Fraude et achat de conscience avant l’élection présidentielle au Cameroun

Au Cameroun, l'achat de conscience est un véritable fléau. Image d'illustration.
Au Cameroun, l’achat de conscience est un véritable fléau. Image d’illustration.

Actualité Cameroun –  « En Afrique, on n’organise pas les élections pour les perdre », disait le président gabonais Omar Bongo Ondimba. Après avoir passé 42 ans (2 décembre 1967 – 8 juin 2009) à la tête du pays, le « Vieux » comme l’appelait affectueusement la classe politique africaine, s’est négativement distingué par son règne sans partage et son opposition à toute alternance politique. Et pour le moins que l’on puisse dire, son voisin camerounais, Paul Biya, est en train de suivre les traces de son homologue gabonais.

À la démission de son prédécesseur Ahmadou Ahidjo, l’actuel président camerounais prend les rênes du Cameroun le 6 novembre 1982. Après 36 ans (35 ans et 11 mois) au pouvoir et du haut de ses 85 ans, Paul Biya brigue un énième mandat, au détriment de l’alternance politique. Malgré son bilan calamiteux, l’homme fort du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) part favori aux élections présidentielles du 7 octobre prochain.

Face à une opposition divisée, qui peine à s’entendre et qui brille par son absence dans les zones rurales, Paul Biya est bien parti pour rempiler pour un nouveau mandat. Et au Cameroun, il n’y a aucun suspens là-dessus. Loin d’être défaitiste, c’est malheureusement le triste constat.  En 2011 déjà, il avait remporté l’élection avec 78% des suffrages. Et aujourd’hui, il n’est pas près de céder le pouvoir.

Pourtant, des huit rivaux de Paul Biya, certains candidats se distinguent positivement par leurs discours mobilisateurs et leur excellente implantation dans certaines localités. Et justement, c’est le cas de Maurice Kamto, certainement le candidat de l’opposition le mieux armé pour « bousculer » Paul Biya dans les urnes. Ancien ministre, professeur agrégé de droit et leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto fait office de favori. Mais à l’instar, d’autres candidats de l’opposition, il peut difficilement faire le poids face au pouvoir financier du RDPC.

L’achat de conscience au Cameroun, un mal que tout le monde adore

Plus que partout dans le monde, au Cameroun, l’argent est le nerf de la guerre. Sans distribution d’argent, il est presque impossible d’animer un grand rassemblement politique. Même au sortir d’une petite causerie de quartier, il est fréquent qu’un candidat distribue des enveloppes pleines d’argent. Et si les prétendus sympathisants d’un candidat répondent présents à son meeting, c’est simplement parce qu’ils espèrent repartir avec un billet de 10.000 FCFA (environ 15 €). En période électorale, le candidat qui souhaite mobiliser le plus doit plonger ses deux mains dans les poches.

Entre la distribution de gadgets (casquettes, t-shirts, pagnes, etc.), l’accès gratuit aux débits de boisson ou encore les repas servis à tout-va, chaque électeur peut se remplir la panse sans trop d’efforts. Du préfet, en passant par les responsables politiques locaux, les chefs du village, les chefs de quartier, jusqu’aux militants de base, tout le monde est arrosé !

 Et à ce jeu, aucun candidat ne peut rivaliser avec la machine à cash du RDPC. C’est cela la politique en Afrique. Sans argent, on n’a rien ! Pour avoir l’attention de ses électeurs, rien ne vaut le bruit de billets craquants, fraîchement sortis de la banque. Et détrompez-vous, même les candidats de l’opposition se livrent à cette pratique hautement répréhensible.

Classé en 2017 25e pays le plus corrompu au monde par Transparency international, le Cameroun est le champion de l’achat de conscience, un véritable sport national. Aussi bien pour les hommes politiques que pour les électeurs, donner et prendre de l’argent est profondément ancré dans les mœurs.

Le parti au pouvoir dispose de moyens financiers presque illimités et peut compter sur la bienveillance de certaines administrations publiques pour le transport des électeurs. Hommes d’affaires et entreprises privées, nombreux sont les donateurs qui se bousculent aux portes des responsables du parti de Paul Biya pour témoigner de leur soutien. En retour, certains espèrent rester dans les bonnes grâces du pouvoir.

La fraude et l’achat de conscience à l’occasion de ces élections présidentielles au Cameroun mettent à mal les fondamentaux démocratiques. Les candidats ne partent pas sur le même pied d’égalité et les plus fortunés d’entre eux peuvent s’adonner à tous les excès sans risque d’être inquiétés.

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