Djibril B. Tabouré : « Il faut que les gens cessent de se plaindre de ce Franc CFA dont on a besoin »

Djibril Baba Tabouré, économiste et chef d’entreprise.

Invité ce dimanche sur RFI, dans le cadre de l’émission « Le débat africain » présentée par Alain Foka, l’économiste Djibril B. Tabouré et trois autres personnalités, ont débattu sur le thème : « Franc CFA : instrument de servitude ou garantie de stabilité monétaire? ». Pour cet homme d’affaires, économiste, et chef d’entreprise malien, le Franc CFA possède de nombreux inconvénients et des avantages. Parmi les inconvénients, la question de la dévaluation reste l’une des plus dramatiques. C’est d’ailleurs par les conséquences de la dévaluation du franc CFA de 1994, que le chef de l’entreprise REAO Mali a introduit son propos : «  on se rappelle de ce que ça (NDLR La dévaluation) a créé comme difficultés, comme renchérissement du cout de la vie, puisque nos pays sont introvertis, et que nous avons beaucoup plus d’importations. Donc le Franc CFA en tant que monnaie à de nombreux inconvénients. Mais je pense qu’il ne faut pas que l’on ne regarde que ça ».

Le Franc CFA, un confort pour ses utilisateurs

Le Franc CFA crée une certaine paresse en termes de gestion et d’affaires explique Djibril B. Tabouré, rejoignant la position de Mossadeck Bally, fondateur et président du groupe Azalaï Hôtels, également invité à ce débat.  En s’appuyant sur son expérience, dans  quatre pays hors zone CFA  (Nigeria, Ghana, Guinée et Mauritanie), M. Djibril B. Tabouré a exposé deux cas pour mettre en lumière le confort monétaire qu’assure le Franc CFA et certaines difficultés dont sont épargnés les pays utilisateurs de cette monnaie.

« Le Ghana dans lequel j’étais récemment, on se retrouve dans le cas où le pays, avec sa monnaie nationale, se retrouve dollarisé […] On se retrouve dans la situation où toutes les prévisions ont été perturbées du fait de la dépréciation de la monnaie nationale le  cedi […] Pour un chef d’entreprise incapable d’établir un budget en début d’année pour ce qui concerne les charges dans une monnaie que l’on ne maitrise pas, c’est vraiment difficile. »

Outre la situation d’instabilité engendrée par les monnaies plus fortes sur les monnaies nationales, il est revenu sur la convertibilité et l’achat des devises qui peuvent également poser problème. « dans l’autre cas […] on va se retrouver dans une situation même de blocage de l’économie , au Nigeria , tout le monde connait le Naira et tout le monde sait ce qui est arrivé en juin 2016 (ndlr : une forte dépréciation du Naira), dans le secteur spécifique du transport aérien […] les entreprises qui ont fait les affaires dans le pays ne pouvaient plus rapatrier les fonds parce qu’il n’y avait plus assez de devises. » a-t-il ajouté pour conclure .

Les réserves : «  elles ne représentent même pas 1% du budget de la France »

Interrogé sur les réserves de change déposées au Trésor français par les pays de la zone Franc pour la garantie du Franc CFA, l’économiste malien a déclaré : « je pense qu’il faut essayer de rappeler que cette caution […] même si ce n’est pas le CFA, même pour les monnaies nationales, il faut faire ces réserves. Ce sont les règles du jeu.?»

S’agissant du fait de savoir si le montant versé est supérieur à ce qui est nécessaire pour faire tourner les choses, M. Tabouré s’est exprimé en disant : «  ça se discute. La monnaie est quelque chose d’assez instable. En quelques secondes les choses peuvent changer. Un moment c’est beaucoup, un autre moment c’est moindre. C’est ce que l’on a pu observer dans la zone Cemac il y’a quelques jours. Il faut que les gens cessent de se plaindre de ce franc CFA dont on a besoin. »

Toujours s’agissant des réserves, Il a ensuite estimé que, si l’endroit où cet argent est placé peut être discutable, il est indispensable cependant qu’il y’ait des réserves ce qui est un principe d’or pour toutes les monnaies du monde.

Enfin, Djibril B. Tabouré est revenu sur l’autre aspect lié aux réserves du Franc CFA, en France. «  Il y’a deux aspects : un politique et l’un émotionnel ». Pour lui,  ceux qui pensent que les réserves constituent des sommes astronomiques, qui servent à l’économie française, se trompent. Ces sommes d’argent déposées à titre de caution, sont moindres et ne représenteraient même pas 1% du budget de la France a-t-il défendu lors de sa prise de parole.

Se préparer aux fluctuations monétaires

Pour répondre à la question sur l’éventualité d’une dévaluation du Franc CFA qui inquiète de nombreux commerçants et exploitants, qui verraient leurs charges augmentées considérablement et leurs épargnes grandement réduites, Djibril B. Tabouré a rappelé «  que si nous étions dans un régime où il n’y avait pas cette fixité de la parité, la dévaluation c’est tous les jours que c’est possible. L’angoisse de la dévaluation pour nous est due au fait que nous soyons dans le confort du taux fixe. […] si on sort du franc CFA, on sera dans une situation de réévaluation ou de dévaluation tous les jours ». Il s’agit donc pour lui d’une situation à laquelle il faudrait se préparer, car les pays africains ne sauraient rester indéfiniment sur cette monnaie.

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