Guinée Conakry : Aboubacar "Toumba" Diakité extradé vers la Guinée

Moussa Dadis Camara, et son ex-bras droit Aboubacar « Toumba » Diakite (en arrière plan à droite) © Paris Match

Visé par un mandat d’arrêt international, le commandant Aboubacar Sidiki Diakité a finalement été extradé vers la Guinée ce dimanche 12 mars.

Le 15 décembre 2016, une unité de gendarmes sénégalais mettait fin aux sept ans de cavale de l’ancien aide de camp de Moussa Dadis Camara. Mis en cause dans l’affaire du massacre du 28 septembre 2009, Aboubacar Sidiki Diakité dit Toumba est accusé d’avoir activement participé aux évènements qui ont conduit à la mort de 157 personnes.

Après son arrestation, le président sénégalais Macky Sall a finalement décidé par décret de remettre l’accusé entre les mains de la justice guinéenne. Une extradition décriée par l’avocat de Toumba qui la considère comme une entrave à la loi.

Atterrissage réussi en Guinée

C’est aux alentours de 19 h selon RFI, que l’avion de Brussels Airlines, transportant l’ex-chef de la garde nationale, s’est posé sur la piste d’atterrissage de l’aéroport international de Conakry. Sous haute escorte, le prévenu est arrivé menotté sur le tarmac. C’est là que s’est arrêtée la mission d’accompagnement de ses compagnons de voyage sénégalais. À sa descente de l’avion, l’ex-bras droit de Dadis Camara a été accueilli par les forces de l’ordre de son pays et conduit à la maison d’arrêt.

Si le voyage s’est passé sans incident, l’avocat sénégalais de l’accusé s’indigne. En effet, Me Baba Diop dénonce un abus de pouvoir. Pire, il parle d’expulsion ou d’enlèvement. En outre, le magistrat affirme n’avoir pas été notifié du décret d’extradition de son client. Ce n’est que 72 h avant le vol que lui et Toumba auraient été informés. Au micro de la BBC, il exprime sa frustration et explique avoir introduit un recours contre l’avis d’extradition.  Ce recours, selon lui, aurait dû suspendre l’extradition. Dans tous les cas, M. Diakité étant désormais sur le sol guinéen, l’avocat sénégalais, passe le relais à son confrère guinéen.

Le temps de la justice

Déjà inculpé en son absence, Aboubacar Diakité sera probablement présenté devant un juge dans les prochains jours. Devant la justice guinéenne, il devra notamment répondre aux chefs d’accusation d’assassinat, complicité d’assassinat, complicité de viols en réunion. Il devrait livrer son témoignage afin d’éclairer les enquêteurs sur le déroulement des évènements. Mais son audition permettrait également d’établir le rôle joué par l’intéressé.

Pour rappel, le 28 septembre 2009, des militaires menés par Diakité attaquaient un stade de Conakry où se tenait un meeting de l’opposition. Réunis pour dénoncer la candidature de Dadis Camara, les leaders politiques sont soutenus par une énorme foule. Mais la répression des militaires de la junte ne s’est pas fait attendre. Tirs à l’arme à feu, agressions à l’arme blanche, vols, viols, le bilan s’annonce lourd. Selon un rapport de l’ONU, on fait état de 157 morts, plus de 109 femmes violées et des centaines de blessés. Toumba Diakité est soupçonné d’avoir joué un rôle clé dans l’organisation du massacre. Il est aussi responsable du tir qui avait failli coûter la vie à son ancien chef, Moussa Dadis Camara, ex-chef de la junte.

Cette extradition est toutefois une véritable avancée dans cette affaire. En effet, la remise de Diakité aux autorités guinéennes serait un pas vers la fin de l’instruction et le début de la tenue d’un procès. La version des faits de celui qui est pointé du doigt comme seul responsable est très attendue. Cette arrestation pose aussi la question du retour de la figure principale de cette affaire : Moussa Dadis Camara. En exil au Burkina Faso depuis 2010, l’ex-chef de la junte, rentrera-t-il en Guinée pour assister au procès ? Le capitaine n’a jamais caché sa volonté de rentrer dans son pays. Le pouvoir d’Alpha Condé, en revanche, ne semble pas être du même avis.

Laisser un commentaire