Gabon : Bruno Ben Moubamba doit-il quitter le gouvernement ?

Depuis son entrée au gouvernement, Bruno Ben Moubamba, s’est fait remarquer par ses déclarations à l’encontre de ses collègues, l’usage de passe-droits pour tenter d’obtenir une bourse d’études à un proche ou en affichant son opposition à des décisions prises dans d’autres ministères que le sien. L’ancien opposant radical, qui se présente désormais comme le « premier défenseur d’Ali Bongo contre ses faux amis », se met régulièrement en marge du principe de solidarité gouvernementale consacré par l’article 33 de la Constitution du Gabon. Doit-il être démis de ses fonctions de vice-premier ministre ?

Entre dépassement des limites de sa fonction et théorie du complot

« Les membres du Gouvernement sont politiquement solidaires », ainsi est libellé l’article 33 de la Constitution du Gabon. Cette disposition constitutionnelle rappelle qu’une décision prise par un ministre emporte la solidarité de tous les autres membres du gouvernement. Le 31 janvier, dans une publication faite sur son site web, Bruno Ben Moubamba a publiquement attaqué Florentin Moussavou, le ministre de l’Éducation nationale. Bruno Ben Moubamba a tenu à dire son désaccord avec la circulaire n°00006/MENEC/SG du 30 janvier 2017. Dans ce texte réglementaire, on peut notamment lire que le ministère de l’Éducation nationale va procéder à la « radiation sans consultation des instances disciplinaires en cas d’abandon de poste sans motif valable pendant (3) mois ».

Mécontent de cette décision, Bruno Ben Moubamba a préféré afficher les désaccords au sein du gouvernement sur la place publique au lieu de les exprimer en Conseil interministériel ou en Conseil des ministres, cadres appropriés à cet effet.

En charge du département de l’habitat, Bruno Ben Moubamba, affirme s’occuper des dossiers relevant du ministère de l’Éducation nationale outrepassant ainsi ses prérogatives. Le vice-premier ministre en charge de l’Habitat s’étonne par ailleurs de n’avoir obtenu aucune réponse du premier ministre concernant la création d’une commission interministérielle sur les conflits sociaux dans le secteur de l’éducation, laquelle devait être placée selon lui sous son autorité. « J’ai donc informé par oral et par écrit le Premier ministre, et d’autres ministres impliqués, de ces signaux encourageants et de cette proposition de commission. J’ai également clairement indiqué que je recevrai les syndicats ce jeudi 2 février 2017, sans qu’aucun de mes interlocuteurs ne s’y oppose ni ne m’indique que la voie de la concertation n’était plus celle retenue. »

Se montrant accusateur contre ses collègues il s’est insurgé « Quel est ce jeu ? Cherche-t-on à maintenir volontairement les syndicats dans la revendication alors que des issues existent ? Au moment où une volonté de trouver une solution commune semble à portée de main, que doit-on comprendre dans ce refus de main tendue ? » Des propos lourds de sens, comme si au sein du gouvernement, le premier ministre et le ministre de l’Éducation nationale sont favorables à un durcissement du mouvement de grève et par conséquent combattent Bruno Ben Moubamba qui déploie son énergie pour y mettre un terme. En tous cas l’autorité du premier ministre Emmanuel Issozet Ngondet et celle du ministre de l’Éducation nationale Florentin Moussavou sont publiquement remises en cause.

Les limites de la vertu

Ancien opposant, aujourd’hui vice-premier ministre, Bruno Ben Moubamba se présente comme un homme neuf, antisystème et à l’abri de toutes combines élitistes et arrangements politiciens. Pourtant le 20 décembre 2016, il n’a pas hésité à utiliser sa fonction et un courrier officiel pour obtenir une prestigieuse bourse d’études pour les États-Unis à Arnaud Boukinda Boukinda qu’on présente comme son neveu. Fait étonnant, le vice-premier en charge de l’habitat demandait une bourse pour un jeune, bachelier depuis 10 ans, afin qu’il suive un cursus en école des télécommunications, filière ne présentant aucun lien avec son département ministériel. Autre curiosité, ce courrier perçu par l’opinion comme une demande de passe-droit comportait la mention « Urgent », censée être réservée pour des situations autres que celle-là.

Courrier officiel utilisé pour demander une bourse d’études pour un proche

Sur les réseaux sociaux où ce courrier a été abondamment commenté, certains y ont vu la preuve du peu d’éthique de Bruno Ben Moubamba et réclamaient déjà sa démission du gouvernement.

D’autres internautes s’appuyant sur un autre courrier adressé cette fois-ci au procureur de la République dénonçaient sa méconnaissance des procédures qui régissent le fonctionnement de l’État. En effet, dans ce courrier (voir ci-dessous), Bruno Ben Moubamba ordonnait au procureur d’arrêter des responsables d’un collectif de squatters qui lui opposaient une résistance. « Dans le cadre des opérations de déguerpissement des occupants illégaux d’Angondjé et de Bikélé, il nous a été donné de constater que Monsieur Djombou Chota Redrick, et d’autres responsables des collectifs des occupants illégaux sont à l’origine des résistances et d’incitation à la révolte des populations » écrivait-il dans un courrier avant d’assener qu’il devient « impératif de procéder à une garde à vue desdits responsables ». Mais problème, il ne revient pas au ministre de l’Habitat de donner des ordres au procureur tout comme il n’est pas dans ses prérogatives de déposer plainte au nom de l’État.

Lettre de Bruno Ben Moubamba au procureur général

Ironie de l’histoire, 6 mois auparavant, c’est Bruno Ben Moubamba qui défiait la puissance publique. Face aux policiers qui faisaient usage de la force pour disperser une manifestation il criait à ses supporteurs « Allons-y attaquer les policiers ». À l’époque, il n’avait pas été arrêté.

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