Guinée équatoriale : des dirigeants prospères, un peuple ruiné

Vue du centre-ville de Malabo en Guinée équatoriale. © STR / AFP

La Guinée équatoriale est un petit pays producteur de pétrole. Avec 757.014 habitants et un PIB de 15,58 milliards de dollars en 2013 selon la Banque Mondiale, le pays possède le PIB par habitant le plus élevé d’Afrique (20.581$/habitant alors que la moyenne du continent s’élève à 3.513$/habitant).

Aujourd’hui s’est ouvert le 28e sommet de l’Union africaine à Addis Abeba en Éthiopie et parmi les cinq candidats, on retrouve la candidature du ministre des affaires étrangères équato-guinéen, Agapito Mba Mokuy.

Sa candidature nous pousse à nous intéresser davantage à la situation économique et sociale de son pays qui est souvent cité dans des affaires de corruption, de détournements de deniers publics ou de blanchiment d’argent.

Une situation précaire

Après 30 ans de pétrole et avec des réserves qui seront épuisées d’ici 2035 si le pays n’en trouve pas de nouvelles, le bilan social et du niveau de vie des habitants est plutôt négatif.

Selon l’Unicef, la moitié des enfants qui commencent le primaire ne finiront pas le cycle. Entre 2008 et 2012, le taux net de scolarisation à l’école secondaire était de 22%.

La mortalité infantile reste en dessous de la moyenne des pays d’Afrique subsaharienne et en ce qui concerne la santé, la Guinée Equatoriale possède les chiffres les plus faibles de vaccination contre la polio (un enfant sur quatre) et la tuberculose (un sur trois). La moitié de la population n’a pas accès à l’eau potable.

Pourquoi autant d’inégalités sociales dans un pays aussi riche?

Ces chiffres illustrent les inégalités de revenus importantes qui existent entre la population et les hauts représentants du gouvernement et révèlent un manque d’investissement dans certains secteurs clefs ainsi que la corruption très présente.

La majorité des hauts représentants du pays ont profité du boom pétrolier pour amasser des fortunes colossales, dont l’origine est souvent contestée.

Theodore Obiang Nguema, fils du président est d’ailleurs cité par la justice française dans de nombreuses affaires dites de « biens mal acquis ». Des accusations qui pointent du doigt les problèmes liés au détournement de fonds publics, de blanchiment d’argent et de corruption que connait pays.

Un système étatique favorable à l’enrichissement illicite

Il faut dire que le système d’investissements mis en place par l’État facilite la corruption. En effet, le pays investit principalement dans la construction d’infrastructures et offre les contrats à des entreprises qui appartiennent entièrement ou partiellement à des hauts représentants du gouvernement, parfois au président lui-même.

Le FMI, via des rapports officiels, a déjà soulevé le problème de conflits d’intérêts que ce système crée. En effet, les montants des contrats sont gonflés pour permettre aux propriétaires des entreprises (souvent les mêmes qui investissent) de bénéficier d’une marge de gain importante. Parfois, des contrats d’investissements sont signés pour des projets qui n’existent en fait que sur le papier et pour lesquels les paiements seront effectués, mais dont les travaux ne verront jamais le jour.

Enfin, rappelons que la Guinée Equatoriale n’a pas signé la convention de l’Union africaine visant à combattre la corruption.

L’éducation et la santé : deux secteurs prioritaires délaissés par les autorités

La majorité des investissements décidés par l’État concernent la construction d’infrastructures et par conséquent,  il reste très peu de ressources à investir dans la santé et l’éducation, domaines qui impactent directement le niveau de vie des populations.

Selon le FMI, entre 2009 et 2013, le pays a bénéficié annuellement de 4 milliards de dollars  de mannes pétrolières, mais a dépensé 4,2 milliards dans les infrastructures types routes, aéroports et bâtiments. En parallèle, en 2011 l’État a investi 140 millions de dollars dans l’éducation et 92 millions de dollars dans la santé.

En résumé, le gouvernement dédie 80% de son budget aux infrastructures, 2% à la santé et 3% à l’éducation. En comparaison, selon le rapport 2010 de la Banque Mondiale, la Tanzanie et l’Ouganda attribuent un tiers de leur budget à l’éducation, le Ghana 25%,  quant à ses voisins gabonais et camerounais, ils dépensent tous deux 16% de leur budget dans l’éducation.

Compte tenu des inégalités et de la mauvaise gestion des ressources du pays, on peut remettre en question la légitimité d’avoir un représentant équato-guinéen à la présidence de l’Union africaine. Un mauvais élève a-t-il les capacités de superviser une classe entière ?

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