Ghana – Le sort des handicapés : victimes du rejet de la société

Ghana – Le sort des handicapés : victimes du rejet de la société

En Afrique, plus de 10% de la population est handicapée. De nombreux préjugés accablent les handicapés. Dans plusieurs régions du continent, ils sont discriminés, moqués et porteurs  du mauvais œil, selon des croyances populaires. Au Ghana si vous êtes handicapés, vous êtes classés dans la catégorie des « intouchables », dans le mauvais sens du terme. Il y existe une discrimination délicate. Les handicapés font face tous les jours à une société indifférente. Ils sont exclus et discriminés.

Des millions de ghanéens vivent avec un handicap physique ou mental et beaucoup ne reçoivent pas d’aide. Les handicapés luttent depuis des années pour obtenir leurs droits. Selon une loi adoptée par le Ghana, l’environnement devait être accessible aux handicapés depuis 2016 mais il existe encore des lieux difficiles d’accès.

La nonchalance du gouvernement face à des handicapés maltraités

Au Ghana, les handicapés sont considérés comme des victimes de la colère de Dieu ou encore des personnes possédées par un démon. Dans une famille, tous ceux qui ont un handicap se voient critiqués, injuriés et accusés d’élever des malédictions. Considéré comme une malchance, lorsqu’un handicap est détecté chez un enfant, certains parents demandent a ce qu’on l’empoisonne ou qu’on le noie dès la naissance. Les parents ont, en général, peur du regard de la société et des jugements. En effet, les personnes handicapées ne sont pas traitées comme tous les autres citoyens. Elles sont injustement mises de côté, et n’ont pas librement accès aux soins hospitaliers, à l’éducation, à l’emploi etc. 

En somme, beaucoup de ghanéens sont convaincus qu’au contact d’un produit créé ou vendu par un handicapé, ils seront immédiatement atteints de la même « maladie » ou frappés de paralysie.

Human Rights Watch déclare dans un rapport en 2011, que les personnes malades sont atteintes de graves abus dans les hôpitaux et les camps de prière. Selon l’organisation, le gouvernement ne  met en place aucune lois ni mesures pour assurer la protection des handicapés, comme le stipule le droit international. Les malades sont victimes de discrimination et de stigmatisation qui laissent le gouvernement indifférent. 

En 2006, le Ghana avait pourtant fait passer une loi nationale sur l’invalidité qui avait pour objectifs d’assurer aux handicapés les mêmes droits que tout le monde et faciliter leur insertion dans la société. Par ailleurs, Nana Akufo-Ado, l’actuel président élu en 2017 a promis de s’occuper des handicapés en prenants des mesures poignantes. Il déclarait pendant sa campagne vouloir introduire dans son gouvernement des personnes en situation de handicap. Ceci dans l’optique d’impacter la vision de la population. Malheureusement la volonté politique ne s’accompagne que très rarement d’actions.

Des personnes handicapées entre inhumanité et méchanceté

Au Ghana, selon le type d’handicaps, physique ou mental, le traitement est différent. Les handicapés physiques sont mieux traités que les handicapés mentaux. Les handicapés physiques incapables de se déplacer sans assistance sont souvent enfermés pendant des années, jusqu’à la mort pour certains. Pour les handicapés mentaux la souffrance est beaucoup plus grande. Considérés comme des personnes possédées par les démons, elles auraient à cet effet besoin de prières de délivrance. Les malades sont enfermés dans des camps de prière, parfois maltraitées et torturées au nom de la religion.

Des actes cruels qui sont légitimés par les familles qui espèrent souvent, en vain, une guérison miracle. Ces « personnes maudites » sont enchaînés dans des pièces parfois confinées. D’autres sont attachées à des arbres en plein air malgré les pics de chaleur du pays. Surveillés par des « prophètes guérisseurs » souvent très violents avec eux, les handicapés mentaux vivent dans des conditions inhumaines. Privés d’eau pendant des semaines, ils dorment le plus souvent au milieu de leurs excréments, et sont abandonnés à eux mêmes. Bien que le Ghana possède trois hôpitaux psychiatriques, les familles des malades préfèrent les abandonner ou espèrent leur mort pour ne plus avoir à supporter ce « fardeau ». Malgré la présence des médecins, les malades sont envoyés dans ces hôpitaux non pas pour se faire traiter mais plutôt se faire oublier par la famille.

Quelques avancées pour les handicapés du Ghana

Des changements incroyables s’opèrent au Ghana depuis ces dernières années. En 2012 par exemple, pour la première fois dans l’histoire du pays, les handicapés mentaux ont pu participer à la vie démocratique. Cet acte a été vu comme une révolution au Ghana. Une loi est également sortie cette même année, permettant aux handicapés de s’impliquer dans la vie politique et civile. Même si les handicapés mentaux ont pu voter cette année là, le personnel des bureaux de vote n’étaient pas préparé à les recevoir. Ils étaient contre l’encadrement des ces personnes dites maudites. Cet évènement est malheureusement passé inaperçu dans les médias. Les conditions d’accueil des personnes handicapées restaient néanmoins calamiteuses.

La dernière élection présidentielle a été marquée par la candidature d’Ivor Greenstreet. Un avocat de formation devenu handicapé suite à un accident de voiture. Engagé en politique auprès de l’ancien président Kwame Nkrumah, Ivor Greenstreet compte démontrer que les personnes en fauteuil roulant ne sont pas des incapables. Son handicap a accentué son engagement pour une meilleure justice sociale pour les personnes mises de coté et parfois marginalisées. Ivor Greenstreet avait déclaré pendant les législatives, qui comptaient 14 handicapés parmi les 220 candidats, qu’ « Ils veulent maintenant faire entendre leur voix. Je pense que d’un coté certains se sont dits que si je peux pourquoi pas eux ». Assurément sa course à la présidence a fait tomber certains tabous et donné aux personnes handicapées de l’espoir d’être acceptées. Malgré les avancées, les personnes handicapées ne jouissent pas encore des mêmes droits que les valides.

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