Gabon : L'opposant Jean Ping prêtera-t-il serment ?

La rumeur sur une éventuelle prestation de serment de Jean Ping court depuis que la Cour constitutionnelle gabonaise a validé la réélection de Bongo Ondimba Ali à la tête du pays. En effet, dans la nuit du 23 au 24 septembre 2016, la cour proclamait Bongo Ondimba Ali vainqueur avec 50,66% contre 47,24% pour Jean Ping alors que ce dernier, convaincu de sa victoire, avait posé un recours contre les résultats provisoires proclamés par le ministère gabonais de l’Intérieur qui le donnait déjà perdant.

Comme un air de déjà vu

Si Jean Ping devait prêter serment le 14 janvier comme l’annonce un message viral que les Gabonais se partagent par messagerie (et que l’entourage de Jean Ping que nous avons joint n’a pas souhaité confirmer), ce ne serait pas une première au Gabon. En effet, à toutes les élections présidentielles depuis 1993, l’opposition gabonaise a toujours revendiqué la victoire et crié à la fraude. L’on se rappelle que ses leaders successifs de Paul Mba Abessole, en passant par Pierre Mamboundou, et plus récemment André Mba Obame se sont livrés à cet exercice.

Les années 1993 et 2012 ont en commun le fait que le challenger principal du président en exercice ait contesté les résultats officiels et en soit arrivé à la composition d’un gouvernement parallèle. Dans son discours après l’annonce des résultats, Jean Ping disait être prêt à « aller jusqu’au bout » pour défendre le vote des Gabonais. De ce fait, il y a des raisons de croire qu’il pourrait prêter serment. D’ailleurs, nombre de ses partisans pensaient que cette prestation aurait eu lieu le 15 octobre 2016, date de la fin du premier mandat d’Ali Bongo Ondimba.

Le 14 janvier, une date stratégique

Le 23 décembre dernier, Jean Ping disait qu’il prêterait serment « bientôt ». Si l’on en croit les groupes d’activistes gabonais sur les réseaux sociaux, c’est ce samedi 14 janvier 2017 que cela devrait se passer. Cette date n’est pas anodine, dans la mesure où elle correspond au lancement de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) dans la capitale du Gabon – une compétition dont la tenue et l’organisation par le Gabon sont fortement critiquées et boycottées par l’opposition gabonaise ainsi qu’une partie de la société civile.

Si cela se confirmait, le choix de cette date serait stratégique parce que contrairement à la journée du 31 août 2016 marquée par des émeutes suite aux premiers résultats des élections, cette fois, Libreville bénéficiera d’une couverture médiatique exceptionnelle. En cas de dérapages, la réaction des forces de l’ordre serait tempérée du fait de la mobilisation de leurs effectifs autour de la sécurité de la CAN, mais aussi du fait de la présence des médias internationaux, des délégations étrangères et des touristes. Ce serait donc là une occasion de concurrencer la popularité et la mobilisation autour de cette édition de la compétition de football au Gabon, et de défier l’autorité du président en exercice.

Pour l’instant, toutes les conditions sont réunies pour que ce samedi 14 janvier marque l’histoire de la vie politique gabonaise et de la Coupe d’Afrique des nations (CAN). Jean Ping prêtera-t-il serment réellement ? Est-ce là comme l’avait dit Alain-Claude Bilie-by-Nze, porte-parole du gouvernement, ce serait « un cadeau pour le gouvernement » qui en profiterait pour l’emprisonner ? Le rendez-vous est donc pris pour ce samedi 14 janvier.

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