Journée internationale de la lutte contre les mutilations génitales féminines : La reconversion des exciseuses au Bénin

Depuis 2003, le 6 février représente la journée internationale de lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF). C’est l’occasion de mettre en lumière une pratique encore très répandue, pas seulement en Afrique, et qui cause des dommages parfois irréversibles dans la vie de nombreuses filles et femmes.

Les mutilations génitales féminines, aussi appelées excisions, sont une pratique qui consiste à l’ablation du clitoris, ou des petites lèvres chez les jeunes filles, pour des raisons qui reposent majoritairement sur des croyances religieuses ou traditionnelles. Au Bénin, plusieurs femmes exciseuses ont décidé de lâcher leur couteau et de devenir porte-parole de la lutte contre les excisions.

Une pratique séculaire pour une législation pas toujours respectée

À l’instar de Yon Sokogi, béninoise âgée de 63 ans, interrogée par l’agence Reuters, près de 260 femmes ont accepté de cesser de pratiquer l’excision. Souvent sans formation médicale, elles ont participé et pratiqué elles-mêmes des mutilations sans respects de normes sanitaires et matériel chirurgical adéquat. Grâce à plusieurs ONG, qui ont mis à leur disposition des infirmières, elles ont appris et compris les risques et les conséquences dramatiques que peut avoir l’excision.

Bien qu’interdite officiellement depuis 2003, et reconnue comme un crime passible de 20 ans de prison, la pratique n’a pas totalement disparu au Bénin. Les autorités sont conscientes que depuis la nouvelle législation sur le sujet, les familles qui continuent d’avoir recours à l’excision le font de façon clandestine.

Les chiffres selon lesquelles la moyenne aurait baissé de moitié seraient donc faussés, car il demeure difficile de comptabiliser le nombre de filles qui ont subi des mutilations génitales. Toutefois, le cabinet de la première dame béninoise, Claudine Talon, annonce un chiffre de 3 femmes sur 10 excisées.

Autre moyen pour contourner la loi béninoise, selon le témoignage de Sokogi, certains traverseraient les frontières pour aller réaliser l’opération à l’étranger, chez leurs voisins burkinabés ou togolais qui n’ont pas encore véritablement adopté de lois punissant la pratique.

Une présence permanente sur le terrain pour sensibiliser au mieux

Les exciseuses reconverties abattent un immense travail de sensibilisation dans tout le pays, et surtout dans les villages reculés où la pratique demeure très ancrée. À leur tour, elles partagent ce qu’elles ont appris afin d’éviter ces mutilations à un maximum de jeunes filles.

De par leurs activités passées, elles étaient aux premières loges de ce rituel, et savent comment amener et traiter le sujet. Nombre d’entre elles ont malheureusement pu assister à des décès de jeunes filles entre leurs mains, dus aux complications suite à l’excision.

C’est avec ce poids sur la conscience que Sokogi et ses nouvelles collègues se dévouent corps et âmes à sauver des vies en tentant de dissuader les familles qui prévoient de s’adonner à cette pratique.

Aujourd’hui près de 200 millions de filles ou de femmes actuellement en vie ont subi des mutilations génitales, d’après le récent rapport de l’UNICEF datant du 5 février 2017. Les différents organismes qui luttent contre cette pratique, applaudissent les progrès faits dans certaines régions du monde, mais déplorent encore des lois trop souples qui empêchent le phénomène de régresser.

 

Laisser un commentaire