Gabon : qui sont les leaders de l'opposition qui ont accepté de dialoguer avec Ali Bongo?

Les opposants gabonais qui participent au dialogue national
Les opposants gabonais qui participent au dialogue national

ACTU GABON – Le dialogue politique initié par le président gabonais Ali Bongo Ondimba s’ouvre aujourd’hui sur le parvis du stade de l’amitié d’Agondjé au nord de Libreville. Les organisateurs annoncent la participation de plusieurs centaines d’organisations politiques et associatives. Outre les partis politiques de la mouvance présidentielle, les projecteurs sont braqués sur les responsables politiques de l’opposition qui ont accepté d’aller à cette concertation alors que Jean Ping et ses alliés n’y voient qu’une entreprise de légitimation du pouvoir d’Ali Bongo.

Traitres pour certains, politiciens réalistes pour d’autres, les figures de l’opposition qui ont choisi de prendre part au dialogue politique proposé par Ali Bongo ne laissent pas indifférents. En acceptant de participer à cette concertation alors qu’une frange importante de l’opinion n’y est pas favorable, ces opposants jouent gros pour leur avenir politique. Qui sont les leaders de l’opposition gabonaise qui seront au dialogue?

René Ndemezo’o Obiang

René Ndemezo’o Obiang

Son revirement a troublé plus d’un. Avant de se résoudre à participer au dialogue national inclusif, René Ndemezo’o Obiang était le directeur de campagne de Jean Ping, le challenger d’Ali Bongo. Grand pourfendeur d’Ali Bongo pendant la campagne électorale, René Ndemezo’o Obiang était aussi l’un des plus grands contestataires de la victoire de ce dernier après le scrutin du 27 août 2016.

Approché dès septembre 2016 par l’entourage d’Ali Bongo, René Ndemezo’o Obiang a d’abord été pressenti pour une place au sein du gouvernement puis pour prendre la tête d’une institution. Bien qu’il n’ait pas encore été nommé, Ndemezo’o est devenu l’un des interlocuteurs favoris d’Ali Bongo au sein de l’opposition consensuelle avec Pierre Claver Maganga Moussavou.

René Ndemezo’o Obiang est le président de Démocratie nouvelle (DN), un parti politique créé peu avant la présidentielle de 2016. D’ethnie Fang, il est convaincu que l’opposant Jean Ping lui doit son écrasante victoire dans le Woleu-Ntem, sa province d’origine.

Ndemezo’o a été ministre de 2000 à 2012. Ancien membre du Parti démocratique gabonais (PDG – au pouvoir), il appartenait au courant des rénovateurs animés par Ali Bongo et André Mba Obame dans les années 90.

Raymond Ndong Sima

Raymond Ndong Sima
Raymond Ndong Sima

Peu de gens ont été surpris par la décision de Raymond Ndong Sima de participer au dialogue. Premier ministre d’Ali Bongo de février 2012 à janvier 2014, Raymond Ndong Sima était devenu l’un des critiques les plus méthodiques de sa gestion quand il a été remplacé à la primature. Coup sur coup il a publié 2 ouvrages où il dénonçait les dérives et les malversations financières du régime.

Candidat à l’élection présidentielle, il n’a récolté que 0,42% des suffrages selon les résultats officiels. Malgré sa posture d’opposant au régime, ses soutiens ont été déconcertés par ses attaques répétées contre Jean Ping, opposant comme lui, et son discours jugé favorable à Ali Bongo en pleine crise postélectorale.

Démissionnaire du PDG qu’il avait intégré pendant son passage au gouvernement, Raymond Ndong Sima participera au dialogue national en tant que personnalité politique indépendante. Ce diplômé de l’Université Paris-Dauphine, passé par l’UGDD de Zacharie Myboto, a publié le 27 mars une tribune dans laquelle il dénonce les conditions d’organisation et de préparation du dialogue. Inscrit sur la liste des participants, nul doute que Ndong Sima participera aux travaux de cette concertation politique.

