Gabon : comment Ali Bongo compte décrisper le climat politique avec son dialogue

Le Président gabonais, Ali Bongo Ondimba.

Les travaux du comité ad hoc paritaire chargé de préparer l’organisation du dialogue politique se sont achevés ce 28 février. Malgré l’absence de Jean Ping et de sa coalition, le dialogue national voulu par Ali Bongo va débuter. Le président gabonais a chargé ses collaborateurs les plus proches d’œuvrer à la réussite de cette concertation.

Après une élection difficile et une crise post-électorale qui n’a véritablement jamais pris fin, Ali Bongo serait prêt à faire des concessions. Le président gabonais compte s’appuyer sur le dialogue politique pour définitivement décrisper le climat politique, tourner la page de l’élection présidentielle, relancer la machine économique du pays et … isoler Jean Ping, son adversaire, qui ne souhaite dialoguer que sur le départ d’Ali Bongo au pouvoir.

Un dialogue en deux phases pour discuter des problèmes politiques et de la nation

Le rapport final des travaux du comité ad hoc ne sera remis à Ali Bongo que ce jeudi 2 mars. Cependant, le format du dialogue arrêté par le comité ad hoc paritaire semble désormais définitif. En effet, le dialogue politique se déroulera en deux phases sur une durée minimum de 3 semaines.

La première phase prendra la forme d’un dialogue citoyen. Elle regroupera les acteurs de la société civile gabonaise au sens large. Seront invités à prendre part à cette phase les associations, les religieux, le patronat, les syndicats, les ONG, les organisations de jeunesse, etc. En tout pour ce dialogue citoyen, plusieurs centaines de participants sont attendus.

Le dialogue citoyen se déroulera pendant une semaine, certainement au cours de la 2e semaine du mois de mars. Pendant les 7 jours de concertation, les débats porteront sur tous les sujets de la vie de la nation à l’exception des questions politiques. Des proches d’Ali Bongo regrettent déjà que cette phase du dialogue, qu’ils jugent être la plus importante pour le pays, ne dure qu’une semaine. Selon eux, les différentes personnalités se sont montrées plus intéressées par la discussion politique que par le débat sur les aspects structurants de l’économie nationale et de la société.

La seconde phase du dialogue, aussi la plus attendue, portera sur les questions politiques et institutionnelles. Devant se dérouler sur 3 semaines, le dialogue politique réunira les responsables politiques qui ont accepté de prendre part à cette concertation : la majorité et une opposition très minoritaire avec l’absence de Jean Ping et de ses soutiens. Les travaux de cette phase devraient s’achever fin mars ou début avril en cas de prorogation.

Revenir aux élections à deux tours pour décrisper le climat politique

Depuis la réforme constitutionnelle de 2003 qui a supprimé la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels et les élections politiques à deux tours, le format des scrutins fait l’objet de débats acharnés. Devenu l’une des principales revendications de l’opposition, le retour du scrutin à deux tours et à la limitation des mandats présidentiels vont certainement être actés pendant le dialogue politique à venir.

Loin de répondre au seul argument relatif à l’absence de légitimité des personnalités élues dans un scrutin à un tour, Ali Bongo souhaite surtout ôter un argument récurent porté par son opposition et donner des gages à la communauté internationale qui n’a cessé d’appeler à la réforme du mode de scrutin. En revenant à un scrutin à deux tours, Ali Bongo répondrait aussi à une recommandation de la Mission d’observation des élections de l’Union européenne (MOE – UE) dont certains membres se montrent particulièrement actifs à Bruxelles pour obtenir des sanctions contre son régime.

Avec la limitation annoncée du nombre de mandats, certains opposants qui ont choisi de participer au dialogue politique se prennent à rêver. «Nous tenterons de demander la rétroactivité de la limitation des mandats pendant les échanges», lâche un membre du parti social-démocrate (PSD) qui veut croire que ce mandat présidentiel sera le dernier d’Ali Bongo. «Impossible» répond un membre du parti au pouvoir selon lequel il faut éviter de personnaliser la loi qui par nature n’est pas rétroactive.

Jean Ping, cet absent omniprésent

Concernant Jean Ping, absent de ces travaux malgré des demandes instantes pour qu’il y prenne part, des proches d’Ali Bongo répondent «Qu’il participe au dialogue ou pas, les conclusions de cette concertation s’appliqueront à tous, y compris à lui.» Pour eux, Jean Ping serait bien content si on revenait aux élections à deux tours. Malgré la contestation des résultats de l’élection présidentielle que Jean Ping considère avoir remportée, la majorité estime que la mise en œuvre des résolutions du dialogue politique et l’organisation des élections législatives vont marginaliser Jean Ping.

«Jean Ping n’a pas d’appareil politique, le PGP dont il a hérité est un peu une coquille vide qui n’est pas en capacité d’avoir un nombre important de députés. Il va avoir un déplacement du centre de gravité tutélaire dans l’opposition après les législatives» affirme un responsable du parti au pouvoir qui pense que l’organisation des élections législatives marquera le début de la déchéance du leader de l’opposition.

Selon une décision de la Cour constitutionnelle, les élections législatives doivent se tenir au plus tard le 31 juillet de cette année. Autour d’Ali Bongo ont dit vouloir aller vite. D’abord organiser le dialogue, ensuite transcrire les résolutions du dialogue dans la loi et enfin organiser les législatives. Après cette séquence, la page de la présidentielle contestée d’aout 2016 sera définitivement tournée pour la majorité qui s’attend à composer avec une nouvelle opposition parlementaire.

 

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