Croyances et stigmatisation autour des menstrues de la femme africaine

Les menstrues, sujet tabou pour les femmes africaines
Source : Addiac-congo

Les menstruations sont un phénomène biologique et naturel chez la femme. Malheureusement en Afrique, dans certains pays le sujet reste tabou. Souvent lié aux croyances, à la tradition et la religion mais pas que, la femme se voit contrainte de se mettre à l’écart. Certaines jeunes filles subissent des moqueries ou des injures de leurs camarades. A cela s’ajoute l’inaccessibilité à l’hygiène dans les lieux publics comme l’école. De plus, l’approvisionnement en serviettes hygiéniques pour les plus démunies est encore difficile pour beaucoup car elles coutent relativement chers, des jeunes filles se voient obligées d’utiliser d’autres moyens qui pourraient être dangereux pour leur santé. D’un pays à un autre, plusieurs femmes africaines vivent leur  période de menstruations comme un véritable calvaire.

Tous les pays ne sont pas au même niveau de croyances, certains sont encore bien ancrés dans la tradition. Progressivement, le tabou autour des règles s’estompe.  La façon de les concevoir et d’en  parler change. Cette stigmatisation et ce silence autour des règles ont un impact important sur les femmes mais surtout les jeunes filles. Le manque d’informations y est pour beaucoup.

La Stigmatisation des femmes et les interdits liés à la religion

Bien que les menstruations soient un processus naturel chez la femme, dans certains pays elles sont encore très critiquées voir un sujet tabou. La tradition, la pauvreté et la religion y sont pour beaucoup. En Afrique, il y a un ensemble de croyances et traditions autour des menstrues de la femme. Aujourd’hui encore, dans plusieurs pays des jeunes filles et femmes sont confrontés à un problème de stigmatisation autour des règles. Des mythes et croyances autour du sang de la femme pendant ses règles sont encore bien présents dans les familles africaines. Ces croyances impactent souvent la scolarité des jeunes filles qui se voient contraintes d’aller à l’école.  Une étude réalisée par l’ONG Plan International explique qu’une fille sur dix ne va pas à l’école pendant sa période de menstruation.

Dans la réligion, il y a toutes sortes d’interprétations autour des règles. Chez les chrétiens, dans l’ancien testament par exemple on distingue deux phases de saignements : Nida (saignement au moment des règles) et Ziva (saignement en dehors du cycle). Selon l’interprétation Lévitique, le sang qui coule à cette période est impure, rend également impure tout ce qui est à son contact. Dans le nouveau testament, la femme a le droit de prier. Il lui ait même conseillé de prier plus pendant cette période. Le sang a une tout autre valeur car étant lié au sacrifice de Jésus sur la croix. Chez les musulmans, le sang doit rester loin de la Divinité, la femme aussi. Elle n’a pas le droit de s’approcher de Dieu. Il lui est interdit de lire ou de toucher le Coran. Des ablutions avant les prières suffisent largement pour que la femme soit entièrement lavée de ses souillures.

Le sang de la honte et de l’impureté 

Pendant ses règles, la femme ne doit surtout pas se rapprocher des lieux de cultes traditionnels, de peur de faire fuir les génies avec son sang sale et impur. Au Bénin par exemple, dans certains groupes les femmes doivent se tenir loin des lieux sacrés traditionnels car elle est considérée comme étant impure. Les règles, c’est la saleté. Chez les Yoruba ou encore les Fons, il faut tenir la femme éloignée des esprits qui sont purs. On peut constater que la plupart du temps,  les rares femmes associées aux cultes Vodoun sont soit des petites filles de moins de 12 ans ou des vieilles dames qui ne sont plus susceptibles d’avoir des pertes de sang. La menstruation y est pour beaucoup.

Au Gabon, chez certaines ethnies, la femme ne doit pas aller à la pêche au risque de faire fuir les poissons. Elle ne doit absolument pas cuisiner surtout si l’époux appartient à certains groupes mystico religieux. Il leur est également interdit de monter sur les arbres de peur qu’il ne donne plus jamais de fruits. La femme ne doit pas planter car son état influencerait l’évolution de la plante, empêcher ainsi une bonne récolte. De plus, elle doit être isolée de son mari car elle pourrait lui porter malheur. Au Kenya, certains parents interdiraient aux filles d’aller à l’école à cause du manque d’hygiène car de nombreuses écoles sont privées de sanitaires propres et d’eau courantes pour se rincer car n’ayant pas assez de ressources financières pour acheter des serviettes hygiéniques.

