Habib Ouane : « Ce qui doit nous interpeller c’est de savoir si le Franc CFA permet de promouvoir une croissance porteuse de création d’emplois »

Habib Ouane, Docteur en Economie, ancien ministre malien de l’énergie et de l’hydraulique

Habib Ouane, ancien ministre malien de l’énergie et de l’hydraulique était l’invité d’Alain Foka sur RFI. L’émission « Le débat africain » était placée sous le thème : Franc CFA – instrument de servitude ou garantie de stabilité monétaire ? Le docteur en sciences économiques était entouré de trois autres intervenants, tous hommes d’affaires. Il a tout de suite mis l’accent sur les productions locales et sur le lien qu’il peut avoir entre la croissance et la monnaie. Pour lui il faut aménager le Franc CFA et l’adapter au changement de fond du contexte macroéconomique.

« Ce qui doit nous interpeller est de savoir si le Franc CFA dans sa configuration actuelle permet de promouvoir une croissance forte et créatrice d’emplois. »

En ayant tout d’abord rappelé qu’une monnaie se situe dans un contexte macroéconomique global et qu’elle doit répondre à ce contexte, l’économiste a insisté sur la nécessité d’améliorer les «capacités productives effectives» dans les quinze différents pays de la zone CFA. Cette mesure devrait conduire directement à une création de richesse et favoriserait l’exportation qui est selon lui une mesure essentielle au changement structurel que les pays concernés doivent effectuer.

Ainsi, a-t-il donc mis le doigt sur le fait qu’il appartient aux pays Africains de la zone CFA, d’évaluer l’évolution de leurs besoins en termes de réserves de change et qu’une meilleure coordination des politiques économiques nationales permettrait d’assurer des investissements structurants à l’échelle sous-régionale.

Selon Habib Ouane, le but de cette démarche consisterait à s’assurer que progressivement la part des réserves utilisées pour construire des infrastructures productives augmente. Il en résulterait une augmentation des exportations des pays de la zone CFA qui conduirait  à la création de richesse laquelle générerait des réserves supplémentaires. Pour l’ancien membre du gouvernement malien, la performance économique serait donc récompensée par un « accès croissant aux ressources permettant de financer davantage d’infrastructures ». Habib Ouane  est convaincu que cette configuration « permettra au CFA d’avoir un impact plus structurant.».

Quant à la gestion d’une monnaie et les réformes qu’il souhaite voir être mises en œuvre, Habib Ouane a rappelé le besoin de rigueur de la part des gouvernants, en même temps qu’il a invité à lancer, dès que possible, dans une réflexion à ce sujet.

« Il faut réfléchir à une façon d’harmoniser l’impératif de compétitivité à l’exportation avec celui d’augmentation de gestion raisonnée des importations. »

Habib Ouane a aussi urgé non seulement les dirigeants, mais surtout les acteurs économiques qui ont l’expertise théorique, mais aussi  pratique dans la vie des affaires, d’entamer une réflexion approfondie sur le Franc CFA. Celle-ci devrait porter sur les « aménagements nécessaires pour que le Franc CFA puisse surmonter les problèmes des réserves, leur utilisation, la modulation selon le contexte économique et la prise en compte du CFA dans le cadre d’une véritable stratégie de développement à l’échelle de la sous-région.» Il a par ailleurs rappelé qu’à chaque fois que le cours des matières premières s’est envolé, on a eu dans les pays (pétroliers pour la plupart d’où le terme ‘‘la malédiction du pétrole’’, un laisser-aller dans la gestion des importations et dans les dépenses non structurantes. Face à cela, il préconise qu’en période de hausse des cours des matières premières, le surplus de recettes soit exclusivement utilisé pour financer l’augmentation des capacités de production, l’éducation, les infrastructures,  etc.

En définitive, sur la question du Franc CFA, les quatre intervenants de ce débat sont tombés d’accord sur le fait que les banques centrales doivent jouer leur rôle avec indépendance et mettre en place des politiques économiques strictes qui favoriseront une économie forte dans les pays de la zone Franc.

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