Impacts des activités du Groupe Olam sur l’économie de la République gabonaise entre 2010 – 2017

Présent au Gabon depuis 1999, le groupe singapourien Olam est intervenu pendant plus de 10 ans comme exploitant forestier. À partir de l’année 2010, il a opéré une réorientation stratégique qui a conduit à l’extension et à la diversification de ses activités. Dans ce cadre, Olam a conclu des Partenariats Public Privé (PPP) avec l’État gabonais dans les domaines agricoles, industriels et des transports dans lesquels il a réalisé des investissements.

De l’étude d’impact socio-économique des activités du groupe Olam sur l’économie de la République gabonaise au cours de la période 2010 – 2017, il ressort les conclusions suivantes :

Sur le plan économique

Olam a eu un impact structurant dans les secteurs d’activité où il intervient directement ou indirectement. Entre 2010 et 2016, la contribution en valeur du secteur agricole dans la formation du PIB s’est accrue de 30%, celle de l’industrie du bois s’est accrue de 193%, celle de l’agro-industrie de 40% et celle des transports de 34%.

Sur le plan national, en 2016 Olam a contribué à hauteur de 295 milliards FCFA dans la formation du PIB nominal du Gabon. La valeur ajoutée créée par Olam pour l’économie gabonaise représente 3,6% du PIB nominal (8 311 milliards FCFA) et 5% du PIB nominal hors pétrole brut et services pétroliers (5 895 milliards FCFA).

Sur le plan macro-sectoriel, en 2016 Olam était à l’origine de 50% de la valeur ajoutée créée par le secteur agricole, 40% de la valeur ajoutée créée par l’industrie du bois, 30% de la valeur ajoutée créée par l’industrie agroalimentaire et 5% de la valeur ajoutée créée dans le domaine des transports.

Agriculture

Dans le secteur agricole, l’investissement cumulé d’Olam entre 2011 et 2017 a atteint 508 milliards FCFA. Il s’agit du plus grand volume d’investissement en valeur jamais réalisé dans l’agriculture nationale pour une durée similaire. En comparaison, la part du budget national consacrée à l’agriculture entre 2011 et 2017 n’était que de 38 milliards FCFA. 73% des investissements agricoles d’Olam concernent le palmier à huile contre 23% pour l’hévéa et 4% pour le projet GRAINE. Ces investissements ont contribué à la hausse du PIB agricole qui est passé de 3,9% à 6,1% (+2,2%) entre 2013 et 2017. Au sein de la CEMAC, seul le Cameroun a connu une augmentation plus importante de son PIB agricole (+3%).

Du fait de l’activité d’Olam, la surface agricole aménagée au Gabon est passée de 16 212 hectares en 2009 à 91 801 hectares en 2017 et pourrait atteindre 98 212 hectares en 2020 avec l’extension des plantations de Mouila et de Bitam. Les surfaces de terres cultivées consacrées à la culture du palmier à huile se sont accrues de 626% passant de 7 300 hectares en 2010 à 53 300 hectares en 2017 soit environ 1% des terres arables du pays. Celles consacrées à la culture de l’hévéa sont passées dans la même période de 12 000 hectares à 22 860 hectares (+91%) et représentent environ 0,4% des terres arables.

Comme conséquence logique des investissements agricoles d’Olam, entre 2015 et 2017, la production nationale de régimes de noix de palme est passée de 3 472 tonnes à 99 596 tonnes (+2769%). La même progression a été enregistrée pour la production d’huile brute passée de 713 tonnes à 26 539 tonnes (+3622%) et pour la production d’huile palmiste passée de 129 tonnes à 1 718 tonnes (+1232%). L’accroissement des volumes de production a permis au Gabon d’améliorer sa position parmi les producteurs mondiaux d’huile de palme. Entre 2010 et 2017, le Gabon est passé de 35e producteur mondial d’huile de palme à 27e (11e producteur africain). Il assure désormais environ 0,04% de la production mondiale contre 0,01% en 2010. Selon les projections, lorsque les différentes plantations d’Olam Palm arriveront à maturité, le Gabon deviendra le 3e plus grand producteur africain d’huile de palme et intègrera le top 10 mondial.

Enfin, la contribution du programme GRAINE dans le PIB agricole est encore négligeable.

