Guinée Conakry : Jugé trop dénudé, le coucours Miss Guinée 2017 suspendu par les autorités

Johanna Barry, présidente du COMIGUI © Mosaique Guinee

Organisée samedi dernier, dans une salle de l’hôtel Noom de Conakry, l’élection de la nouvelle Miss Guinée-Conakry 2017 a créé la polémique. Cette élection, censée promouvoir la beauté de la femme et ses valeurs intrinsèques en terre guinéenne, a malheureusement suscité de vives réactions de la part de nombreux Guinéens, dont le ministre en charge de la Promotion de la culture, qui a purement et simplement suspendu le comité d’organisation de ladite élection.

Le règne de la nouvelle reine de beauté guinéenne, Asmaou Diallo, aura duré à peine deux jours. Le ministre de la Culture Siaka Barry a suspendu ce lundi 13 février le comité d’organisation de Miss Guinée de tout concours de beauté national et de toutes autres activités liées à la promotion de la beauté de la femme guinéenne. Cette décision se justifierait, selon le communiqué du ministère, par une élection portant « atteinte à l’image sacrée de la femme guinéenne. »

Indignation suscitée par les petites tenues

Déjà sur les réseaux sociaux, les commentaires dénonçant le passage des candidates en « petites tenues » fusaient. Le comité d’organisation ayant qualifié cette étape de consolidation du choix de l’élue, de « moment de vérité » pour dire que c’est ce passage qui serait décisif, a surement oublié de prendre en compte les réalités de la Guinée, un pays très puritain. Ces « tenues de vérité » ont provoqué l’émoi.

Plusieurs internautes ont publié des photos des candidates accompagnées de commentaires virulents. Un internaute sur Twitter se demandant si cette élection ne « serait pas un concours de Strip-Tease », un autre sur Facebook qualifiant le défilé de concours de « prostituées ». La présence du Premier ministre Mamady Youla et d’autres membres du gouvernement n’aidant pas, certains ont dénoncé que ces éminents hauts responsables n’accepteraient jamais que leurs filles soient associées à un « tel spectacle ».

C’est sous un regard religieux que plusieurs autres guinéens ont réagi. Pour rappel, la Guinée est un pays ayant une forte population musulmane. Pour eux, la femme ne devrait pas se dévêtir en public. Cette élection serait donc une occasion réussie pour une dépravation médiatisée des mœurs dans leur pays.

Réaction rapide des autorités guinéennes

Le buzz suscité par cette polémique et nourri par un Comité Miss Guinée (COMIGUI) « très satisfait d’une élection réussie » en contradiction avec une grande partie des Guinéens a eu donc un écho dans les plus hautes sphères de la république. Ces dernières ont jugé opportun de suspendre le COMIGUI de toutes ses activités promotionnelles de la beauté guinéenne.

Le communiqué du ministre est sans équivoque. Celui-ci dénonce une atteinte à « l’image sacrée » de la femme guinéenne, une « faille regrettable » qui n’est donc pas passée. Le ministre Siaka Barry considère que le travail du COMIGUI porte atteinte aux valeurs morales et culturelles de la Guinée. De ce fait, un nouveau cahier de charge sera élaboré pour la prochaine structure responsable de l’organisation des élections des reines de beauté guinéenne.

Le communiqué stipule ainsi : « Pour la promotion de l’image la plus positive de nos valeurs culturelles traditionnelles et authentiques, un cahier de charges sera élaboré ainsi qu’une charte d’éthique et de déontologie en vue de définir dans les moindres détails les nouvelles modalités et/ou conditions de l’organisation de l’élection Miss-Guinée ». On ne peut pas faire plus clair.

Manipulation en coulisses ?

La publication du communiqué du ministre a donné suite à des réactions mitigées. En effet, bien que l’opinion soit majoritairement consternée par la teneur de l’élection Miss Guinée, beaucoup ont vu dans cette décision un règlement de compte et un moyen d’écarter la chanteuse Johanna Barry, qui était à la tête du COMIGUI depuis plusieurs années déjà.

Il se murmure que des mains basses feraient « pression dans les coulisses pour prendre la main sur le comité d’organisation ». Car, comment expliquer que les modalités du concours 2017 ne diffèrent en aucun point de celles des autres élections organisées les années précédentes ? Il y a toujours eu ce passage en maillots de bain sans qu’il n’ait suscité des critiques aussi virulentes.

On est impatient de voir la suite de cette affaire qui met en lumière ce côté très conservateur de la société guinéenne. Une autre question reste tout de même en suspens, à savoir quel sort sera réservé à la Miss fraîchement élue sans avoir eu assez de temps pour savourer son nouveau statut de reine de beauté. En attendant, une chose est sûre, les réseaux sociaux ont désormais une grande influence sur les décisions prises par nos dirigeants.

 

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