Gabon : Austérité pour les modestes et luxe pour l’élite ?

Ali Bongo, trop éloigné des mesures d’austérité annoncées.

Actualité Gabon – Dans le cadre d’une visite de chantier ce 24 septembre, l’opinion gabonaise a été surprise de découvrir la nouvelle acquisition du chef de l’État, une Tesla Model S. Dans ces temps de vache maigre, ce véhicule dhyper luxe a sonné comme une contradiction dans la tête de beaucoup. Surtout en comparaison aux mesures d’austérité mises en place ces dernières semaines. 

Alors que le Gabon est sous surveillance des institutions de Breton Woods, cette voiture dont le prix oscille entre 69.0000 et 117.000 €, est en incohérence avec les engagements pris par le gouvernement gabonais. Connaissant des tensions de trésorerie sans précèdent depuis plusieurs mois, le Gabon a sollicité l’aide du FMI afin de bénéficier d’une aide budgétaire en contrepartie d’une restructuration de l’économie.

Officiellement, le gouvernement justifie cet état de fait par le retournement du marché pétrolier. Dautres pointent plutôt du doigt les mauvais choix économiques du gouvernement qu’ils qualifient en des termes peu laudatifs.

Mise en place du Plan de Relance économique (PRE)

Initié en fin d’année 2016 pour une durée théorique de deux ans, le Plan de Relance économique a bénéficié du soutien financier des partenaires internationaux du Gabon (Fonds monétaire international et Banque africaine de développement), leur donnant le droit de regard sur la conduite de ce plan. Faisant d’eux, de facto, des censeurs de la gestion du gouvernement.

Ce PRE a pour principal objectif de réduire les dépenses publiques et de mobiliser davantage les recettes fiscales de manière à garantir le financement de projets structurant. L’apurement de la dette intérieur fait partie des objectifs prioritaires de ce plan. Estimée à un peu plus de 310 milliards de FCFA (+/- 400 millions €), cette dette asphyxie les fournisseurs de l’État et plombe un peu plus l’économie gabonaise.

De nombreuses filiales de multinationales (Bouygues Énergies & Services, Groupe Santullo, Sodexo, Panalpina, Necotrans, etc.) comme des Petites et Moyennes Entreprises (PME) ont mis la clé sous la porte, incapable de pallier la défaillance de l’État. Ces faillites engendrèrent le licenciement de nombreux Gabonais, promis à une précarité certaine.

Les bailleurs de fonds ont également prescrit aux autorités gabonaises l’importance de contenir les effectifs de la fonction publique. Ainsi, les fonctionnaires ont été mis sous bon de caisse (à l’exception des forces de défense et de sécurité). Le pointage journalier fut également mis en place. Les fonctionnaires en arrêt maladie longue durée furent mis à la retraite sans aucune autre forme de procès.

 Toutes ces mesures ont pour objectif de débusquer les fonctionnaires fantômes et quantifier avec précision la masse salariale. Perçu par beaucoup comme des mesures stigmatisantes et injustes, car donnant le sentiment que le fonctionnaire gabonais est le responsable du marasme économique actuel.

Ces mesures ont provoqué l’ire des syndicats de la fonction publique. Regroupés au sein d’une organisation dénommée Dynamique Unitaire, ils prirent la décision de manifester pacifiquement à travers le pays. Craignant un raz-de-marée populaire, le pouvoir gabonais s’empressa de faire interdire par deux fois ces manifestations. Il déploya à cet effet, de manière préventive à travers le pays les agents des forces de défense et de sécurité. De nombreuses arrestations de syndicalistes furent observées. Tendant un peu plus le climat social et le sentiment de défiance.

À l’abri des privations

Dans ce contexte de vache maigre, la logique aurait voulu que l’exécutif gabonais montre l’exemple. Des mesures visant à diminuer le train de vie de l’État étaient attendues. D’abord par les citoyens gabonais, mais surtout par les créanciers du pays.

À la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale, le gouvernement fut lui aussi dissout. Nombreux étaient ceux qui ont espéré une équipe gouvernementale plus resserrée. Mal leur en aura pris. Le 4 mai 2018, alors que le PRE était encore d’actualité, avec son corollaire de restrictions budgétaires, le secrétaire général de la présidence de la république, annonça une équipe de 41 membres. Auxquels il faut rajouter un vice-président de la république tout en conservant dans l’organigramme le poste de Premier ministre.

Cette équipe pléthorique fut justifiée, par les plus hautes autorités du pays, comme indispensable à la réconciliation nationale, car comptant en son sein des membres de l’opposition. Opposition, qui avait contesté la réélection du président Bongo et qui l’accuse d’avoir donné l’ordre d’attaquer le QG de son principal concurrent, Jean Ping.