Industries du bois

Consécutif à la décision du gouvernement du 6 novembre 2009 interdisant les exportations de grumes à partir l’année 2010, l’investissement de GSEZ dans la ZES de Nkok (307 milliards FCFA) a favorisé l’installation de 77 entreprises à fin 2017 dont 55 entreprises sont en production et 22 en construction. Parmi les entreprises en production, on compte une quarantaine d’industries du bois (29% des unités de transformation du bois du Gabon). La ZES de Nkok a été le principal support aux changements structurels opérés dans la filière bois. À ce jour, elle absorbe 46% de la production nationale de grumes. 42% de bois transformés du Gabon et 53% de bois transformés exportés proviennent de la ZES de Nkok. Sur le plan industriel, elle accueille 36% des capacités industrielles du secteur bois (914 050 m3 sur 2,5 millions m3). Au 31 mars 2018, les entreprises du secteur bois de la ZES de Nkok employaient environ 2 500 personnes (19% des emplois directs de la filière).

En 2010, l’industrie du bois représentait 1,5% du PIB nominal du Gabon. En 2016, elle est montée à 2,3%. Au cours de cette période, la contribution en valeur de la filière dans la formation du PIB est passée de 62,2 milliards FCFA à 160 milliards FCFA (+157%). La production des industries du bois installées à Nkok représente environ 0,6% du PIB.

En 2017, avec une production de 270 000 m3, le Gabon était leader africain en matière de placage (6e producteur mondial de placage tropical et 12e producteur mondial tous types de placages confondus). Concernant le bois scié, le Gabon était le 4e producteur en Afrique et le 26e mondial tous types de sciages confondus. Avec environ 650 000 m3 de bois sciés, le Gabon est le 4e exportateur mondial de bois tropicaux sciés derrière le Cameroun (752 000 m3 exportés) mais devant le Viet Nam (477 000 m3 exportés).

Si le rythme d’augmentation des capacités industrielles du Gabon était maintenu, notamment au sein de la ZES de Nkok, la production nationale de feuilles de placage pourrait atteindre à terme 396 867 m3. Quant au segment sciage, à taux de croissance de la production constant, à partir de 2020, le Gabon pourrait exporter 851 070 m3 de bois sciés par an. Dans cette hypothèse, la contribution du segment placage dans la formation du PIB pourrait s’accroître de 35% et celle du sciage de 20%.

Transports et mines

La mise en service de deux nouveaux ports par GSEZ a favorisé l’accroissement des volumes traités, l’augmentation du nombre de rotations de navires (+14%) et probablement un accroissement du chiffre d’affaires du secteur.

Le port General Cargo de GSEZ a eu un impact positif sur les performances portuaires, sur la qualité de service et sur la réduction du temps d’attente des navires, passé de 4 jours en moyenne en 2016 à moins de 24 heures aujourd’hui. Le port a également contribué à l’accroissement des exportations d’huile de palme de 600%, à la baisse de 40% les tarifs d’acconage et à l’introduction de la tarification à la boîte qui n’était toujours pas pratiquée au Gabon. Cependant, en 2017, malgré le nouveau quai d’une capacité annuelle théorique de 300 000 EVP et de grues de déchargement modernes, le trafic de conteneurs à Owendo est resté stable à 145 000 EVP comme depuis l’année 2014.

Quant à GSEZ Mineral Port, il a contribué à l’exportation record du minerai de manganèse en 2017. Le nouveau port minéralier a assuré le transit de 1/5e des volumes de manganèse exportés (environ 4,8 millions de tonnes métriques). Ainsi, en 2017, GSEZ Mineral Port a accueilli 25 navires (contre 80 pour le Port minéralier d’Owendo de COMILOG) venus assurer le transport du minerai de manganèse des compagnies NGM et CICMHZ vers leurs clients internationaux.

Pour chaque navire à l’export accueilli, GSEZ Mineral Port a effectué un chargement moyen de 32 000 tonnes (contre 50 000 tonnes pour le port minéralier concurrent). La disponibilité de deux infrastructures portuaires (le Port Minéralier d’Owendo et GSEZ Mineral Port), l’accroissement des capacités de stockage, l’augmentation de la production de COMILOG, CICMHZ et NGM ainsi que la bonne tenue des cours du manganèse ont permis au secteur minier gabonais de franchir le seuil de 4% dans la formation du PIB en 2017 et près de 10% du PIB hors pétrole.