Au Malawi, les parents n’abordent jamais le sujet des règles car il est considéré comme très honteux. Les jeunes filles tirent quelques informations autour de quelques rares personnes qui veulent bien en parler. Beaucoup sont interdites de parler aux garçons quand elles ont leurs règles et apprennent à fabriquer des serviettes hygiéniques avec des vieux vêtements et. Au Tchad, les règles sont déshonorantes, les femmes ne doivent pas en parler surtout en présence d’un homme. A Madagascar, les femmes n’ont pas le droit de fabriquer de la mayonnaise pendant qu’elles ont leurs règles.

Au Mali, chez les Dogons par exemple la femme possède une hutte spécialement conçu pour leur période de menstruations.  Ce n’est pas parce qu’elles sont impures, mais pour avoir un espace adéquat pour pratiquer leurs pouvoirs guérisseur décuplé durant cette période. Dans certaines régions du Sénégal, les femmes considèrent que les règles sont sales, « l’odeur est gênante, ce sont des déchets de l’organisme, c’est une maladie qui sort, c’est toute la saleté du corps de la femme qui sort ». Le terme « je ne suis pas propre » est souvent utilisé pour indiquer que la femme est en pleine période de menstruations. Le sujet étant encore tabou, certaines femmes n’en parlent pas avant que leurs enfants ne voient apparaitre le sang. Ce qui explique souvent les grossesses précoces lié au manque d’informations.

De nombreuses conséquences liées à cette stigmatisation

Plusieurs jeunes filles abandonnent le chemin de l’école non seulement à cause des douleurs rencontrées pendant cette période mais également parce qu’elles se sentent isolées, honteuses et parfois incomprises. Ce qui est censé être normal pour la femme est devenu un véritable défi quotidien, une gêne constante. Celles qui décident d’aller en cours se font très discrètes de peur d’avoir une fuite sur les vêtements et de subir des moqueries venant de leurs camarades. De plus, le manque de sanitaires propres dans les écoles pousse les parents à interdire à ces jeunes filles d’y aller et donc de manquer une bonne partie du programme scolaire.

A cela s’ajoute le problème de coût financier. Dans plusieurs pays d’Afrique, les protections hygiéniques confortables et de bonnes qualités coutent assez chers, ce qui poussent parfois certaines jeunes filles à utiliser d’autres options telles que les feuilles de papier journal, des torchons, des morceaux de tissus de leur vêtements parfois dangereuses pour leur santé car pouvant causer des allergies ou d’autres maladies. Bien que quelques actions soient mises en place par des ONG qui distribuent aux jeunes filles des serviettes hygiéniques jetables, le sujet reste encore tabou et l’approvisionnement difficile.

Dans la société actuelle, les croyances autour des règles  pourraient empêcher l’épanouissement de la femme. A force d’être constamment réprimandée ou critiquée, elle pourrait se sentir mise à l’écart et parfois mal aimée. En Afrique, une majorité de femmes et de filles réduisent leurs activités durant les menstruations en raison de ces croyances socioreligieuses mais aussi en raison des infrastructures qui ont impact considérable sur la participation des femmes aux activités économiques, culturelles et sociales.  Bien qu’un ensemble d’ONG tente de lutter pour que la période de menstruation des femmes en Afrique soit plus agréable, les mentalités sont encore plus ou moins figées.

L’ONG Plan International dans son projet autour de l’hygiène menstruelle en Afrique veut faciliter la vie des femmes. Ils ont par exemple permis l’accès à des meilleurs sanitaires dans les écoles pour près de 12.000 Zambiennes. Il collabore en Ethiopie avec l’entreprise BeGirl pour fournir à jeunes filles plus de 5.000 serviettes hygiéniques, tente également d’informer les garçons, les filles, les enseignants sur la stigmatisation, les  tabous afin que les jeunes deviennent eux aussi des acteurs du changement. Au Zimbabwe, il a aménagé des infrastructures pour les filles dans 5 écoles. Des pièces dédiées à se laver les mains mais aussi à se changer.

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