Pour parfaire ce tableau contrasté, les gouts et les loisirs dispendieux de l’exécutif gabonais vinrent enfoncer le clou et crédibiliser le discours de ceux qui contestent la gestion du président Bongo.

Dévoilées sur le blog d’un confrère, les nouvelles acquisitions automobiles du vice-président ont défrayé la chronique et scandalisé plus d’un. Alors que des efforts non précèdent sont exigés du citoyen gabonais, le vice-président de la république a acquis plusieurs véhicules de luxe.

Pour trois véhicules on annonce des montants estimés à 650 millions de FCFA. Ces révélations, mais surtout la sortie médiatique du Vice-Président de la République sur le sujet a fini de révolter. En déclarant « à 66 ans, j’espérais pouvoir m’offrir une Bentley sans que cela ne fasse autant de remous ».

Pourtant dans l’arène politique depuis des décennies, Maganga Moussavou n’a pas saisi l’inopportunité politique d’un tel acte et d’un argumentaire si décalé. En inadéquation avec les réalités que connaissent les gens qu’il est censé servir et représenter.

L’autre question que le citoyen gabonais est en droit de poser est le financement de ces acquisitions. Connu pour être un grand propriétaire terrien dans sa région natale   et homme d’affaires à la fortune intraçable, personne ne saurait dire si ces petits plaisirs présidentiels ont été acquis sur ressource propre ou sur le budget de la nation. Dans le cas où ces acquisitions ont été faites sur ressource propre, certains pourraient avancer que ce qui est légal n’est pas forcément moral.

Sous d’autres cieux une enquête parlementaire, voire judiciaire aurait pu éclaircir la question, surtout à cause de la concomitance entre sa prise de fonctions et le 1er bon de commande émis. À part rebondissement spectaculaire, la question risque peu d’être traitée.

Rien aux populations, mais des milliards investis pour l’achat de véhicules

Autre acquisition automobile, celle du président Ali Bongo lui-même. Déjà utilisateur d’un parc automobile de prestige dont le financement et la propriété restent opaques. Ali Bongo a déjà connu la polémique sur ce sujet. En 2010, un an après son accession contestée à la magistrature suprême, la présidence a commandé 29 véhicules d’hyper luxe, pour un montant avoisinant les 15 millions d’euros.

Le montant, le type de véhicule et d’immatriculation choisi ont choqué plus d’un. En effet, pour les véhicules de l’administration gabonaise, la règle est de les immatriculer en plaque minéralogique de couleur bleue avec inscription du code de l’administration à laquelle appartient le véhicule.

Ces véhicules acquis ont été immatriculés en plaque minéralogique ordinaire.  Beaucoup se demandent si ses véhicules font partie du patrimoine public ou si elles appartiennent à Mr Bongo personnellement. D’autant plus qu’ils sont entreposés et entretenus dans des emprises de la présidence de la république. C’est-à-dire sur des fonds publics. Dans le cas où elles lui appartiendraient personnellement, l’origine des fonds mobilisés serait indubitablement à éclaircir. À l’époque déjà aucune réponse n’a été apportée pour édifier l’opinion.

 

Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, l’opinion fut une nouvelle fois surprise de voir le chef de l’État visiter un chantier au volant d’une voiture électrique : Tesla Model S, dont la valeur unitaire avoisine les cent millions de francs CFA (le modèle haut de gamme) auxquels il faille rajouter le prix de l’importation et l’installation d’une borne électrique pour le rechargement de la batterie.

En pleine disette budgétaire, cette acquisition peut surprendre. D’aucuns se demandent si les dirigeants qui sont au demeurant responsables du marasme économique actuelle, sont exemptés d’appliquer les recommandations des bailleurs de fonds. Ce que le gouvernement exige de la population peut sembler en parfaite inadéquation aux traitements qu’ils se réservent à lui-même.

Certes, les cabinets ministériels ont connu un amaigrissement relatif, le prix des véhicules de fonction a été plafonné. Tout ceci semble du registre de l’anecdote que de la déflation du train de vie de l’État. Il est impérieux que les valeurs d’équité et d’exemplarité soient inscrites au cœur de toute décision engageant les finances de la nation.

Se comporter tels des seigneurs des temps modernes, qui n’ont aucun compte à rendre à leurs vassaux et peuvent disposer des deniers publics à leurs guises doit être strictement prohibé. La confiance n’excluant pas le contrôle, l’institution judiciaire, mais aussi le parlement doit pouvoir exercer leurs prérogatives de contrôle et de sanction en toute indépendance.

Les pays développés ont des économies solides parce qu’ils se sont employés à suivre scrupuleusement un minimum de règle et de valeur. Instituant ainsi au centre de leur modèle économique une certaine orthodoxie budgétaire. L’exécutif gabonais marquerait les esprits et rentrerait dans l’Histoire que par le prisme du triptyque justice, honnêteté et exemplarité.

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