Gabon : l’opposant Mouang Mbading, pas si fou qu’on le dit

Jean Victor Mouang Mbading, Premier secrétaire du MESP
Jean Victor Mouang Mbading, Premier secrétaire du MESP

Libreville (Africapostnews) – Jeudi soir, à l’occasion d’un débat télévisé organisé par la Haute autorité de la communication (HAC), de nombreux gabonais ont découvert Jean Victor Mouang Mbading, le leader du Mouvement d’émancipation socialiste du peuple (MESP). Présenté comme un « ivrogne » par certains médias ou supposé en état d’ivresse sur les réseaux sociaux, le vieil opposant qui a marqué le débat d’hier est pourtant une figure historique de l’opposition gabonaise tout en étant l’un des rares pouvant se prévaloir d’avoir été de tous les combats pour la démocratie au Gabon.

Le Premier secrétaire du MESP et professeur de philosophie à la retraite a crevé l’écran hier à Libreville. Opposé à l’ex présidente des femmes du PDG, Christelle Limbourg Iwenga qui a peiné à défendre son bilan et au ministre de l’économie Jean-Marie Ogandaga, Jean Victor Mouang Mbading n’est pas passé par des circonvolutions pour dire ce qu’il pensait.

« Le PDG (au pouvoir) a mis le pays à terre et les pdgistes en sont responsables » a-t-il assené avant de s’étonner que la HAC ait fait signé au débateur un document par lequel ils s’engageaient à ne pas citer le nom de certaines autorités dans ce débat, notamment celui d’Ali Bongo, « Vous avez dit on ne prononce pas de noms. Alors je le dis, X et Y ont mis le pays par terre et ils seront jugés. Les pdgistes ont pillé le pays et il faut renverser les pdgistes qui ont mis le pays par terre. » a-t-il martelé.

Jean Victor Mouang Mbading est une figure de la scène politique gabonaise depuis 1990. Avec d’autres, il a lutté pour le retour du multipartisme au Gabon. Constant, il est l’un des rares opposants politiques en activité au Gabon à n’avoir jamais retourné sa veste pour rejoindre le pouvoir ou pour occuper un poste de responsabilité, pourtant les propositions n’ont pas manqué.

« Ali Bongo n’a pas fait preuve de haute sagesse en 2016 »

En 1998, Jean Victor Mouang Mbading et le MESP sont membres du haut conseil de la résistance (HCR) qui porte la candidature de Pierre Mamboundou à la présidentielle.  A l’issue de la victoire contestée d’Omar Bongo, plusieurs opposants quittent les rangs de l’opposition pour rejoindre le gouvernement avec comme nouveau slogan « la convivialité avec le pouvoir ». Jean Victor Mouang Mbading reste dans l’opposition et continue d’affirmer qu’Omar Bongo « a volé l’élection ».

En 2005, toujours dans les rangs de l’opposition, il choisit de ne pas se présenter à la présidentielle et de ne pas engager son parti dans un scrutin auquel il ne croit pas. Idem en 2009 où il milite pour une candidature unique de l’opposition sans pour autant être entendu. Il ne soutient officiellement aucun candidat mais est présent aux meetings organisés par les candidats de l’opposition à Libreville.

En 2016, disant n’avoir aucune confiance aux anciens pdgistes devenus leaders de l’opposition, Jean Victor Mouang Mbading décide de se présenter lui-même à la présidentielle. Cependant, sa candidature est avortée faute de moyen financier.

A l’issue des violences post-électorales qui ont émaillé la réélection d’Ali Bongo en aout et septembre 2016, il déplore le « manque de sagesse » d’Ali Bongo et refuse de participer au dialogue national organisé par celui-ci. « Il (NDLR Ali Bongo) n’a pas, au moment opportun, fait preuve de haute sagesse qu’on attendait de lui, en tant que garant de la paix et la stabilité dans un pays en profonde crise. Il aurait pu éviter au Gabon des soubresaut » disait-il.

Le vieil opposant dont les réactions intempestives lors du débat n’ont eu de cesse de susciter l’hilarité, n’en a pourtant pas moins exprimé la pensée profonde des nombreux gabonais vis-à-vis du PDG et des journalistes de Gabon télévision qu’il n’a pas manqué de traiter de « journaleux » en raison leur partialité et leurs relations incestueuses avec le parti au pouvoir.

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