Égypte : une proposition de loi pour interdire les prénoms occidentaux

Abel Aziz Bedier
Le député Abel Aziz Bedier propose d’interdire les prénoms occidentaux en Égypte.

Information Égypte – Sous la proposition du député Abdel Aziz Bedier, le comité de plaintes et de suggestions du Parlement égyptien a discuté le 13 juin dernier de la mise en application d’une nouvelle loi visant à interdire aux parents de donner des prénoms occidentaux à leurs enfants. D’après le député, les raisons sont culturelles et religieuses, il veut surtout éviter que les enfants soient victimes de moquerie pour avoir des prénoms difficiles à prononcer.

Cette loi est critiquée surtout par Hasni Abidi, politologue suisse et algérien spécialiste du monde arabe, qui pense que les parents ont le droit de choisir les prénoms de leurs enfants, car en général il se base sur des émotions.

Discussion d’une nouvelle loi « culturelle »

Le 13 juin dernier, le comité de plaintes et de suggestions du Parlement égyptien s’est réuni. Le but de cet échange était une nouvelle proposition de loi pour interdire à tous les parents de donner désormais un prénom occidental à leurs enfants. Tous ceux qui ne respecteraient pas cette nouvelle loi se verraient écoper d’une amende allant de 49 à 240 euros d’autres d’une peine d’emprisonnement de six mois. Proposée par le député Abdel Aziz Bedier, cette loi repose semble-t-il sur des motivations culturelles voire religieuses.

Dans le journal Egypt Independent, le député Abdel Aziz Bedier déclare qu’ « une telle discussion est primordiale au Parlement si la société égyptienne veut préserver son héritage culturel ». Il rajoute qu’ « utiliser des prénoms occidentaux au détriment de prénoms arabes entraînera inéluctablement un changement dans notre façon de vivre ». Selon lui, les prénoms occidentaux sont susceptibles d’éloigner les enfants de leurs vraies identités.

Pour argumenter ses propos, il rajoute que la difficulté de prononcer ces prénoms pourra être chez ces enfants des sources de railleries et entraîner ainsi des frustrations qu’ils devront assumer toute leur vie, car ils ne pourront pas changer un choix de leur parent.

Une décision réfutée par le directeur du centre d’études et de recherche sur le monde arabe

Il n’y a pas que l’Égypte qui veut faire garder son héritage culturel au travers de la conservation d’une identité par le choix des prénoms. Plusieurs pays imposent désormais ce choix sous contrôle de l’État ou collectivités.  En 2014, l’Arabie Saoudite au travers du département des statuts civils avait interdit une liste de 51 prénoms pour non-conformité avec les traditions sociales ou religieuses.

 Le Danemark possède une loi sur les prénoms qui permet aux parents de choisir les prénoms de leurs enfants sur une liste de 7.000 prénoms approuvés par l’État. En Chine, le gouvernement demande aux parents de simplifier les prénoms afin qu’ils puissent être reconnus par les scanners informatiques.

Le politologue et directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et Méditerranéen Hasni Abidi qualifie cette loi de « bizarroïde ». Selon lui le Parlement n’a plus de priorités et cherche à attirer l’attention. Il pense que si cette loi doit être adoptée alors elle priverait aux parents le droit de nommer leurs enfants comme ils le souhaitent. Il rajoute pour contrer l’argument du député que : « le prénom n’est pas le miroir ou l’indicateur de l’identité d’une personne c’est un choix libre des parents heureux avec une charge émotionnelle, il serait dommage d’imposer aux parents ce choix ».

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