Gabon : Jean Ping remporte une victoire sur Ali Bongo au parlement européen

Gabon : Jean Ping remporte une victoire sur Ali Bongo au parlement européen

Jean Ping et ses soutiens le voulaient, le parlement européen l’a fait. Ce 2 février, le parlement européen a adopté à une très large majorité une résolution sur le Gabon dans laquelle il remet en cause la légitimité d’Ali Bongo et exprime ses doutes sur les conditions de son élection.

Les eurodéputés invitent le Conseil de l’Europe à ouvrir des consultations avec le Gabon qui en cas de blocage devraient déboucher sur des sanctions ciblées contre le régime d’Ali Bongo. Une première pour le Gabon et une victoire pour l’opposant Jean Ping.

Fraude, menaces, violences, le parlement européen condamne

Le parlement européen n’avait jamais été emmené à prendre une résolution à l’encontre du régime Bongo. Maintenant c’est chose faite. Depuis la fin du processus électoral, les équipes de Jean Ping et d’Ali Bongo se livrent une guerre diplomatique à Bruxelles (Belgique) par lobbyistes interposés. Les premiers bataillent pour faire sanctionner Ali Bongo et ses proches accusés de fraudes et de violences, les seconds pour minimiser les faits reprochés au régime en place à Libreville. Dans cette guerre d’usure, c’est Jean Ping qui remporte la première bataille.

Le texte de la résolution adoptée par le parlement européen est en effet sans appel pour Ali Bongo. Dès le point n°4 de sa résolution commune au Gabon et à la RDC, le parlement européen remet en cause les résultats officiels de l’élection présidentielle et donc la victoire d’Ali Bongo.

« (Le parlement européen) considère que les résultats officiels de l’élection présidentielle manquent de transparence et sont extrêmement douteux, ce qui a pour effet de remettre en cause la légitimité du président Bongo; regrette que le processus de recours ayant attribué la victoire à Ali Bongo se soit déroulé d’une manière opaque, et que les irrégularités constatées dans certaines provinces n’aient pas été suffisamment prises en compte par la Cour constitutionnelle, notamment dans le Haut-Ogooué, fief d’Ali Bongo; déplore le refus de la Cour constitutionnelle de procéder au recomptage des voix et de comparer les dépouillements avant la destruction des bulletins » peut-on lire dans la résolution.

Faisant référence aux violences post-électorales qui ont suivi la proclamation des résultats de l’élection dont le paroxysme fut l’attaque armée du QG de campagne de l’opposant Jean Ping le 31 aout 2016, le parlement européen a dit les condamner tout en demandant l’ouverture d’une enquête indépendante.

A l’occasion de l’élection présidentielle au Gabon, l’Union européenne avait dépêché une forte délégation d’observateurs regroupés au sein de la Mission d’observation des élections (MOE). Dès la publication de leur rapport préliminaire critique contre l’organisation des élections, la presse internationale révéla que les observateurs avaient subi des menaces et des pressions. Ils auraient même été mis sous écoute par les services secrets gabonais. Pour le parlement ce comportement est inacceptable.

« (Le parlement européen) dénonce fermement les manœuvres d’intimidation et les menaces dont les membres de la MOE de l’Union européenne ont été victimes, ainsi que les mises en cause de sa neutralité et de sa transparence […] et que la MOE de l’Union européenne ait ainsi été empêchée d’observer des éléments essentiels du processus électoral » insistent les députés européens dans la résolution qu’ils ont adoptée.

Vers des sanctions ciblées contre les membres du régime d’Ali Bongo

Si le parlement européen a pris acte de la volonté d’Ali Bongo d’organiser un dialogue politique avec ses adversaires, il émet des doutes sur sa crédibilité. En effet, le dialogue national proposé par Ali Bongo et prévu après la CAN 2017 que le Gabon abrite actuellement ne verra pas la participation de Jean Ping. Le chef de l’opposition gabonaise dit ne pas vouloir dialoguer avec quelqu’un qui se serait rendu coupable de fraudes et d’exactions. Pour lui la seule issue est la reconnaissance de sa « victoire volée » à l’élection présidentielle du 27 aout 2016.

Les eurodéputés pressent Ali Bongo et son gouvernement d’engager des réformes politiques.

« (Le parlement européen) invite instamment le gouvernement du Gabon à procéder à une réforme approfondie et rapide du cadre électoral, en tenant compte des recommandations formulées par la MOE de l’Union européenne, afin de l’améliorer et de le rendre totalement transparent et crédible »

Se montrant sceptique sur la volonté des responsables gouvernementaux gabonais à engager des réformes le parlement européen a pour la première fois évoqué la perspective de sanctions ciblées contre les responsables des violences et les personnalités qui auraient participé à l’organisation de la fraude électorale.

« (Le parlement européen) demande instamment au Conseil de lancer un processus de consultation au titre de l’article 96 de l’accord de Cotonou dès qu’il y aura une absence de progrès dans le dialogue politique intensifié; invite le Conseil, au cas où aucun accord ne pourrait être trouvé dans le cadre du processus de consultation, à envisager d’imposer des sanctions ciblées aux responsables des violences post-électorales, des abus des droits de l’homme et du sabotage du processus démocratique dans le pays »

Après l’adoption de cette résolution, les membres de la coalition qui soutient Jean Ping exultent. Certains affirment déjà qu’à terme, des membres du régime d’Ali Bongo seront sous le coup de sanctions allant de l’interdiction de voyager en Europe au gel des avoirs.

Au sein du PDG (le parti au pouvoir), on se montre plus mesuré. « Les résolutions du parlement européen ne sont pas contraignantes » a affirmé un responsable selon qui l’activisme des députés européens en faveur de Jean Ping ne dépassera pas le stade de cette résolution. Il n’en demeure pas moins que cette résolution fragilise un peu plus Ali Bongo et son régime. Elle valide surtout les thèses de Jean Ping qui depuis le mois d’août 2016 dénonce les fraudes perpétrées à l’occasion du dernier scrutin présidentiel.

  1. […] preuves du soutien des européens à sa cause, Jean Ping a notamment cité la résolution du parlement européen de septembre dernier appelant à d… et le discours de la Sorbonne du Président français Emmanuel Macron où il s’est engagé à […]

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