[Horizons Nouveaux] : La mer avance, comment sauver nos côtes ?

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Cessons les querelles incessantes entre néo-écolos, gardiens de la Terre, gouvernements sourds et penchons-nous plutôt sur les faits, ne serait-ce que quelques instants, histoire de se noyer dans la vague de données effrayantes qui apportent une précision quantitative à l’avancée de la mer. Car, oui, nous devons prendre cette douche froide pour enfin réaliser que ces chiffres, ces données, ces cartes, ces simulations déterminent les conditions de vie des habitants des littoraux, des êtres humains, comme nous.

« L’avancée de la mer », c’est bien vague, me diriez-vous. À vrai dire, vous avez raison, on n’entend plus que ça : « montée des eaux », « avancée de la mer », « réchauffement climatique » ; on s’y perd et, martelé par les formules expéditives, on s’illusionne même sur leur sens. Je compte préciser mon propos, ne confondez donc pas mon papier à un commentaire de forum d’un utilisateur dont le nom n’inspire que la révolte, la haine, le ras-le-bol ou encore la subjectivité à outrance, prenons par exemple « CO2Planete1ere » ou encore « NatureGuy67 ».

Je me lance, je viens vous parler de l’érosion du littoral, aussi appelée « érosion côtière ». Ça y est, encore un autre terme que l’on entend sans vraiment le comprendre devant un documentaire barbant utilisé comme bruit de fond le jeudi soir vacant. Abandonnons les termes complexes ! Regardons nos mains, plus précisément nos ongles.

Bien évidemment, je m’adresse aux rongeurs, les ongles sains ne devraient pas être victimes du réchauffement climatique ou de l’activité humaine mais la suite peut servir de mise en garde à ceux qui seraient tentés de se lancer dans cette routine nuisible.  Au début, tout parait si inoffensif, on gratte le bord libre de l’ongle, sans la moindre douleur, on l’arrache, jusqu’à ce qu’il ne soit plus puis on le regrette, on s’attaque donc à la peau, au lit et la plaque de l’ongle sans scrupule, surmontant tout mal. Les plus doués arrivent même jusqu’à la lunule.

C’est ce que l’on observe avec les côtes qui sont rongées quotidiennement par la mer. On note des cas d’érosion du littoral alarmants sur les côtes africaines notamment dans certaines grandes villes comme Lagos, Lomé, Cotonou, Pointe-Noire ou encore Dakar. Force est de constater que ce phénomène est souvent relégué à l’arrière-plan des programmes politiques, sociaux, humanitaires malgré son impact sur des milliers, voire des millions d’habitants vivant dans les zones périlleuses affectées par l’érosion.

Qui agira sinon nous ?

Nos élus nous justifient cette prise de risque vouée à l’échec par le progrès, par le développement économique (en omettant le social), par l’émergence. Que de beaux termes pour nous amadouer, je ne leur répondrai qu’avec un seul nombre : 7,8 millions. 7,8 millions, c’est le nombre d’habitants des côtes sénégalaises, soit 60% de la population du Sénégal. Les interpellés riposteront avec un pourcentage similaire : 68% car oui, la région côtière du Sénégal représente 68% du PIB. Ce phénomène touche autant Lomé qui perd 5 à 10 mètres de son littoral par an, il touche autant Pointe-Noire qui cède, elle, 3,6 mètres du sien par an.

Certes, les zones économiques importantes des pays concernés sont généralement situées autour des ports des villes affectées donc l’enjeu tient la route. Mais, l’on doit s’interdire d’arriver au stade où l’humain cesse d’être une priorité.

Le plaidoyer ici ne constitue pas la défense du repli ; il ne s’agit pas ici de faire marche arrière, il s’agit d’aller de l’avant en anticipant.

Il s’agit d’élever la voix pour qu’une famille de Pointe-Noire ne soit pas, demain, sans domicile car ravagé par la nature, furieuse. Il s’agit d’épargner au petit garçon de Saint-Louis la vue de ce qu’il resterait de son terrain de foot. Il s’agit de prévoir pour nous-mêmes et pour autrui. Il s’agit de compassion et de lucidité. Il s’agit de remettre l’humain au centre du débat.

Je me sens bête, hélas ! Pendant que je discute, la mer avance.

Que peut-on faire ?

Je le dis souvent, je l’écris souvent mais ce n’est que très peu compris alors je le répète, ouvrons le débat. Créons un circuit qui mettra enfin la lumière sur ce phénomène, impliquons-nous. Ce combat, rude d’entrée, décuple de difficulté sur notre continent, où la plupart de nos représentants ne plie que face aux mouvements déferlants et très peu face au bon sens.

Inclure les concernés. Si nous voulons aller au front, il est nécessaire d’y aller avec ceux qui affrontent les difficultés évoquées et les risques présentés. Eux seuls, nous seuls défendront inlassablement cette cause avec comme seul argument la vérité. Nous soutiendrons le tout en prônant nos droits, brandissant la carte de la liberté d’expression.

Manifester. Manifester n’implique pas uniquement remplir les rues de soldats et de pancartes.

Manifestons notre bonne foi, manifestons notre détermination sur toutes les plateformes et de toutes les manières éthiques. Sensibilisons, changeons. La manière doit suivre l’intention.

Encourager. Encourageons les initiatives qui feront avancer le débat, les initiatives de recherche, les initiatives humanitaires, les initiatives politiques. Abdoulaye Wade, prédécesseur de Macky Sall, actuel président du Sénégal sollicitait déjà une mobilisation à l’échelle continentale en 2009 : « Nous devons élaborer une stratégie africaine de lutte contre l’érosion côtière, revoir les principaux programmes régionaux, faire l’évaluation des besoins techniques et financiers, échanger d’expériences », cela sans compter sur un soutien unanime de ses homologues. Hormis la paperasse déguisée sous forme de différents programmes régionaux pour l’environnement, l’on observe une concrétisation faible.

Encourageons les gouvernements, les associations à prévoir des logements pour ceux qui sont à risque. Encourageons les gouvernements à être inflexibles sur les lois d’aménagement du littoral non durable. Encourageons la discipline en combattant l’impunité qui permet aux individus influents de construire des domaines faramineux sur nos côtes sans considérer les lois en vigueur.

Laxisme des gouvernements, manque de sensibilisation, procrastination, égocentrisme, déraison, déni… Je pense fermement que l’on peut s’opposer au statu quo et activer la concrétisation ou le lancement du véritable progrès dans ce champ d’action en suivant le schéma suivant : débat, inclusion, manifestation, encouragement !

Je ne vous mentirai pas en vous confortant dans l’idée que nous avons encore du temps à perdre pour peser le pour et l’éternel contre car derrière la lutte contre l’érosion côtière, se cache un défi plus gros : la protection de notre environnement. La vérité est que la nature s’impatiente et nous plierons, un jour ou l’autre, face à ses exigences.

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