Gabon : CAN 2017 – Un échec sportif et politique

Sport Football – Douche froide pour les Gabonais amoureux du ballon du rond au constat de l’élimination des Panthères du Gabon, l’équipe nationale. Dimanche 23 janvier dernier, après un troisième match nul, l’équipe des Panthères n’a pas obtenu suffisamment de points pour franchir le premier tour de la 31e édition de la Coupe d’Afrique des Nations, au grand dam de ses supporters, et d’un en particulier : le président Ali Bongo.

Tout porte à croire que le président du Gabon attendait beaucoup de la performance de l’équipe nationale, l’enjeu allant au-delà du sport.

Une CAN politisée

S’il n’est pas commun qu’un président de la République se rende à une séance d’entraînement la veille d’un match, c’est pourtant ce qu’a fait le président Ali Bongo, pour motiver ses troupes. Ce samedi 22 janvier, Ali Bongo est allé réaffirmer son soutien à Pierre-Emerick Aubameyang et ses coéquipiers, et leur rappeler la mission importante qui est la leur.

Le 16 janvier, le vice-premier ministre Bruno Ben Moubamba lançait déjà un appel à la mobilisation en déclarant “Un tel événement mondial doit être soutenu par toute la population malgré les difficultés de l’heure. Actuellement, tous les Gabonais doivent oublier leurs querelles pour se tourner vers le symbole de la Nation, qui est notre équipe de football. Trahir les panthères c’est trahir la patrie et la trahison est un crime contre la Nation.”

On évoquait déjà dans un précédent article tous les courriers administratifs et tous les efforts mis en place par le gouvernement gabonais pour que l’organisation de la CAN soit un succès, et que la population se mobilise pour aller aux stades et se réunisse derrière son équipe nationale. Ces enjeux ne sont pas négligeables face au contexte dans lequel se trouve le pays. En effet, avant le début de la compétition, ce pays de 1,8 million d’habitants traversait une phase de tourments, entre l’opposition qui réclame la victoire aux élections présidentielles d’août 2016, les syndicats qui réclament de meilleures conditions et le paiement de primes, la société civile qui réclame la libération des prisonniers « politiques », les agents de la poste en grève, les magistrats en grève, etc.

Le sport comme levier

Ce ne serait pas la première fois qu’un régime contesté essaierait de remobiliser le peuple derrière lui, en faisant appel à sa solidarité, son unité, son patriotisme et en flattant son égo grâce à des victoires sportives.

C’est ainsi qu’Hitler avait organisé les Jeux olympiques de 1936 que Mussolini avait organisé la coupe du monde de football en 1934, et idem pour le Brésil en 1950, le Chili en 1962, le Mexique en 1970 et l’Argentine en 1978. À chaque fois, le but était de mettre le pays en valeur et passer sous silence toutes les exactions et tous les troubles qui existaient.

L’Afrique n’est pas en reste. Mobutu soutenait et fournissait d’énormes moyens au TP Englebert (aujourd’hui TP Mazembé) pour faire de lui un des meilleurs clubs d’Afrique. Il était très généreux avec les joueurs, mais n’hésitait pas non plus à les convoquer au Palais pour les sermonner. C’est dire l’importance qu’avaient leurs performances. Sekou Touré, en Guinée, utilisait le Hafia FC et l’équipe nationale pour présenter une Guinée forte. Comme Mobutu, il choyait les joueurs, mais les réprimandait sévèrement en cas de défaite. Dans le même registre, on pourrait aussi citer Ben Ali en Tunisie, et Khaddafi en Libye.

La CAN de tous les maux

Malheureusement pour le Palais du bord de mer à Libreville, on ne peut pas dire que la CAN ait été un franc succès, que ce soit par rapport à l’engouement général, au niveau des prestations des équipes, celui de la sélection gabonaise, ou même de l’organisation en général. Le niveau de jeu est assez décevant, il y a peu de spectacles, peu de victoires, les équipes misent sur le physique et ne prennent pas de risques.

Différentes délégations se sont plaintes de couacs dans l’organisation; notamment des problèmes de logement. C’est le cas de la délégation du Maroc, qui n’a pas manqué de manifester son mécontentement au COCAN dû au fait que l’hôtel auquel ils ont été affectés ne réponde pas aux critères, et, en plus d’être à 70 km du stade, ils doivent le partager avec une autre équipe.

Les délégations togolaise et marocaine se sont aussi plaintes de l’état du stade d’Oyem. La ministre gabonaise en charge du sport avait déjà fait part de défauts de pelouse et de finitions négligées par les entrepreneurs chinois.

L’arrestation et la garde à vue de 7 jours de quatre membres de la Jeunesse de l’Opposition (J.O.U.R) pour trouble à l’ordre public, alors qu’ils manifestaient dans la rue pour le boycott de la CAN, confirme que le plan de communication du président Ali Bongo autour de cet événement sportif a échoué.

A présent que l’équipe nationale est éliminée, on s’attend à ce que les sujets d’avant la CAN refassent surface.

 

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