contre celle de l’autre. La gravité des crimes semblait beaucoup plus facile à établir que la responsabilité de Simone Gbagbo dans leur perpétration et la partie plaignante l’a appris à ses dépends. Pour cette raison mais aussi à cause du manque de rigueur du processus dans son ensemble, de nombreuses organisations des droits de l’homme ont décidé de se retirer purement et simplement des procédures.

Quelles conclusions tirer de ce verdict ? Il s’agissait du premier procès pour crime contre l’humanité tenu par la justice ivoirienne. Au début des procédures, en mai 2016, les espoirs de la population locale étaient très élevés. Hélas, nombre d’Ivoiriens se sentiront trahis par leur système de justice qui s’est avéré incapable de condamner l’ex-première dame, laquelle est parvenue à faire traîner les choses en longueur jusqu’à ce que le public se désintéresse de l’affaire. Au final, le verdict a été prononcé en l’absence de l’accusée. Maigre consolation ? Madame Gbagbo est toujours entre les mains des autorités qui l’ont reconnue coupable d’atteinte à la sûreté de l’état il y a deux ans et condamnée à purger 20 ans de prison.

Une affaire à suivre

Pendant ce temps, Laurent Gbagbo fait toujours face à la Cour Pénale Internationale (CPI) pour des accusations similaires à celles portées contre sa conjointe, aux côtés de Charles Blé Goudé, l’un de ses anciens ministres. Le procès de l’ancien chef d’état s’est ouvert à la fin du mois de janvier 2016 à la Haye et passionne toujours autant les foules. L’accusation tente depuis un an de faire la preuve de l’implication  directe de Laurent Gbagbo dans les violences survenues suite aux élections de novembre 2010. 29 témoins à charge se sont présentés à la barre ou par vidéo interposée depuis le début des procédures pour décrire les blessures subies ou faire état de la disparition d’un ou de plusieurs proches. À ce stade du dossier, il est impossible de prédire la direction que prendra l’affaire dont le déroulement pourrait s’étirer jusqu’à l’été 2019.

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