Gabon : Marie-Madeleine Mborantsuo dans le viseur de la justice française

Marie-Madeleine Mborantsuo, Présidente de la Cour constitutionnelle gabonaise.

Le parquet financier français mène une enquête préliminaire sur la présidente de la Cour constitutionnelle gabonaise, Marie-Madeleine Mborantsuo. Elle est soupçonnée de recel de détournements, soustraction et destruction de fonds publics et blanchiment en bande organisée.

Selon l’hebdomadaire satirique, Le Canard Enchaîné, l’affaire débute il y a 3 ans, lorsque l’organisme français anti-blanchiment est alerté sur des mouvements de fonds suspects. Tracfin constate que d’importants retraits et dépôts en espèces sont effectués à partir de comptes au Canada, au Liban, au Luxembourg et à Monaco, supposés appartenir à Marie-Madeleine Mborantsuo.

Le parquet financier s’intéresse aussi au patrimoine immobilier de la puissante magistrate, propriétaire d’appartements en France, en Afrique du Sud et aux États-Unis. Une saisie de 100 000 euros en espèces aurait été effectuée dans ses appartements à Versailles.

Son avocat, qui a déjà défendu Nicolas Sarkozy et Laurent Gbagbo dans le passé, a présenté un recours.

Quid de la justice gabonaise ?

Cette affaire intervient dans une période où, au Gabon, une forte opération de lutte contre la grande corruption, l’opération Mamba, est menée par le Premier ministre Franck-Emmanuel Issozet Ngondet. L’opération a déjà fait des dégâts inattendus dans l’administration gabonaise, et laisse planer une épée de Damoclès sur les têtes de nombreux acteurs de la vie publique.

Les anciens ministres Étienne Ngoubou et Magloire Ngambia, en charge des Hydrocarbures et de l’Économie, pourtant proches du président Ali Bongo, ont été placés en détention pour détournement de fonds publics en janvier 2017, à deux jours d’intervalle.

Plus récemment, ce jeudi 23 mars, c’est le DGA de l’Agence Nationale des Grands Travaux d’Infrastructures (ANGTI) qui a été mis aux arrêts, pour des soupçons de malversations financières. Marie-Madeleine Mborantsuo sera-t-elle dans le collimateur de l’Opération Mamba ?

Certaines personnalités seraient-elles immunisées contre le venin du Mamba ?

L’affaire Mborantsuo n’est pas le premier scandale qui met en exergue des malversations financières de personnalités publiques gabonaises à l’internationale.

En effet, des proches du président Ali Bongo, à l’instar de Seydou Kane, avaient déjà été cités dans l’affaire des Panama Papers. Son ancien directeur de cabinet et actuel Haut Représentant, Maixent Accrombessi, avait été placé en garde en vue en France pour être entendu dans une affaire de corruption de bien public et de blanchiment. Les autorités gabonaises n’ont jamais donné de suite à ses affaires.

À 61 ans, Marie Madeleine Mborantsouo est aussi la belle-mère du président Ali Bongo Ondimba. Elle est à la tête de la plus haute juridiction du pays depuis sa création en 1991, institution que l’opposition surnomme “la tour de Pise” du fait que ses décisions pencheraient toujours en faveur du régime en place.

 

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