Gabon : Incapable de justifier le budget de la CAN, Bilié-By-Nze attaque les opposants sur leur patrimoine

C’est à une véritable guerre de mots que se sont livrés l’opposition gabonaise et le ministre gabonais de la Communication, Alain-Claude Bilie-By-Nzé, par déclarations de presse interposées. Décidée à faire le bilan du précédent septennat du président Ali Bongo, la coalition d’opposition qui a soutenu Jean Ping à l’élection présidentielle a notamment critiqué l’affectation de 463 milliards FCFA à l’organisation de la CAN 2017 et la gestion peu orthodoxe de ces ressources. En réponse, Alain-Claude Bilie-By-Nzé a estimé que les opposants étaient mal placés pour donner des leçons puisque, selon lui, leur patrimoine cumulé dépasserait largement cette somme.

Le budget de la CAN géré par des « incompétents et immoraux, en dehors de toute orthodoxie financière »

Invitée par une partie de ses partisans à sortir de son mutisme et à s’exprimer sur l’actualité nationale, la Coalition pour la Nouvelle République qui soutient Jean Ping a convoqué la presse ce 27janvier. Dans une déclaration lue par Jean-Clément Divungui, elle a notamment attaqué le bilan d’Ali Bongo à la tête de l’État. Ainsi a-t-elle fait remarquer la hausse des inégalités et de la précarité dans le pays. « On assiste à la montée sans précédent des inégalités ; en témoigne : le taux de chômage qui dépasse les 30 % de la population active et la pauvreté absolue qui touche plus de 34 % de la population. Enfin, la précarité s’est accrue, du fait notamment de très nombreuses fermetures d’entreprises et de la faiblesse de l’investissement, ainsi que de la baisse de rentabilité et de compétitivité des entreprises. » a plaidé Jean-Clément Divungui devant une assistance composée de journalistes et des principaux leaders de coalition, dont Jean Ping.

Poursuivant son allocution, Jean-Clément Divungui s’est livré à une attaque en règle contre le régime d’Ali Bongo dont « la caractéristique première est, au plan moral, la cupidité, l’avidité et un amour immodéré de l’argent comme objet de possession ». Déplorant le recours systématique à « la propagande et à la terreur », l’opposant a donné pour preuve les choix budgétaires opérés par le gouvernement gabonais en 2016. Il a ainsi affirmé qu’au cours de cet exercice budgétaire « les crédits alloués à l’éducation nationale baissent de 6 %, ceux de l’enseignement supérieur de 10 %, et ceux affectés à la santé de 42 % » tandis que ceux de la communication ont respectivement augmenté de 19% et 4%.

Abordant le sujet relatif aux dépenses liées à l’organisation des CAN 2012 et 2017 au Gabon, le porte-parole de l’opposition s’est offusqué de leur coût pour le contribuable et de la gestion des crédits dégagés à cet effet. « L’organisation en 2012 et 2017 de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) coutent déjà aux contribuables la  somme de 863 milliards de FCFA soit (2012 : 400 Milliards de FCFA, 2017 : 463 Milliards de FCFA). Cette manne financière est gérée par des hommes liges, incompétents et immoraux, en dehors de toute orthodoxie financière. Il est évident qu’une grosse partie de ce montant exorbitant vise à promouvoir la gabegie et la jouissance au sommet de l’État ». Fort de tout cela, Jean-Clément Divungui a réclamé que soit reconnue la victoire de Jean Ping à la dernière élection présidentielle.

« Chacun répondra de sa gestion passée des deniers publics »

Suite à la déclaration de l’opposition, la réaction du gouvernement gabonais ne s’est pas faite attendre. Dans un face à face avec la presse, le ministre de la Communication, Alain-Claude Bilie-By-Nzé,  a dénié à l’opposition toute légitimité pour attaquer la gestion des ressources publiques opérée par le gouvernement. Faisant allusion à l’arrestation récente de 2 anciens ministres accusés de détournement de fonds publics, il a menacé les opposants de subir le même sort. «Qu’ils soient rassurés chacun d’eux répondra de sa gestion passée », a promis Alain-Claude Bilie-By-Nzé aux membres de la coalition d’opposition.

Pressé par la presse à se prononcer sur le coût d’organisation des éditions 2012 et 2017 de la coupe d’Afrique des nations (CAN) évaluées par les opposants à 863 milliards FCFA, Alain-Claude Bilie-By-Nzé a évité la question arguant que « Ce sont ceux qui l’évoquent (NDLR : les opposants) qui ont coûté cher au contribuable gabonais. La mise en commun de leur fortune dépasse largement la somme évoquée » faisant allusion à d’éventuels détournements de fonds publics dont certains opposants se seraient rendus coupables quand ils appartenaient au parti au pouvoir.

S’étant abstenu d’apporter une preuve à ses accusations sur l’existence de potentiels détournements de fonds au bénéfice des opposants, Alain-Claude Bilie-By-Nzé a cependant demandé que ces derniers lui apportent la preuve que les CAN 2012 et 2017 ont couté 863 milliards au contribuable gabonais.

Les données relatives au coût de ces deux événements sportifs accueillis par le Gabon sont à rechercher du côté du Comité d’organisation dont la composition a peu changé pour les deux éditions. Ainsi, concernant le coût de la CAN 2012 pour le contribuable, Louis Claude Moundziéoud Koumba, alors porte-parole du Comité d’organisation, avait déclaré à la presse que les dépenses de la CAN se chiffraient dans «enveloppe estimée à 400 milliards de francs CFA». Cette déclaration, abondement relayée par la presse fut prononcée le 17 janvier 2012.

Quant à la CAN 2017, un document officiel, signé du Haut-Commissariat à l’organisation de la CAN 2017, organisme sous-tutelle de la Présidence de la République gabonaise, budgétise la compétition à 463.1 milliards FCFA répartis de la façon suivante : 283 milliards financés sur ressources propres de l’État gabonais et 180.1 milliards FCFA financés par l’emprunt.

Il apparait donc que la somme de 463 milliards FCFA avancée par les opposants concernant les éditions 2012 et 2017 de la CAN provient de déclarations et de documents du gouvernement gabonais lui-même. Le débat est ainsi tranché.

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