Investissements et contribution fiscale

Entre 2010 et 2016, le flux cumulé des IDE entrants au Gabon, tous secteurs confondus, s’est élevé à 5,1 milliards USD. À fin 2016, le stock d’IDE représentait 52,3% de la richesse nationale. Depuis 2010, Olam et GSEZ ont investi 1 320 milliards FCFA au Gabon. 39% des investissements réalisés par Olam au Gabon concernent des projets agricoles. Olam Palm Gabon concentre 28% des investissements d’Olam dans le pays (370 milliards FCFA) tandis que la construction des deux infrastructures portuaires à Owendo a représenté 30% des investissements d’Olam dans le pays sur la période 2010-2017. Les 307 milliards FCFA investis par Olam pour mettre en œuvre la ZES de Nkok représentaient à fin 2017 environ 19% des investissements réalisés par Olam au Gabon au cours de 8 dernières années. Cependant, les investissements au sein de la ZES de Nkok ont eu un caractère structurant, car ils ont permis d’attirer un flux nouveau d’IDE provenant notamment de pays asiatiques dont les entreprises se sont installées dans la ZES.

Concernant les investissements d’Olam, les informations recueillies auprès de la Direction nationale du groupe dans le cadre de cette étude font état d’un financement des projets portés essentiellement par les actionnaires, en particulier par Olam International et la compagnie d’investissement Temasek Holdings.

Concernant les investissements de GSEZ, ils sont financés de façon hybride avec des fonds provenant à la fois des actionnaires et de ressources d’emprunts. Le total des emprunts souscrits par le groupe GSEZ sur la période de l’étude s’élève à 219 milliards FCFA. 53 milliards FCFA ont fait l’objet de remboursement. Le solde à payer sur la dette du groupe s’élevait à 166 milliards FCFA à la fin du 1er trimestre 2018. Globalement, les dettes de GSEZ proviennent à 39% de banques internationales hors CEMAC (85 milliards FCFA), à 33% de banques gabonaises (72 milliards FCFA), à 27% de banques de l’espace CEMAC hors Gabon (60 milliards FCFA) et à 1% d’autres bailleurs (2 milliards FCFA).

Au sein de la ZES de Nkok, GSEZ a attiré entre 130 et 200 millions d’euros d’investissements (toutes industries confondues) provenant à plus de 90% d’industriels étrangers. La Banque mondiale estime entre 2 et 3,5 millions d’euros l’investissement moyen nécessaire à la mise en place du type d’unités de transformation du bois qu’on retrouve à la ZES de Nkok.

L’impact d’Olam sur les revenus fiscaux de l’État est faible. En effet, Olam et les compagnies en activité dans la ZES de Nkok sont exonérés du paiement des droits de douane, de l’impôt sur les sociétés pendant 10 ans, de la TVA pendant une période de 25 ans et de l’impôt sur la propriété foncière. En outre, plusieurs projets lancés par Olam ces dernières années étaient en phase d’investissement (ex : plantations, ports, etc.). En conséquence, ils n’étaient pas bénéficiaires et n’auraient pas été imposables au titre de l’impôt sur les sociétés même en l’absence d’exonérations.

Ainsi, entre 2012 et 2017, Olam et GSEZ ont versé 8,54 milliards FCFA à la Direction générale des finances publiques (DGFP) soit 1,42 milliard FCFA par an en moyenne. Malgré son poids de plus en plus important dans l’économie nationale, la contribution fiscale annuelle du groupe Olam dans les recettes publiques représente donc moins de 0,08% de la collecte totale. Si l’impact d’Olam et de GSEZ sur le processus de diversification de l’économie en cours au Gabon est significatif, leur impact sur la diversification des revenus de l’Etat est encore négligeable.

Balance commerciale et exportations

L’impact d’Olam sur la valeur des exportations et la balance commerciale concerne principalement le bois transformé et exporté. En effet, les industries spécialisées dans la transformation du bois en activité dans la ZES de Nkok (une quarantaine à fin 2017) ont permis d’accroître la valeur des exportations du bois dans un contexte où la valeur des autres produits d’exportation déclinait. Ainsi, entre 2014 et 2016, la valeur des exportations du bois transformé est passée de 240 milliards FCFA à 335 milliards FCFA (+40%) alors que dans le même temps la valeur des exportations des produits pétroliers baissait de 49%, celle du manganèse de 34% et les autres exportations de 11%.