Bruno Ben Moubamba

Bruno Ben Moubamba
Bruno Ben Moubamba

Bruno Ben Moubamba est le personnage le plus énigmatique de la scène politique gabonaise. Se présentant à l’origine comme un acteur libre de la société civile, il a été candidat indépendant à l’élection présidentielle de 2009. A l’issue de cette élection où il ne récolta que 0,28% des suffrages, il participa à création du parti Union nationale (UN) avec André Mba Obame et Zacharie Myboto notamment.

Imprévisible, jugé parfois extrémiste, Bruno Ben Moubamba quitta l’UN en 2012 après de nombreux conflits internes. Il rejoint l’Union du peuple gabonais (UPG) dont il devint le secrétaire général. Désireux de prendre la direction de ce parti écartelé entre différentes tendances, il organisa un congrès, jugé illégal par la justice, et se fit désigner Président.

Absent du Gabon pendant plusieurs mois, il revint peu avant la présidentielle d’août 2016 pour en être l’un des candidats. Jamais avare de critiques contre Ali Bongo, il a marqué l’opinion lorsque dans lors d’une manifestation il demandait à ses partisans d’aller attaquer des policiers pourtant armés.

Mécontent de la désignation de Jean Ping comme « candidat unique de l’opposition » en août 2016, il a engagé des discussions avec Ali Bongo. Nommé vice-premier ministre en charge de l’habitat, Bruno Ben Moubamba est devenu l’un des défenseurs les plus actifs d’Ali Bongo.

Bruno Ben Moubamba participera au dialogue avec l’Alliance pour le changement et le renouveau (ACR), la nouvelle formation politique qu’il a créée. Deux semaines plus tôt, il disait ne pas vouloir participer à ce dialogue.

Pierre Claver Maganga Moussavou

Pierre Claver Maganga Moussavou
Pierre Claver Maganga Moussavou

Pierre Claver Maganga Moussavou est le leader du Parti social-démocrate (PSD). Après ses études en France où il obtient deux maitrises et un doctorat, il occupera de nombreuses fonctions  au sein de l’administration. Il a été tour à tour Conseiller du Président de la République auprès du ministère de la Planification puis ministre de l’Aménagement du Territoire de l’Évaluation des Politiques publiques, chargé de l’Artisanat.

Pierre Claver Maganga Moussavou a également participé aux échéances électorales présidentielles de 1993, 1998 et 2016 en obtenant respectivement les scores de 3,60 %, 1% et 0,32 % des suffrages.

À l’issue du scrutin présidentiel de 2016, avant même l’annonce officielle des résultats, il félicita le candidat Jean Ping pour sa victoire, avant de se rétracter et de s’aligner derrière Ali Bongo. Ce revirement n’a pas manqué d’étonner tout comme la présence de son fils Biendi Maganga-Moussavou au sein du gouvernement du premier ministre Emmanuel Issozet Ngondet en qualité de ministre de la Promotion des Petites et Moyennes Entreprises, charge de l’Entrepreneuriat national.

Paul Mba Abessole

Paul Mba Abessole
Paul Mba Abessole

Paul Mba Abessole est une figure politique qui a marqué l’histoire du Gabon.

Né à la fin des années 30, il devient prêtre en 1986, après ses études sanctionnées de 3 doctorats. Exilé en France en 1976, il devient une figure de l’opposition pour sa critique acerbe contre le régime d’Omar qu’il juge autocrate et dictatorial.

En 1990 il rentre au Gabon et participe à la conférence nationale qui rétablit le multipartisme pour le compte de son parti le Rassemblement national des bûcherons (RNB). Trois ans plus tard, il arrive second à l’élection présidentielle, dont les résultats seront fortement controversés avec 26,5 % des suffrages. En 1998, il n’est plus que troisième avec 13,1 %.

Le début des années 2000 marque l’entrée de Paul Mba Abessole dans la majorité présidentielle. Il occupera de nombreuses fonctions ministérielles.

