Ghana : La ministre du Genre offusque par ses propos sur le viol des femmes

La ministre du Genre et de la Protection sociale au Ghana relance le débat sur le viol et les tenues trop courtes © Akeza.net

Actualité Ghana – La ministre du Genre et de la Protection sociale ghanéenne, Otiko Afisa Djaba, a encouragé le week-end les filles à ne pas « attirer » le viol en portant des vêtements provocants ; une déclaration qui a fait couler beaucoup d’encre.

Lors de son discours d’ouverture du 90e anniversaire et jour de remise des prix du Lycée presbytérien de Krobo dont elle est la coprésidente, Mme Djaba a laissé sous-entendre que les filles portant des robes courtes pouvaient attirer les violeurs. En effet, pour clôturer son discours elle s’est exprimé ainsi « Je veux vous dire soyez audacieuses, soyez confiantes, soyez respectueuses. Si vous portez une robe courte, c’est à la mode, mais sachez qu’elle peut attirer quelqu’un qui voudrait vous violer ou vous souiller. Vous devez être responsable des choix que vous faites. »

Cette déclaration de Mme Djaba a suscité de violentes réactions de la part d’une partie de la population. Cette dernière soutient que les commentaires de la ministre donnent une excuse aux violeurs, car il n’y a aucune preuve d’une corrélation entre la manière de s’habiller et le viol.

En effet, des études du Gender Center indiquent que les femmes ghanéennes âgées de 10 et 18 ans sont les plus à risque concernant toutes formes de violence sexuelle. Par ailleurs, elles indiquent également que 27 % des femmes ghanéennes ont été agressées sexuellement au cours de leur vie. En outre, 1 femme sur 3 s’est déjà fait caresser ou toucher contre sa volonté, et  la première expérience sexuelle de 2 femmes sur 10 s’avère s’être produite contre leur volonté.

Aucune étude scientifique à ce jour ne prouve que l’habillement des victimes de viol constitue l’élément déclencheur chez le violeur.

Cependant, lors des dénonciations de viol il est fréquent que les victimes soient soumises à de terribles questions comme « Que faisiez-vous dans sa chambre ? » et « Que portiez-vous ? » « Étiez-vous habillé de manière provocante ». Des questions qui laisseraient entendre que les victimes seraient à blâmer pour les actions du violeur. Le commentaire de la ministre bien que partant d’une bonne intention vient faire exactement ce que les violeurs veulent : ignorer leurs actions et placer le fardeau de la prévention du viol sur les femmes.

D’autres réactions, plus virulentes et radicales ont demandé au président Nana Akufo-Addo d’éloigner Mme Djaba de sa position. Selon ces personnes, ses propos laissent entendre que les femmes sont responsables de la prévention du viol, qu’elles considèrent comme un crime résultant de la violence et du pouvoir.

Une manipulation médiatique ?

Suite à la polémique, la concernée s’est exprimée. Afin de justifier ses propos, la ministre a déclaré « Chaque droit a une responsabilité. Si vous avez le droit de parler, cela ne signifie pas que vous devriez dire n’importe quoi. Après 18 ans, vous pouvez vous marier, vous pouvez avoir des relations sexuelles. Mais vous devez vous protéger d’une grossesse que vous ne voulez pas et de maladies sexuelles. Donc, si je dis que vous avez le droit de vous habiller comme vous voulez, alors vous devez être conscient que la façon dont vous vous habillez pourrait provoquer quelqu’un d’autre. Vous devez faire un choix dans votre meilleur intérêt et en tant que parent, j’ai tous les droits de conseiller mes enfants. Je suis de Krobo, et je parlais à mes sœurs et enfants. »

« Les médias ont sorti mes mots de leur contexte »

Selon Madame Djaba, les journalistes ont pris ses mots hors contexte, et ont choisi de véhiculer un mauvais message, et de négliger les « vrais problèmes ». Elle a ajouté « Les gens doivent comprendre que, quand nous parlons, les journalistes choisiront ce qu’ils veulent. Je demande aux médias de cesser de se concentrer sur moi mais de se concentrer sur les vrais problèmes. Je sais que les mauvaises nouvelles se vendent parce que toutes les autres choses que j’ai dit au programme n’ont pas été rapportées parce qu’elles étaient bonnes et que les gens aiment parler des nouvelles négatives. »

Elle a cependant dit qu’elle était heureuse que ses commentaires aient « ouvert une discussion au notre sujet en tant que peuple. »

Dans son discours, la ministre a également abordé un autre fléau, le viol en milieu scolaire par des professeurs. S’adressant aux enseignants du lycée elle a rappelé qu’ils sont des « modèles » pour ces jeunes filles, et qu’ils ne devraient pas être ceux qui « abusent de leurs droits ».

Ce n’est pas la première fois que le ministre a provoqué la colère du public. Récemment, son retard dans la condamnation de l’attaque sexuelle violente sur une femme soupçonnée à Kumasi en a irrité plus d’un.

 

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