Climat des affaires au Gabon : un véritable cauchemar pour les entreprises ?

Actualité Gabon – Rien ne va plus dans le paysage économique gabonais avec les départs massifs d’entreprises privées. Le 23 mars 2017, la filiale gabonaise du groupe Shell était officiellement revendue au groupe Assala Energy. La même semaine, on apprenait que les groupes Panalpina, et Sodexo seraient également sur le départ. Un climat de plus en plus sombre pour les entreprises au Gabon.

La situation des entreprises au Gabon devient de plus en plus préoccupante. En fin mars, le géant du pétrole gabonais, Shell Gabon était revendu par le groupe international hollandais. La société laisse des centaines d’employés dans l’incertitude. Dans la même semaine, on apprenait que le départ d’autres sociétés était imminent. En Effet, les sociétés Panalpina et Sodexo qui traversent des temps difficiles quittent le Gabon à leur tour. Sodexo, spécialisée dans la restauration, a d’ailleurs sommé ses employés de vider leurs locaux de Libreville le 27 mars 2017. CimGabon, opérant dans le domaine du ciment pourrait également mettre la clef sous la porte.

Ainsi rien ne va plus du côté des principaux pôles économiques du pays, où les départs en cascade et de nombreuses grèves sévissent depuis quelques mois. Les difficultés économiques que rencontrent les différentes compagnies sont de plus en plus difficiles à surmonter. Au bord de la faillite, de nombreuses structures se retrouvent dans l’incapacité de payer à leurs employés depuis des mois. Les retards de paiement ne cessent de s’accumuler au fil des mois. C’est le cas pour la société Robert Service ou encore Satram.

De plus, l’affaire Orabank est venue enfoncer le clou. Le verdict rendu par les autorités judiciaires dans le démêlé entre la banque et la société Sogad BTP, a créé une psychose au niveau des banques. Il aura fallu la double intervention du Premier ministre, pour calmer et  rassurer les responsables d’Orabank. Avec deux audiences accordées à Orabank et aux responsables des banques de la place, le chef du gouvernement a tenté d’enrayer une menace qui pesait sur le climat des affaires au Gabon.

Un climat social morose qui laisse à désirer

Les populations dans leur ensemble, mais plus particulièrement les travailleurs, subissent de plein fouet les répercussions des énormes difficultés financières que rencontrent les entreprises ! Avec la chute vertigineuse du prix du baril, certaines entreprises du secteur pétrolier ont été contraintes de réduire drastiquement leurs activités. D’autres n’ont eu d’autre choix que de mettre fin à leurs activités à défaut de licencier massivement. D’après l’Organisation nationale des employés du pétrole (ONEP) 3000 personnes auraient perdu leur emploi et un près d’un millier mis en chômage technique. Malgré la remontée timide des cours du pétrole, principale ressource du pays, l’activité peine à reprendre !

Avec les retards de paiement, les employés qui ont souvent la principale voire la seule source de revenus de familles nombreuses, se retrouvent dans une situation extrêmement délicate. D’ailleurs, un employé de la société Robert Services, croulant sous les dettes, à cause de 8 mois de salaires impayés, a fini par mettre fin à ses jours le 21 mars dernier ! Ce drame met en lumière la rudesse des conditions dans lesquelles vivent désormais de nombreux Gabonais.

La machine étatique elle aussi sévèrement touchée

Les salariés du secteur privé ne sont pas les seuls à connaitre les affres du chômage ! L’État connait également de nombreux déboires liés à la crise. Avec la chute des cours du pétrole, les recettes de l’état ont été fortement revues à la baisse. Pour le bon fonctionnement du pays, le gouvernement s’est vu obligé de contracter de nombreux emprunts durant ces 3 dernières années. Les derniers en date, 127,5 milliards de FCFA (193,8 millions d’euros) prêtés par la BID et la BAD. Ces multiples emprunts ont considérablement alourdi la dette du pays qui est aujourd’hui estimé à 4.000 milliards de FCFA. Un montant confirmé par le ministre de l’Économie, de la prospective et de la programmation du développement durable le 17 mars dernier.

Pour amoindrir l’impact de la crise, les autorités encouragent les initiatives qui visent à la diversification de l’économie. Le projet graine (Gabonaise des Réalisations agricoles et des Initiatives des Nationaux engagés) est encore loin de tenir ses promesses. Quant à la mise en place d’un fonds de développement agricole, depuis son lancement l’opinion est en attente d’une suite. L’industrialisation de la filière du bois, est elle aussi remise en cause. Dans un rapport publié par la Banque Mondiale, on y apprend que l’État gabonais perd chaque année environ 30 milliards de FCFA de recette fiscale.

Par ailleurs, une frange de la population a fortement critiqué la pertinence des choix des décideurs. Il est reproché au président Ali Bongo, l’organisation de la CAN, dans un contexte social difficile. Surtout que ledit événement sportif a nécessité des fonds colossaux, et n’a pas eu les bénéfices escomptés. Une situation anormale pour de nombreux Gabonais qui estiment qu’on ne peut célébrer le football alors que le secteur de l’éducation est dans un état désastreux.  Notamment avec le manque d’infrastructures et les grèves répétitives des enseignants. Ces derniers réclament de meilleurs traitements salariaux et de meilleures conditions de travail.

Le dialogue national pour apaiser les tensions et partir sur de nouvelles bases

Les effets des heurts de septembre 2016 liés à la crise post-électorale, sont encore présents dans les mémoires. Ce souvenir assez vif a pour effet l’installation d’une certaine tension à tous les niveaux. Déjà fortement paralysées pendant le mois suivant l’annonce des résultats, les entreprises continuent de payer le tribut du conflit à la tête de l’État.

Pour assainir le climat politique, économique et social, les autorités ont lancé un dialogue national le 28 mars 2017. Si les enjeux sont principalement politiques, le gouvernement espère que l’apaisement sur le plan politique ait un écho sur tous les autres.

Par ailleurs, les autorités sont favorables à l’octroi d’une allocation de chômage, pour soulager la population. Cette mesure est inscrite dans le nouveau code de la sécurité sociale, présenté par le ministre du Développement social le 23 mars dernier. Si son application était effective, elle soulagerait un tant soit peu, les milliers de Gabonais balayés par cette vague de chômage.

 

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