Après la mort d’Omar Bongo, Paul Mba Abessole fera plusieurs sorties parfois contradictoires. Membre de la majorité présidentielle, il attaque ouvertement le président de la République et son parti politique.

L’élection présidentielle d’août 2016 confirme la disgrâce de Paul Mba Abessole auprès de l’électorat. Il ne fera pas mieux que 0,21 % des voix.

Le 23 mars 2017, Paul Mba Abessole a annoncé sa retraite politique au sortir du dialogue national.

Thierry D’Argendieu Kombila

Thierry d'Argendieu Kombila
Thierry d’Argendieu Kombila

Inconnu du grand public, Thierry D’argendieu Kombila est sorti de l’ombre à l’occasion de la campagne présidentielle en 2016 où il était l’un des principaux soutiens de Jean Ping dans la province de l’Ogooué Ivindo. Président de l’Union nationale des forgerons (UNAF), une petite formation politique sans représentativité nationale, il a rejoint les partisans du dialogue dès le mois de janvier.

Proche de René Ndemezo’o Obiang, il espère profiter de la redistribution des cartes et des responsabilités qui va s’opérer à l’issue du dialogue national.

Matthieu Mboumba Nziengui

Matthieu Mboumba Nziengui

Éphémère ministre d’État en charge de l’agriculture dans le dernier gouvernement du premier septennat d’Ali Bongo, Matthieu Mboumba Nziengui est le leader de l’UPG, l’ancienne formation politique de l’opposant historique Pierre Mamboundou.

Devenu simple citoyen à la faveur du remaniement ministériel du 2 octobre 2016, Matthieu Mboumba Nziengui a mal vécu son éviction du gouvernement et la nomination de son collaborateur, Olivier Koumba Mboumba, dans le nouveau gouvernement en qualité de ministre délégué.

Président d’une formation politique dont la base militante s’est clairsemée après la mort de son fondateur, Matthieu Mboumba Nziengui compte sur le dialogue pour rebondir.

Gérard Ella Nguema

Gérard Ella Nguema
Gérard Ella Nguema

Ce quadra a grandi dans l’ombre d’André Mba Obame, l’ancien leader de l’opposition décédé le 12 avril 2015. Avec lui il a participé à la création de l’Union nationale (UN), l’une des principales formations politiques de l’opposition.

Devenu quelque temps plus tard Secrétaire exécutif de l’UN, il s’en est émancipé peu avant la présidentielle de 2016.

En aout 2016 Gérard Ella Nguema s’est présenté à l’élection présidentielle comme candidat indépendant. Il a refusé de rejoindre le mouvement en faveur d’une candidature unique de l’opposition autour de Jean Ping. A l’issue du scrutin, Gérard Ella Nguema n’a recueilli que 0,16% des suffrages.

Léon Mbou Yembit

Léon Mbou Yembit
Léon Mbou Yembit

Cette ancienne grande figure de l’opposition des années 90 était rentrée dans l’oubli. Le président du Forum africain pour la reconstruction (FAR) qui n’avait plus été vu sur le front politique a réapparu à la faveur du dialogue national.

Affaibli par la maladie, il n’a pas pu se présenter à l’élection présidentielle. Interrogé au sortir de ce scrutin, il avait dit s’être abstenu le jour du vote parce qu’aucun candidat ne répondait à ses aspirations.

Même s’il semble reconnaitre que l’élection présidentielle de 2016 a manqué de transparence, il se dit cependant favorable au dialogue. Il sera au stade de l’amitié d’Agondjé pour l’ouverture des travaux.

 

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  1. jean bille

    parmi les individus cités, il n’y a pas de leader de l’opposition. pour e^tre leder de ‘opposition , il faut avoir eu à affronter le suffrage de ses compatriotes. jean ping a receuilli la majorité des suffrages exprimés par le peuple. il est donc LE et l’unique leader de l’opposition. c’est l’onction populaire qui confère ce statut et non pas une autoproclamation comme c’est la coutume dans ce pays de lâches et de lâcheté.

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