Les exportations de conteneurs de la ZES représentent à ce jour environ 28% du total des exportations de conteneurs au niveau national. Les premières exportations d’huile de palme se sont établies à 2 milliards FCFA en 2017.

Diversification de l’économie

Le pétrole demeure structurant pour l’économie gabonaise. Cependant, sa contribution dans la formation du PIB s’est érodée entre 2010 et 2016 sous l’effet conjugué de la baisse des cours mondiaux du pétrole et de l’accroissement des investissements privés dans d’autres secteurs de l’économie. En investissant massivement depuis 2011 dans l’agriculture, les zones économiques spéciales et un port minéralier, le groupe Olam a contribué à la hausse de la valeur ajoutée créée par ces secteurs. Ces investissements présentent un intérêt particulier puisqu’ils permettent de développer le secteur hors pétrole autour duquel l’économie gabonaise devra, à terme, se structurer en raison de la baisse tendancielle de sa production pétrolière.

Les résultats macroéconomiques à ce stade sont encourageants :

–           Le PIB agricole est passé de 3,6% à 5% entre 2010 et 2017 ;

–           Le PIB de la filière bois est passé de 2,8% à 3,7% entre 2010 et 2017 ;

–           Le PIB du secteur minier est passé de 3,7 à 6% entre 2010 et 2017.

Sur le plan social

L’emploi est à ce jour le domaine social où l’impact d’Olam est le plus significatif. Entre 2010 et 2017, le taux de chômage au Gabon a reculé de 1,9% selon l’OIT. 24,21% de cette baisse est directement imputable aux recrutements effectués par Olam et ses filiales, soit un impact à la baisse sur le taux de chômage de 0,46%.

Au cours de cette période, près de 24% des emplois formels nets créés au Gabon l’ont été par Olam et ses filiales. Au sein du secteur privé formel, 42% des emplois nets créés l’ont été par Olam. De 1 100 salariés en 2011, ce conglomérat dénombrait 17 480 salariés fin 2017, se positionnant comme le premier employeur privé du Gabon. Olam a également modifié la répartition sectorielle de l’emploi. Fin 2017, le secteur agricole employait 16 704 personnes soit 17,8% des emplois privés formels du pays contre 0,2% en 2010. L’activité d’Olam Palm Gabon permet au secteur agricole d’être le principal employeur du pays après l’administration publique.

À fin 2017, Olam et ses filiales pris ensemble comptaient en leur sein 8,7% des salariés formels du Gabon et 18,6% des salariés du secteur privé formel. Plus de 80% des emplois créés sont des emplois ouvriers nécessitant un faible niveau de qualification. Si le rythme de recrutement d’Olam était maintenu sur la période 2018 – 2022, il permettrait au secteur privé formel de compter plus de salariés que le secteur public pour la première fois depuis l’indépendance du Gabon.

S’agissant de l’engagement social d’Olam, de l’enquête de terrain réalisée dans 14 villages, il ressort que près de 80% des engagements contenus dans les contrats sociaux signés entre Olam et les populations ont été réalisés. Outre les aspects contenus dans les contrats sociaux, Olam a ouvert à la circulation 142,5 kilomètres de routes en terre dans la zone de Bitam et en assure l’entretien. Le linéaire de routes entretenues par Olam dans cette zone représente 26% des routes en terre recensées et 23% de l’ensemble des routes du département, routes bitumées comprises.

Concernant le programme d’électrification rurale mis en place par Olam dans le cadre de sa RSE, les échanges avec les populations villageoises ont permis de retenir que le rapport coût/efficacité est insatisfaisant. Les populations pensent qu’avec les fonds consentis pour équiper les villages de panneaux solaires publics, Olam aurait pu doter chaque village de mécanismes plus efficients, leur permettant notamment d’accéder à l’électricité dans leurs habitations, ce qui aurait eu un impact réel sur la qualité de vie et sur leurs activités économiques.

Enfin, l’activité d’Olam à l’intérieur du pays a favorisé l’exode urbain de personnes en recherche d’emploi et la sédentarisation des populations autour de Mouila et de Bitam.

 

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