Gabon : 600 milliards FCFA d'argent public perdus dans des paiements frauduleux

L’immeuble Arambo, siège à Libreville du ministère gabonais de l’Économie.

ÉCONOMIE GABON – 600 milliards de FCFA, soit un peu plus de 914 millions d’euros, c’est le montant pharaonique qui s’est miraculeusement et frauduleusement évaporé des caisses de l’État gabonais. La somme pourrait faire frémir plus d’un, mais c’est le montant stratosphérique qu’a illégalement payé le Trésor public à des fournisseurs véreux.

Selon un communiqué rendu public le 24 mars 2017 par la Commission Nationale de Lutte contre l’Enrichissement Illicite (CNLCEI), cette somme aurait été illégalement décaissée par l’État entre 2006 et 2012.

Organisme chargé de prévenir et d’investiguer sur les faits liés à la corruption et à l’enrichissement illicite, la CNLCEI a mené plusieurs enquêtes économiques et financières sur des infractions dont elle a été saisie ou s’est auto-saisie.

Comment le Trésor public gabonais, une entité directement rattachée au Ministère du Budget et des Comptes Publics, a-t-il pu se faire flouer de la sorte ? Une question qui mérite d’être posée lorsque l’on sait qu’en matière de finances publiques les procédures de contrôle et de décaissement ont été davantage renforcées pour éviter justement de tels méfaits.

Joint par téléphone par la rédaction d’AfricaPostNews, un membre de la Commission Nationale de Lutte Contre l’Enrichissement Illicite ayant requis l’anonymat n’a pas tenu à s’exprimer sur l’identité des personnes qui sont actuellement dans le collimateur de la justice gabonaise.

À ce stade de l’investigation, notre interlocuteur a tenu à rappeler que la procédure de la CNLCEI, est marquée par le sceau du secret de l’instruction pénale. Et qu’à juste titre, la CNLCEI ne pouvait pas divulguer les noms des personnes incriminées au risque de tomber dans l’illégalité.

Pour lui, la CNLCEI a rempli les missions qui lui sont assignées et souligne que c’est le Parquet de la République qui a la lourde tâche de poursuivre les investigations et de mener les poursuites judiciaires.

Néanmoins, dans son communiqué, la CNLCEI pointe du doigt les personnes physiques et morales issues des secteurs public ou privé, qui ont indûment perçu l’argent de l’État.

C’est donc sous la houlette de Dieudonné Odounga Awassi, Président de la CNLCEI, que des enquêtes liées aux fêtes tournantes, aux marchés publics, et à la gestion des crédits de fonctionnement des administrations ont été ouvertes.

Le scandale lié des fêtes tournantes : 400 milliards de FCFA détournés en une décennie

Lancés au début des années 2000 par Omar Bongo Ondimba, les travaux des fêtes tournantes permettaient à chaque province d’organiser et d’abriter les festivités du 17 août, la fête nationale gabonaise. Occasion pour chaque province de recevoir des enveloppes oscillant entre 25 et 50 milliards de FCFA. Elles ont été supprimées en 2009 avec l’arrivée au pouvoir d’Ali Bongo Ondimba.

L’argent devait servir à construire de nombreuses infrastructures publiques, mais aussi à relancer l’économie locale. Une initiative louable qui a très rapidement connu de graves dérives.

Les audits lancés par Ali Bongo Ondimba ont rapidement prouvé que les fêtes tournantes ont été un véritable gâchis financier. Sur les 500 milliards de FCFA débloqués en une décennie, environ 90 % de cette somme a pris une destination inconnue.

Les fêtes tournantes se sont surtout matérialisées avec une myriade de cas de surfacturation et de chantiers fictifs. Une pléthore d’entreprises adjudicataires de marchés publics, ont tout simplement encaissé des milliards de FCFA sans jamais rien livrer.

D’ailleurs, plusieurs dirigeants de grandes entreprises (Colas Gabon, Sodim TP, Sogec, etc.) ont été actionnés par la police judiciaire gabonaise au mois d’août 2015. Ainsi, ce n’est pas moins de 38 chefs d’entreprises qui ont été entendus par la police.

Par ailleurs, de nombreux dignitaires politiques se sont livrés à un pillage en règle des ressources financières qui étaient allouées à leurs provinces.

Le dossier dit des fêtes tournantes est sans conteste le plus épineux et le plus explosif de tous puisqu’il concerne, des responsables de collectivités locales, des dirigeants d’entreprises publiques et privées, d’anciens et de hauts fonctionnaires, des parlementaires, d’anciens ministres, mais aussi d’anciens barrons du régime passé aujourd’hui dans l’opposition.

Concernant ces derniers, on serait tenté de parler de quelques-uns d’entre eux, et plus particulièrement de Jean Eyéghé Ndong, dernier Premier ministre du Président feu Omar Bongo Ondimba.

Ancien président du Comité des fêtes tournantes de la province de l’Estuaire entre 2006 et 2007, aujourd’hui dans l’opposition, Jean Eyéghé Ndong, a été mis en cause en août 2014 dans le cadre de cette affaire. Il a été soupçonné de malversations financières sur un montant estimé à 98,3 milliards de FCFA (environ 150 millions d’euros).

Bien qu’aucune poursuite judiciaire n’ait été engagée par les autorités, ces dernières ont affirmé à demi-mot que Jean Eyéghé Ndong a géré dans la plus grande opacité cette importante manne financière.

Ancienne cacique du régime sous Omar Bongo, ministre pendant de longues années, Paulette Missambo a été elle aussi entendue en 2014 par les autorités judiciaires. Aujourd’hui, haut cadre de l’Union National, le parti politique de Zacharie Myboto, on reprochait à Paulette Missambo d’avoir utilisé des fonds publics à son propre profit.

On pourrait également citer le nom de l’ancien directeur de cabinet d’Idriss Ngari, Jeannot Kalima, placé sous mandat de dépôt le 29 août 2014. À l’époque des faits, il était secrétaire général du ministère des Mines, de l’Industrie et du Tourisme. Impliqué dans le scandale des fêtes tournantes, il lui était reproché d’avoir détourné environ un million d’euros (650 millions de FCFA).

 

Laisser un commentaire